Alors que les discussions se concentrent sur les élections, la sécurité et les interventions internationales, le politologue et historien Sauveur Pierre Étienne estime que l’enjeu fondamental est ailleurs. À ses yeux, la crise actuelle révèle d’abord une crise des élites et de la vision nationale. La reconstruction du pays passera moins par les solutions extérieures que par la capacité des Haïtiens à reprendre confiance en eux-mêmes et à porter un projet collectif pour l’avenir.
Par Gotson Pierre
P-au-P., 3 juin 2026 [AlterPresse] --- Alors que persistent les incertitudes politiques et sécuritaires, le politologue et historien Sauveur Pierre Étienne invite à regarder au-delà des urgences du moment. Selon lui, la crise que traverse Haïti est aussi une crise de leadership, de vision nationale et de confiance collective.
« Un pays qui a fait 1804 ne doit pas perdre confiance en lui-même », affirme-t-il, en référence à l’indépendance d’Haïti, née de la seule révolution d’esclaves ayant conduit à la création d’un État souverain.
Intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, il estime que les débats sur les échéances politiques, les élections ou encore les initiatives internationales ne doivent pas faire perdre de vue les problèmes de fond qui fragilisent le pays depuis plusieurs décennies.
Une crise des élites
Pour Sauveur Pierre Étienne, la situation actuelle ne traduit pas seulement un affaiblissement des institutions publiques.
« Nous vivons la crise de l’État, mais surtout la crise des élites », soutient-il.
Cette responsabilité concerne, selon lui, les élites politiques, économiques, intellectuelles et sociales, qui n’ont pas su construire une vision commune du développement national ni défendre durablement l’intérêt collectif.
À ses yeux, les difficultés auxquelles Haïti est confrontée aujourd’hui sont aussi le résultat de l’absence d’un projet national capable de fédérer les différentes forces du pays autour d’objectifs partagés.
Retrouver une vision du pays
Le politologue juge que le débat public demeure trop souvent enfermé dans les luttes de pouvoir et la gestion des crises immédiates.
Or, la question fondamentale est celle du modèle de développement que les Haïtiens souhaitent construire.
Malgré la gravité de la crise, Haïti conserve, selon lui, d’importants atouts : sa diaspora, son potentiel agricole, sa position géostratégique dans la Caraïbe et ses ressources humaines.
Ces atouts ne pourront toutefois être valorisés sans institutions solides, sans capacités de sécurité publique renforcées et sans une stratégie économique orientée vers la production et l’investissement.
« Nous devons savoir ce que nous voulons représenter comme pays », insiste-t-il.
La responsabilité nationale au cœur de la solution
Alors que les autorités misent notamment sur le renforcement des opérations sécuritaires pour reprendre le contrôle de territoires occupés par des groupes armés, Sauveur Pierre Étienne estime que les réponses extérieures ne peuvent constituer qu’un appui.
Pour lui, aucune solution durable ne pourra être imposée de l’extérieur.
« Aucun pays ne sauve un autre pays. Aucun pays ne développe un autre pays. Ce sont toujours les élites nationales qui portent le développement », rappelle-t-il.
S’il reconnaît l’importance du soutien international dans le domaine sécuritaire, il considère que l’avenir du pays dépend avant tout de la capacité des Haïtiens à assumer eux-mêmes la reconstruction de leurs institutions et la définition de leurs priorités collectives.
Refuser la résignation
Face à l’ampleur de la crise, le politologue met en garde contre toute forme de fatalisme.
Selon lui, l’histoire d’Haïti démontre que le pays possède les ressources nécessaires pour se relever, à condition que ses dirigeants et ses citoyens retrouvent confiance dans leurs propres capacités.
« Un pays qui a fait 1804 ne devrait pas être à plat ventre », répète-t-il.
Pour Sauveur Pierre Étienne, la sortie de crise passe autant par la restauration de l’autorité publique que par une réaffirmation de la confiance nationale, de la responsabilité collective et de la volonté de construire un projet commun pour l’avenir. [gp apr 03/06/2026 7 :50]
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