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Haïti – Société : Submergé par la violence des gangs et l’exode, le Plateau Central au bord du gouffre

Par Ronel Odate

Hinche, 23 mai 2025 [AlterPresse] — Le Plateau Central, jadis terre d’agriculture et d’accueil, fait aujourd’hui face à l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Pris en étau entre l’insécurité croissante et une crise humanitaire sans précédent, ce département à l’est du pays semble abandonné à lui-même.

Depuis les assauts coordonnés de la coalition criminelle Viv Ansanm, notamment à Saut-d’Eau et Mirebalais, le 31 mars 2025, la situation s’est considérablement aggravée. Ce jour-là, 516 détenus se sont évadés de la prison civile de Mirebalais. Des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées, et des milliers d’autres ont fui, abandonnant maisons et moyens de subsistance.

Une région débordée par l’exode et l’insalubrité

Hinche, chef-lieu du département, croule sous la pression. Les rues débordent de déchets, les rivières Hinquette et Guayamouc sont transformées en égouts à ciel ouvert, et les marchés improvisés envahissent chaque carrefour. La ville est méconnaissable.

«  On est perdu. On a tout fait pour aider ceux qui fuyaient la violence. Il ne nous reste plus rien. Et maintenant, on ne sait plus à qui demander de l’aide  », confie Maurice Jean, volontaire auprès des déplacés.

Selon la mairie de Hinche, près de 40 000 personnes déplacées sont hébergées dans des églises, écoles publiques et privées, tandis que des milliers d’autres se sont réfugiées chez des proches.

Entre effondrement économique et système de santé en détresse

Face à l’ampleur de la situation, les autorités locales et les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme. La délégation départementale, la mairie, Utopia Ayiti, Le Club des jeunes dévoués de Hinche, entre autres, déclarent leur incapacité à répondre aux besoins de base.

«  J’ai tout essayé. J’ai dépensé mes propres ressources pour aider les gens, réparer mon véhicule, nourrir mon équipe. Rien ne vient du gouvernement  », déplore le délégué départemental Me Occean Frédérique.

Même son de cloche du côté de Louis Jeune Nicolas, porte-parole d’Utopia Ayiti : «  Il faut nourrir ces familles, garantir leurs droits fondamentaux. Mais nous n’avons aucun moyen.  »

Les prix flambent : le riz local est passé de 150 à 200 gourdes, le pois rouge, de 200 à 250 gourdes, et le maïs, de 75 à jusqu’à 200 gourdes.

Le sac de ciment vert a bondi de 1 000 à 1 700 gourdes en deux mois. Les madan sara, commerçantes itinérantes, sont étranglées par les blocages routiers.

«  Nous avons plein de mangues ici, mais aucun débouché. Comment vais-je payer l’école de mes enfants ?  », se désole Carina Joseph, commerçante depuis plus de dix ans entre Hinche et Port-au-Prince.

L’hôpital Sainte-Thérèse de Hinche est le dernier centre hospitalier majeur fonctionnel du Plateau Central. Il ne cesse de recevoir des malades dans un contexte de manque de médicaments, de personnel et d’équipements.

«  Il faut agrandir l’hôpital et renforcer les effectifs, notamment pour les soins aux femmes enceintes  », alerte un médecin de l’établissement.

À Mirebalais, l’Hôpital universitaire a suspendu ses activités en avril 2025, dénonçant l’insécurité permanente autour de ses locaux.

Espoirs prudents autour d’un nouveau commandement policier

Sur le plan sécuritaire, l’installation, le 20 mai, du commissaire divisionnaire Mackenzie Jacques comme nouveau directeur départemental de la Police nationale, soulève des espoirs. Il succède à Delin Boyer.

Les populations de Mirebalais et Saut-d’Eau attendent de lui des actions fortes pour desserrer l’étau des gangs armés.

À Hinche et sur l’ensemble du Plateau Central, la misère, l’abandon et l’insécurité dominent le quotidien. Les appels à l’aide se multiplient. Mais sans réponse rapide du pouvoir central, la région risque de basculer définitivement dans le chaos. [ro gp apr 23/05/2025 13 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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