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Haïti-Rép. Dom./Migration : Ouanaminthe submergée par une crise humanitaire provoquée par les expulsions massives 

P-au-P, 20 février 2026 [AlterPresse] --- La plateforme genre du Nord-Est (Pgne) interpelle l’État haïtien et l’ensemble des acteurs concernés sur la situation extrêmement préoccupante des migrantes et migrants haïtiens expulsés à la frontière de Ouanaminthe par la République Dominicaine, dans une note de plaidoyer transmise à l’agence en ligne AlterPresse.

Les organisations locales sont largement dépassées par l’ampleur de la crise humanitaire actuelle, laquelle exige une réponse institutionnelle immédiate, structurée et coordonnée, souligne la plateforme Pgne.

Malgré les efforts déployés par plusieurs organisations, la capacité de réponse reste amplement insuffisante face au rythme soutenu des déportations, poursuit-elle.

Plusieurs femmes rapatriées, hébergées par des individus mal intentionnés, sont ensuite victimes d’agressions, de violences sexuelles ou de mauvais traitements, dénonce-t-elle.

Entre le 1er et le 30 janvier 2026, 12, 307 personnes expulsées ont été enregistrées. Parmi elles figurent 8, 624 hommes, 2, 719 femmes, 497 filles et 457 garçons, selon les données recueillies par les agents de surveillance frontalière.

Les chiffres révèlent également la présence de 118 femmes enceintes, 246 femmes allaitantes, 42 enfants non accompagnés, 55 personnes en situation de handicap et 278 personnes âgées.

265, 215 Haïtiennes et Haïtiens ont été expulsé.e.s de la République Dominicaine et 4,999 autres en provenance de cinq autres pays, dont les États-Unis d’Amé, vers le territoire haïtien, selon un rapport annuel de la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr), publié en février 2026.

Pour sa part, la Direction générale des migrations (Dgm) de la République Dominicaine, a fait état, dans un document, d’un nombre de 379, 553 ressortissantes et ressortissants haïtiens en situation irrégulière expulsé.e.s de la République Dominicaine vers leur pays d’origine, au cours de l’année 2025, dans un contexte de grave crise politique, sécuritaire et humanitaire.

Absence d’assistance et conditions d’accueil précaires

La Pgne dénonce notamment les rapatriements effectués tard dans la soirée, rapportant que depuis le 30 janvier, l’absence d’agents de l’Office national de la migration (Onm) au centre de ressources frontalier après 16 heures laisse de nombreux migrants sans assistance ni abri.

« Des hommes sont contraints de dormir à proximité du marché frontalier, exposés aux vols et aux agressions. Des femmes vulnérables acceptent parfois des offres d’hébergement informelles qui se transforment en situations d’exploitation ou de violences. »

L’Organisation internationale pour les migrations (Oim) limite désormais son assistance financière aux cas jugés les plus vulnérables, laissant de nombreuses personnes sans soutien immédiat, regrette la plateforme.

Selon la Pgne, les témoignages recueillis font état d’arrestations brutales, de confiscation de biens, de séparations familiales et d’expulsions dans des conditions jugées humiliantes.

De plus, certaines femmes allaitantes auraient été rapatriées sans leurs nourrissons. D’autres, ayant récemment subi une césarienne, auraient été détenues puis expulsées dans des conditions dégradantes.

La plateforme décrit les conditions de détention des migrantes et migrants haïtiens comme insalubres, marquées par un manque d’hygiène et une alimentation inadéquate.

Le transport des migrant.e.s vers la frontière se ferait dans des bus surchargés, avec des cas d’évanouissements signalés, ajoute-t-elle.

« À leur arrivée à Ouanaminthe, plusieurs migrants ne trouvent ni nourriture ni prise en charge lorsque les services officiels sont fermés. Le centre d’hébergement de l’Onm à Rivière Canarie ne reçoit pas systématiquement tous les rapatriés, notamment certains hommes vulnérables. »

« La protection des citoyens haïtiens est une obligation constitutionnelle et morale », rappelle l’organisation, qui exhorte les autorités à agir rapidement afin de préserver la dignité et les droits fondamentaux des personnes rapatriées.

Recommandations de la plateforme Pgne

Face à cette situation alarmante, la plateforme genre du Nord-Est appelle l’État haïtien à mettre en place un mécanisme interinstitutionnel permanent de gestion de crise à la frontière.

L’organisation réclame également la présence prolongée de l’Onm au-delà de 16 heures, l’encadrement ou la suspension des déportations tardives, ainsi que l’ouverture de négociations diplomatiques formelles avec les autorités dominicaines afin de garantir le respect des droits humains.

Elle demande en outre un soutien financier accru aux organisations communautaires et la création d’abris d’urgence supplémentaires pour les hommes, les femmes et les familles expulsées. [mff emb apr 20/02/2026 10 :10]

Site : Onu info

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