P-au-P, 07 octobre 2025 [AlterPresse] --- L’économiste et politologue Joseph Harold Pierre anticipe une aggravation de la crise économique en Haïti en cas de non-renouvellement des lois Hope/Help, arrivées à expiration en septembre 2025.
Lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse, il a mis en garde contre les menaces pesant sur les exportations des zones franches, évaluées à environ un milliard de dollars par an.
Entre 25,000 et 30,000 ouvrières et ouvriers des zones franches risquent de perdre leurs emplois, aggravant la crise sociale, prévient Joseph Harold Pierre qui rappelle que le tourisme et l’investissement direct étranger sont déjà quasi inexistants en Haïti.
Les transferts de la diaspora, qui seront taxés à partir de janvier 2026, risquent de diminuer, réduisant davantage l’entrée de devises étrangères dans le pays, souligne-t-il.
La baisse simultanée des transferts d’argent et des exportations exercera une pression accrue sur le taux de change, avertit-il.
La dépréciation de la gourde entraînera également une hausse du coût du dollar, rendant les importations plus chères. Ce qui provoquera une inflation généralisée.
La Banque de la république d’Haïti (Brh) serait contrainte d’intervenir, en puisant dans ses réserves en dollars, une solution qu’il juge intenable à long terme.
La Brh pourrait également être amenée à financer le déficit budgétaire. Ce qui générerait une inflation, avec une hausse de la faim.
La stabilité du taux de change serait alors compromise, menaçant l’équilibre macroéconomique du pays, selon lui.
Une détérioration accélérée de la gourde risque de déboucher sur une crise économique majeure, avertit l’économiste.
Le non-renouvellement de la loi Hope/Help constituerait un échec total de la diplomatie haïtienne, considère-t-il.
Il rappelle combien cette loi, bien que spécifique à Haïti, n’est pas un simple cadeau, mais qu’elle s’inscrit dans une stratégie régionale des États-Unis d’Amérique, visant à maintenir leur influence dans les Caraïbes.
Elle est également motivée par une volonté de freiner l’expansion de la Chine dans la région.
Les entreprises qui s’installent dans le pays, notamment au Parc industriel de Caracol (Pic), dans le Nord-Est, ou à la Compagnie de développement industriel (Codevi), à Ouanaminthe, ont tendance à quitter rapidement le territoire.
Cette instabilité pousse les États-Unis à s’interroger sur la pertinence du renouvellement de la loi, explique Joseph Harold Pierre.
Ces deux parcs industriels sont considérés comme des piliers dans l’économie haïtienne, notamment grâce aux lois Haitian hemispheric opportunity through partnership encouragemen (Hope) et Haiti economic lift program (Help), qui offrent des préférences commerciales pour l’exportation de produits haïtiens, principalement dans le secteur textile, sans droits de douane.
Joseph Harold Pierre signale combien le climat d’insécurité freine les investissements et compromet l’application efficace de la loi.
Haïti dispose d’une main-d’œuvre abondante, mais souffre d’un manque criant d’infrastructures : routes dégradées, électricité instable, ports souvent bloqués, relève-t-il.
Il regrette que le pays n’ait pas su pleinement tirer parti de la loi Hope, adoptée en 2006, ni de son extension Help, instaurée en 2010 à la suite du séisme dévastateur du 12 janvier 2010.
Environ 40,000 emplois ont été perdus dans la branche textile en Haïti, en l’espace de trois ans, notamment en raison de la détérioration de la situation sécuritaire du pays, selon les chiffres disponibles.
Les gangs armés sèment la terreur dans plusieurs départements du pays, notamment dans l’Ouest, où ils occupent plus de 80 % du territoire, contraignant de nombreuses entreprises à fermer leurs portes. [emb apr 10/07/2025 13:10]
Photo : Observatoire des multinationales
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