P-au-P, 02 oct. 2026 [AlterPresse] --- Au moins 5,700 personnes ont été tuées ou blessées en Haïti, entre le 1er janvier et le 11 septembre 2026, par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux, a indiqué le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains, Volker Türk, lors d’une intervention sur la situation des droits humains en Haïti, à la 63e session du Conseil des droits humains, à Genève, le vendredi 2 octobre 2026.
Les gangs ont également enlevé plus de 230 personnes et violé plus de 1,000 femmes et filles, a ajouté Volker Türk, lors de son discours suivi par AlterPresse.
Au cours de l’année 2025, (un nombre de) 5,915 personnes ont été tuées et 2,708 autres blessées, soit 8,623 personnes tuées ou blessées au total, selon un rapport publié en janvier 2026 par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh).
La population haïtienne est souvent prise au piège entre les actes de violences des gangs et des réponses sécuritaires musclées, a relevé Volker Türk, constatant parallèlement l’expansion des groupes armés vers de nouvelles zones et leur réarmement constant.
Il considère les récentes attaques à Kenscoff (à l’est de Port-au-Prince) et à Gressier (au sud de Port-au-Prince), ainsi que la présence croissante des gangs dans le département du Sud-Est, comme « une stratégie de prise de nouveaux territoires et de routes de transports clés, menaçant la stabilité en Haïti et au-delà, et laissant la destruction dans son sillage ».
La force anti-gangs reste sous-équipée
La Force de répression des gangs (Frg), mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies, reste largement en deçà de la puissance nécessaire, malgré ses premières opérations, estime Volker Türk.
Il appelle à un déploiement complet et accéléré de la Frg, avec les équipements nécessaires et de solides garanties en matière de droits humains, après le renouvellement de son mandat, le mardi 29 septembre 2026.
« Les opérations de maintien de l’ordre continuent de soulever de sérieuses préoccupations, concernant l’utilisation inutile et disproportionnée de la force. Depuis le début de l’année (2026), plus de la moitié des victimes sont survenues dans le cadre d’opérations de sécurité, avec des centaines de personnes touchées par des balles perdues et des drones explosifs », a-t-il déclaré.
Toutefois, le Haut-Commissaire des nations unies aux droits humains relève une diminution considérable, de près de moitié par rapport à 2025, du nombre d’exécutions sommaires, attribuées à des unités de police spécialisées.
Les personnes, prétendument associées aux gangs, continuent, néanmoins, d’être exécutées sommairement.
« Dans certaines zones, des groupes dits d’autodéfense ont tué ou blessé environ 280 personnes jusqu’à présent cette année (2026) », a-t-il ajouté.
Une grave crise humanitaire
Le climat de terreur continue d’empêcher les communautés d’accéder aux écoles, aux hôpitaux et aux services essentiels.
Plus de la moitié de la population haïtienne fait face à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que 40 % des Haïtiennes et Haïtiens n’ont pas accès aux soins de santé de base.
Près de 1,5 million de personnes sont par ailleurs déplacées de force.
La situation des enfants demeure particulièrement préoccupante.
« Entre 30 et 50 % des membres de gangs sont des enfants. En 2025, le recrutement et l’utilisation d’enfants par les gangs ont presque triplé. Pour de nombreux enfants en Haïti, rejoindre un gang peut être le seul moyen de survivre. Mais, aucun enfant ne devrait être contraint de choisir entre sa propre vie et la sécurité de ses voisins », a déclaré Volker Türk.
Les enfants sont exploités, victimes de traite et abusés, tandis que les mécanismes de prévention et de réintégration demeurent « cruellement inadéquats », déplore le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains.
Stopper les armes et les munitions
Volker Türk préconise de stopper et d’assécher à leur source les flux illicites d’armes et de munitions à destination d’Haïti, afin de sauver des vies et de rétablir l’ordre.
Il appelle au respect intégral et effectif de l’embargo sur les armes, imposé par le Conseil de sécurité des Nations unies. [emb apr 02/10/2026 12:00]
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