Transmis à AlterPresse le 22 mai 2025
Lettre ouverte au ministre français des affaires étrangères
Sujet : Programme anti-immigration de la République Dominicaine
Paris, le 16 mai 2025
Monsieur le ministre,
En mai 2024, Luis Abinader, le président de la République dominicaine a été réélu à la tête de son pays avec l’appui de partis nationalistes et des groupes d’extrême droite. Sa campagne électorale a été basée sur un programme anti-immigration, principalement contre les Haïtiens. Il y a environ 500 000 haïtiens en République Dominicaine. Il a notamment promis l’extension de la construction d’un mur le long de la frontière entre son pays et Haïti, miné par la pauvreté, la crise économique et depuis plusieurs années par la violence des gangs.
La police du service de la migration dominicain fait une chasse aux haïtiens depuis de très nombreuses années attrapant avec eux des Dominicains noirs et aussi des ressortissants en règle d’autres pays. Ils sont arrêtés et emmenés principalement au centre de détention de Haina, qui accueille les migrants en situation irrégulière en périphérie de Santo Domingo, la capitale. Les agents de la migration et de la police nationale ne respectent ni les droits humains des Haïtiens arrêtés ni les procédures légales.
Amnesty International dénonce les conditions inhumaines dans lesquelles des milliers d’Haïtiens, y compris des enfants dans l’incapacité de faire valoir leurs droits, sont expulsés de la République dominicaine. Depuis octobre 2024, plus de 180 000 expulsions ont été recensées. L’organisation condamne fermement le nouveau « protocole de santé » annoncé le 21 avril 2025 par le gouvernement dominicain, qui impose aux migrants de fournir des documents d’identité pour accéder aux soins médicaux et prévoit leur expulsion après leur traitement. Le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Refugiés (GARR), en Haïti, estime absurde de demander à des migrants sans emploi une attestation de travail pour obtenir des soins de santé.
Des patrons dominicains, dans le secteur de l’agriculture, du BTP et du tourisme, où les Haïtiens et les Haïtiennes, sans papiers ou non, savent qu’ils sont essentiels à l’économie nationale, s’insurgent contre ces décisions qui seront à l’évidence néfastes, à très court terme, à l’économie du pays.
La nette augmentation du nombre de personnes très vulnérables - notamment des femmes, des enfants et des nouveau-nés - déportées de force vers Haïti est particulièrement alarmante. Selon le Réseau frontalier Jeannot Succès (RFJS), en Haïti, plus de 500 enfants non-accompagnés, âgés de 11 à 17 ans, sont arrivés de la République dominicaine pour la seule période du 10 au 21 octobre 2024. Le chef de mission de l’OIM en Haïti, le Français Grégoire Goodstein, considère cette crise comme complexe et il précise que fournir une aide devient de plus en plus difficile, car les acteurs humanitaires se retrouvent également piégés aux côtés des personnes qu’ils tentent de soutenir.
À Punta Cana, à l’est de la République dominicaine, un appel à manifestation armée contre les Haïtiens a été lancé par certains groupes dominicains sur les réseaux sociaux. Cet appel suscite de vives inquiétudes, également pour diverses organisations humanitaires dominicaines, quant à la montée d’un climat de haine et de violence dans la région. Ces appels réguliers à la violence n’ont jusqu’à présent pas été sanctionnés. Selon une dépêche de l’AFP publiée le 28 avril 2025, des dizaines de Dominicains ont manifesté contre l’entrée irrégulière dans leur pays de migrants haïtiens, le 27 avril à Santo-Domingo, à l’appel de l’Ancien Ordre Dominicain, une ONG nationaliste qui proteste contre « l’haïtianisation » du pays.
Le Collectif Haïti de France rappelle que la République dominicaine a été élue, le 10 octobre 2023, au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour une durée de trois ans, à compter du 1er janvier 2024. Les Etats membres de ce Conseil se doivent de « respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales de tous, sans distinction aucune fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, les biens, la naissance ou d’autres considérations ». Le Collectif Haïti de France considère que la République dominicaine est loin, très loin même, de remplir ces critères, principalement vis-à-vis de son voisin, Haïti.
Plusieurs représentants officiels d’Haïti auprès d’instances et d’organisations internationales (OEA, ONU, entres autres) dénoncent depuis plusieurs mois cette « décision discriminatoire » du gouvernement dominicain, qui s’inscrit dans une logique « d’épuration ethnique ».
Le Collectif Haïti de France souhaite que la France prenne rapidement des dispositions pour que cette situation très préoccupante soit dénoncée par ses représentants dans les plus hautes organisations internationales.
Le Collectif Haïti de France considère que la République Dominicaine contrevient à tous les accords internationaux qu’elle a signés et ne respecte pas les droits élémentaires des populations. La République dominicaine doit être fortement sanctionnée au plus haut niveau pour ses atteintes constantes et inadmissibles aux droits humains, notamment ceux des enfants, et nous demandons qu’elle cesse sans délai les reconduites à la frontière.
Pour Le Collectif Haïti de France
Ornella Braceschi - Présidente
Cc : Ce plaidoyer a été envoyé également à nos députés et sénateurs des commissions des affaires étrangères de l’assemblée nationale et du sénat, et à la présidente de la Communauté des Caraïbes (Caricom)
Photo : Site de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim)
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