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Haïti – Violences : Récit d’une nouvelle hécatombe dans la vallée de l’Artibonite

Par Gotson Pierre

Préval (Artibonite, Haïti), 22 mai 2025 [AlterPresse] — «  La coalition d’autodéfense nous a massacrés. La police n’est pas là. La situation est extrêmement grave.  »

Le cri de détresse de Bertide Horace, porte-parole de la Commission Dialogue et Conscientisation, recueilli à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse, dévoile un nouveau massacre d’une violence insoutenable dans la vallée de l’Artibonite (Nord d’Haïti).

Le mardi 20 mai 2025, la localité de Préval, première section communale de Petite Rivière de l’Artibonite, a été le théâtre d’un carnage perpétré par des groupes d’autodéfense censés protéger la population.

En quelques heures, des dizaines de civils ont été tués, plusieurs habitations incendiées, une église profanée et une communauté entière plongée dans la terreur. Aucun bilan officiel n’a encore été communiqué, mais les témoignages dressent un tableau d’horreur.

Un engrenage meurtrier

Tout aurait commencé dans la matinée du mardi 20 mai 2025, lorsque des membres du gang armé Gran Grif ont fait incursion dans la localité de Blain, à Jean-Denis, où ils ont abattu un membre d’une coalition d’autodéfense dirigée par un chef local connu sous le nom de Ti mepri. La victime, armée, a été exécutée, son arme saisie et emportée.

En dépit de cette attaque, la coalition n’a d’abord offert aucune riposte.

Mais, rapporte Bertide Horace, dans l’après-midi, plusieurs groupes armés affiliés aux coalitions d’autodéfense de Bois-La Ville, Tapèyèn (L’Estère), Pont Sondé, Chandel, Barrière-Léon et Jean-Denis ont lancé une opération punitive d’une rare brutalité contre la localité de Préval, cible d’une vengeance aveugle.



Une tuerie planifiée et méthodique

Les assaillants ont ravagé les zones de Koup Mòl à Préval 1, incendiant au passage environ quinze cours familiales, chacune regroupant plusieurs maisons. Dans l’église baptiste Maranatha, dirigée par le pasteur Jacques Brutus, 14 personnes réfugiées ont été massacrées.

Parmi elles, le pasteur Brutus, âgé de 86 ans, et une fidèle nonagénaire, Milie, ont été décapités. Les douze autres, dont une mère et son enfant mineur, ont subi le même sort. Les corps ont ensuite été brûlés à l’intérieur de l’église, elle-même incendiée. Les restes calcinés ont été traînés et jetés en face de l’édifice, à Carrefour Préval.

La barbarie continue à Préval 2

Deux anciens moulins communautaires, témoins d’un patrimoine agricole ancien, ont également été incendiés. Dans l’un d’eux, un habitant connu sous le nom de Da a été décapité. Son corps a été retrouvé mutilé, sa tête demeurant disparue.

À Préval 2, les tueries ont continué sans relâche. Toute personne croisée était soit abattue, soit exécutée à la machette. Le cousin de Bertide Horace, élevé dans la même cour qu’elle, a été tué. Un autre résident, Ramy Charles, a été retrouvé décapité dans un canal. Son neveu, Tchèbi Charles, figure également parmi les victimes.

Un bilan encore provisoire

Le soir du drame, les premiers constats faisaient état de 22 corps : 14 à l’intérieur de l’église, 7 à proximité immédiate, et 1 derrière l’édifice.

Le lendemain matin, deux blessés en fuite ont été rattrapés : une femme a été retrouvée morte dans les broussailles ; un jeune homme, blessé au visage, a succombé à l’hôpital.

Le bilan provisoire s’élève à au moins 24 morts, sans compter les disparus.

Pire encore, malgré une autorisation officielle de la police pour récupérer les corps, les survivants ont été empêchés d’accéder à la zone, désormais contrôlée par les groupes armés.

Selon Bertide Horace, les assaillants ont parcouru entre 8 et 10 kilomètres pour mener à bien ce raid meurtrier contre une population sans défense. «  La coalition d’autodéfense nous a massacrés. La police n’est pas là. La situation est extrêmement grave  », répète-t-elle, bouleversée.

Des protecteurs devenus bourreaux

La coalition d’autodéfense, censée défendre les habitants contre le gang Gran Grif, s’est transformée en bourreau de ceux-là mêmes qu’elle prétendait protéger. Ce retournement dramatique aggrave encore davantage l’effondrement sécuritaire de la vallée de l’Artibonite.

Le gang Gran Grif, désigné le 2 mai 2025 comme "organisation terroriste étrangère" par le département d’État américain, reste l’un des plus violents du pays. Il serait responsable, à lui seul, de près de 80 % des décès de civils signalés dans l’Artibonite depuis 2022.

En février 2025, ses hommes ont même tué un officier kényan de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), autorisée par l’Organisation des Nations unies (Onu). [gp apr 22/05/2025 22:00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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