Près de 120 morts ont été recensés par l’organisation Konbit pour la paix et le développement, lors des opérations menées au centre-ville de Port-au-Prince du 1er au 11 janvier 2026. L’organisme plaide pour la mise en place de mécanismes pour protéger les civils.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 15 janvier 2026 [AlterPresse] ---Les opérations de sécurisation se poursuivent dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince, impliquant la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti, une Task Force et la Force de répression des gangs, d’après les informations recueillies par l’agence en ligne AlterPresse.
Plus d’une centaine de décès, répartis entre civils et présumés membres de groupes criminels, ont été recensés du 1er au 11 janvier 2026 par l’organisation Konbit pour la paix et le développement.
Ces opérations, lancées à la fin de l’année 2025, ont pour objectif principal de déloger les foyers de gangs opérant dans les quartiers de La Saline et Bel Air.
Les forces de l’ordre ont traqué et repoussé les bandits dans les rues des Remparts, Macajoux, Tiremasse et Saint-Martin, a précisé Fritzner Pierre, responsable de Konbit pour la paix et le développement, lors d’une interview à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.
Entre le 1er et le 11 janvier 2026, 116 personnes ont perdu la vie, et 65 autres ont été grièvement blessées au cours de ces opérations. Parmi les victimes, 64 individus étaient suspectés d’appartenir à des groupes criminels, tandis que 52 étaient des civils n’ayant aucun lien avec les bandes armées. Parmi ces derniers, figurent huit adolescents (trois filles et cinq garçons) ainsi que huit femmes, selon Fritzner Pierre.
La majorité des victimes civiles ont été piégées, contraintes par les gangs de faire obstacle à l’avancée des forces de l’ordre. Selon Pierre, ces innocents auraient été tués par des drones à charge explosive utilisés par la Task Force.
La nécessité de protéger les civils
L’organisation Konbit pour la paix et le développement plaide en faveur de l’élaboration d’une stratégie, prenant en compte la protection de la population civile. Elle invite les autorités à renforcer leurs services de renseignements, afin de mieux identifier les cibles et de différencier la population innocente des membres des groupes criminels.
Cette recommandation s’étend également aux propriétés privées, afin de minimiser la destruction des habitations de paisibles citoyennes et citoyens.
L’organisation de défense des droits humains lance également un appel à la mise en place d’un couloir humanitaire pendant les opérations, permettant l’évacuation des blessés et leur accès à des soins médicaux appropriés. Elle propose, en outre, d’établir des mécanismes facilitant les déplacements des habitantes et habitants des zones concernées.
Les civils pris au piège
Malgré les annonces officielles concernant la tenue des opérations dans les zones ciblées, de nombreuses habitantes et de nombreux habitants hésitent à fuir, subissant de multiples contraintes.
Konbit pour la paix et le développement alerte sur le fait que des citoyens sont contraints de rester dans les quartiers sous contrôle des gangs, étant utilisés comme boucliers humains.
Fritzner Pierre souligne également que dans certaines zones contrôlées par des groupes armés, les habitants sont rançonnés pour pouvoir en sortir.
L’organisation insiste sur la nécessité d’établir une politique d’accompagnement pour les personnes souhaitant quitter les quartiers visés par les opérations. Elle interpelle l’État haïtien, en particulier les Ministères des affaires sociales et de l’intérieur, afin de mettre en place des espaces d’hébergement pour celles et ceux qui fuient les combats, afin d’éviter des victimes collatérales.
Pierre a d’ailleurs évoqué des centres d’accueil improvisés près de Bel Air et La Saline, où sont regroupés principalement des enfants, dans des conditions de vie extrêmement précaires.
L’Organisation internationale pour les migrations (Oim) recense plus de 5,800 déplacés à la suite des violences armées, survenues depuis le vendredi 8 janvier 2026 à Port-au-Prince, notamment dans les quartiers de Bel Air, Wharf Jérémie, La Saline, Delmas 2, Saint-Martin et Tokyo.
Parmi ces personnes déplacés, 86 % ont été hébergées dans des familles d’accueil, tandis que 14 % ont trouvé refuge sur deux sites d’hébergement déjà destinés aux réfugiés.
Poursuite des opérations
La Police nationale d’Haïti, appuyée par une Task Force, a lancé, mercredi 14 janvier 2026, une vaste opération dans le quartier de Delmas 6, fief du leader de la coalition criminelle Viv Ansanm, Jimmy Chérisier, alias Barbecue.
Dans le cadre de ces opérations, la Pnh a annoncé la saisie de 33 armes à feu, dont 17 fusils d’assaut, ainsi que 12,259 munitions de divers calibres, lors des interventions menées en début janvier 2026 dans le quartier de Bel Air.
Il convient de souligner que la situation sécuritaire reste préoccupante dans plusieurs zones du pays, notamment à Kenscoff et dans d’autres communes du département de l’Ouest, ainsi que dans le Plateau central et l’Artibonite (nord), où les gangs lourdement armés imposent leur loi et sèment la terreur.[cj gp apr 15/01/2026 7:30]
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