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Haïti : Six ans après l’assassinat du journaliste Néhémie Joseph, la justice peine à avancer à Mirebalais

Plateau central (Haïti), 10 oct. 2025 [AlterPresse] --- Le 10 octobre 2019, le journaliste Néhémie Joseph était assassiné à Mirebalais (Plateau central). Six ans plus tard, son dossier judiciaire suit toujours son cours à la cour d’appel de Hinche, tandis que la mémoire de ce journaliste engagé reste vivante dans la communauté.

Dossier judiciaire toujours en cours

Le dossier de l’assassinat de Néhémie Joseph n’a pas été clôturé malgré les années. Selon Me. Robenson Mazarin, avocat de la famille, la persévérance de la défense et la mobilisation citoyenne permettent de maintenir l’affaire ouverte.

« C’était un crime odieux, et nous nous battons pour qu’il ne reste pas impuni », souligne-t-il dans une interview accordée à AlterPresse/AlterRadio.
Les lenteurs administratives et la crise sécuritaire freinent le travail judiciaire, mais le combat pour la justice continue.



Pressions et menaces

Depuis le début de la procédure, les avocats et proches de la victime subissent des pressions et des campagnes d’intimidation, notamment via des comptes anonymes sur les réseaux sociaux.

« Nous restons prudents, mais nous ne cédons pas à la peur », confie Maître Mazarin.

Avant sa mort, Néhémie Joseph dénonçait la corruption et la contrebande, ce qui lui avait valu de nombreux ennemis. Aujourd’hui, Mirebalais et une partie du Plateau central sont sous le contrôle de groupes armés, accentuant le climat d’insécurité.

« S’il était encore en vie, il aurait été très utile à sa communauté. C’était un homme courageux et profondément attaché à la vérité », ajoute Me. Mazarin.

Mémoire et commémoration

Malgré le temps, la mémoire de Néhémie Joseph demeure vivante. Chaque année, ses proches et des organisations locales organisent marches, conférences et publications pour rappeler son engagement.

En 2024, la violence des gangs a empêché les grandes commémorations, mais des initiatives symboliques ont été maintenues pour dénoncer l’impunité et rappeler son combat pour la liberté d’expression.

« Parler de Néhémie Joseph, c’est déjà un acte de résistance », souligne Me. Mazarin.

« Le pays a besoin de journalistes courageux comme lui, car ils sont la voix de ceux qu’on veut faire taire ».

Néhémie Joseph (1983–2019), la voix libre de Mirebalais

Néhémie Joseph est né le 21 avril 1983 à Mirebalais, au sein d’une petite famille de deux garçons. Il a étudié localement avant de poursuivre des études en technologie médicale à Port-au-Prince, où il est devenu professionnel et formateur en laboratoire médical.

Il a ensuite étudié le journalisme, se distinguant comme l’un des jeunes journalistes les plus critiques et populaires de sa génération. Il a travaillé pour Radio Méga à Port-au-Prince et Panic FM à Mirebalais, animant les émissions Plon Gaye et Tanbou Verite, où il dénonçait la corruption et les abus des autorités.

Néhémie Joseph était également entrepreneur social : il a cofondé l’École de technologie médicale Ziehl-Neelsen (Etmezn) et créé le Réseau Panik, club de supporters de l’Association sportive de Mirebalais (Asm), permettant à l’équipe de financer ses activités. Il a aussi mobilisé la population pour nettoyer les rues de Mirebalais et dénoncer l’insalubrité et la négligence des autorités sur les réseaux sociaux.

Le 10 octobre 2019, il a été assassiné à 36 ans, laissant derrière lui un héritage de courage et de lutte pour la vérité. La justice a désigné huit suspects, dont cinq employés de la mairie, mais le procès peine à aboutir.

Un symbole de courage

Six ans après sa mort, la mémoire de Néhémie Joseph inspire toujours. Par son engagement, il incarne cette minorité de citoyens qui refusent le silence et la peur.

« Sa plus grande faiblesse fut d’avoir trop cru à l’État de droit et fait confiance à ceux qu’il dénonçait », rappelle un proche.

À Mirebalais, on n’a pas oublié Néhémie Joseph, tout comme Jean Louis, un autre journaliste tombé pour la vérité. [apr 10/10/2025 16 :00]

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