Haïti et la République dominicaine ont relancé leur dialogue bilatéral le 17 avril 2026 à CODEVI, avec des accords sur la réouverture de l’espace aérien et la reprise des liaisons aériennes dès mai 2026, après trois ans de tensions diplomatiques.
Par Gotson Pierre
P-au-P., 18 avril 2026 [AlterPresse] --- Les gouvernements haïtien et dominicain ont relancé le dialogue bilatéral le 17 avril 2026 au parc industriel de CODEVI, dans la zone frontalière nord-est, lors d’une rencontre ayant abouti à des conclusions notables, dont la réouverture de l’espace aérien entre les deux pays et la reprise des liaisons aériennes à partir du 1er mai 2026.
Selon un communiqué officiel consulté par AlterPresse, cette reprise des échanges, environ trois ans après leur interruption par Santo Domingo, s’inscrit dans un cadre de concertation visant à renforcer la coopération entre les deux États sur des dossiers sensibles.
L’entente pour la reprise des liaisons aériennes à partir du 1er mai 2026, notamment entre le Cap-Haïtien et les aéroports dominicains, est présentée par les autorités haïtiennes comme une avancée importante en faveur de la mobilité, de la relance des échanges économiques et du renforcement des relations humaines et commerciales entre les deux pays.
Au-delà de cette annonce, les discussions ont porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral, en particulier la sécurité frontalière, la gestion des flux migratoires et les échanges commerciaux. Les deux gouvernements ont convenu de maintenir les canaux de dialogue ouverts et de poursuivre les échanges techniques et politiques afin d’assurer le suivi des engagements pris.
Le gouvernement haïtien a salué la tenue de cette rencontre, réaffirmant sa volonté de privilégier le dialogue comme instrument central de gestion des relations avec la République dominicaine. Le Premier ministre a mis en avant « l’esprit de coopération » ayant guidé les échanges.
Apaisement des tensions diplomatiques sur fond de déploiement de la FRG en Haïti
La reprise des discussions s’inscrit aussi dans un environnement sécuritaire régional influencé par le déploiement progressif de la Force internationale de répression des gangs (FRG) en Haïti.
Créée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la FRG doit commencer ses opérations à partir du 1er avril 2026. Dotée d’un effectif prévu de 5 500 hommes, elle vise à appuyer les efforts de stabilisation dans un pays confronté à l’expansion des groupes armés.
L’arrivée des premiers contingents de cette force a été annoncée en mars dernier par les autorités dominicaines, à l’issue d’échanges avec des diplomates américains.
Ce dispositif international s’inscrit dans une situation de crise sécuritaire persistante en Haïti, particulièrement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, où les groupes armés conservent une forte emprise sur plusieurs zones.
Une dynamique saluée par la société civile
La Fondation Zile, engagée de longue date dans la promotion du dialogue entre Haïti et la République dominicaine, a salué la relance des discussions bilatérales, qu’elle qualifie de « signal positif et nécessaire » dans un contexte de tensions persistantes.
L’organisation met particulièrement en avant la portée de la réouverture de l’espace aérien et la reprise des vols entre les deux pays, suspendus depuis septembre 2023. Elle estime que cette décision constitue un levier important pour la mobilité des personnes, la relance des échanges économiques et le renforcement des liens humains entre les deux sociétés.
La Fondation Zile rappelle également que cette avancée s’inscrit dans le cadre de la XIVe Semaine de la diaspora haïtienne, un espace qu’elle porte et qui vise à renforcer les ponts entre Haïti et la République dominicaine. Elle souligne que ces progrès diplomatiques doivent désormais être consolidés par des mesures concrètes et durables.
Au-delà des annonces, la Fondation appelle les deux États à approfondir les discussions, en particulier sur la question migratoire, et à garantir des mécanismes de protection des droits humains, dans un contexte de tensions récurrentes et de fortes vulnérabilités.
Un contexte migratoire toujours tendu
La reprise du dialogue se situe dans un contexte de fortes tensions migratoires. Selon des données disponibles pour l’année 2025, plus de 379 000 ressortissants haïtiens ont été expulsés de la République dominicaine, tandis que d’autres sources évoquent environ 265 000 expulsions directes, auxquelles s’ajoutent des retours spontanés et des refoulements massifs.
Ces mouvements migratoires s’accompagnent régulièrement de dénonciations d’atteintes aux droits humains, notamment à l’égard de femmes enceintes, de mineurs et de personnes en situation de vulnérabilité.
Entre crise et reprise du dialogue
La dynamique actuelle fait suite à la crise diplomatique de septembre 2023, provoquée par la fermeture de la frontière dominicaine en réaction au dossier du canal sur la rivière Massacre.
Depuis lors, les relations bilatérales ont oscillé entre tensions, restrictions et tentatives de reprise de la coopération, à travers divers mécanismes de dialogue. [gp apr 18/04/2026 00 :30]
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