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Haïti-Sécurité : Fin de la Mmas, la Frg peut-elle éviter le pire ?

Par Gotson Pierre

P-au-P., 24 avril 2026 [AlterPresse] — Alors que la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) entre dans sa dernière phase de retrait et que la Force de répression des gangs (Frg) s’apprête à prendre le relais, les signaux d’alerte se multiplient, tant au niveau international que sur le terrain, observe AlterPresse.

Au Conseil de sécurité, le calendrier est désormais particulièrement serré. Lors d’une réunion tenue le 23 avril 2026, le représentant du Kenya, Erastus Lokaale, a averti que le dernier contingent combattant de la Mmas quittera Haïti à la fin du mois, qualifiant cette échéance de « particulièrement critique ».

Il a insisté sur la nécessité de rendre la Frg pleinement opérationnelle, dotée de ressources suffisantes et d’un financement prévisible, faute de quoi la transition risquerait de fragiliser les acquis sécuritaires obtenus jusqu’ici.

Cette inquiétude se reflète également sur le terrain. À Saint-Marc et dans le bas Artibonite (Nord), des représentants de la société civile dénoncent un « vide sécuritaire inquiétant ».

Marc Antoine Adolphe, citoyen engagé et responsable médiatique local, s’interroge sur le retrait d’environ 60 policiers kényans du commissariat de Pont-Sondé, sans déploiement de forces de remplacement haïtiennes.

Il estime que ce poste reste stratégique dans la lutte contre les groupes armés Gran Grif et Kokorat San Ras, actifs dans la zone, et appelle la Police nationale d’Haïti (Pnh) à envoyer rapidement renforts, armes et munitions pour éviter une dégradation de la situation.

La situation sécuritaire demeure par ailleurs extrêmement volatile. Dans l’Artibonite, des attaques armées ont récemment visé la localité de Kapenyen, dans la commune de l’Estère, tandis que des affrontements entre gangs et groupes d’autodéfense se poursuivent dans plusieurs zones rurales.

Dans la région métropolitaine, des violences entre gangs rivaux ont provoqué d’importants déplacements de population, notamment à Cité Soleil et dans la Plaine du Cul-de-Sac (périphérie nord), forçant des centaines de familles à fuir vers des zones jugées plus sûres.

Dans le même temps, la PNH affirme avoir repoussé certaines attaques, notamment à Séguin (Sud-est), où plus d’une dizaine d’assaillants auraient été « mortellement blessés », avec la saisie d’armes automatiques.

L’institution assure maintenir une présence dissuasive dans plusieurs zones, mais ces interventions restent ponctuelles face à l’ampleur des territoires contrôlés ou contestés par les groupes armés.

Dans ce contexte, la Frg tente de s’installer progressivement. Une délégation conduite par le major général Gulam Mahiuddin Ahmed, commandant militaire de la force, a récemment effectué une visite de reconnaissance au sein de la direction générale de la Pnh à Tabarre. Cette mission s’inscrit dans le processus de déploiement de la nouvelle force, chargée d’évaluer les dispositifs existants et de coordonner les futures opérations avec les autorités haïtiennes.

Au Conseil de sécurité, le représentant spécial de la Frg, Jack Christofides, a rappelé que la nouvelle force n’est pas une fin en soi, mais un instrument destiné à permettre aux institutions haïtiennes de reprendre progressivement le contrôle du territoire. L’objectif est de réduire la capacité opérationnelle des gangs afin de créer un espace de stabilisation durable.

Les États-Unis, par la voix de leur représentante Jennifer Locetta, ont salué les progrès de l’opérationnalisation de la Frg, tout en rappelant que la stabilité ne pourra être obtenue uniquement par des moyens sécuritaires.

D’autres pays, dont la République dominicaine, ont appelé à renforcer les contributions financières et logistiques, tandis que la Fédération de Russie a mis en garde contre les risques d’un vide sécuritaire et les difficultés liées au déploiement.

À l’approche du retrait de la Mmas, la transition vers la FRG apparaît comme une séquence à la fois décisive et fragile.

Entre urgences locales, pressions politiques et incertitudes opérationnelles, le passage de relais entre les deux dispositifs concentre une question centrale : la Frg parviendra-t-elle à s’imposer à temps pour éviter une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire, alors que les groupes armés continuent d’étendre leur emprise ? [gp apr 24/04/2026 14 :00]

illustration NRoc avec IA

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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