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Haïti-Politique : Le Mohsana réitère sa proposition de mise en place d’une administration technocratique pour réussir la transition

Prise de position du Mouvement haïtien de sauvetage national (Mohsana)

Soumise à AlterPresse le 3 novembre 2025

À trois mois de l’échéance prévue par l’Accord du 3 avril 2024 pour le rétablissement des institutions républicaines, le Conseil présidentiel de Transition (Cpt) et ses tuteurs internationaux ont fini par reconnaître leur échec retentissant. Non seulement le Cpt n’a accompli aucune des missions qui lui ont été confiées (sécurité, réformes institutionnelles, révision constitutionnelle), sa malformation congénitale a servi de lit au renforcement de l’impunité, à la banalisation de la corruption, du trafic d’influence et du népotisme, à l’inefficacité de l’action gouvernementale et d’autres formes de gabegie administrative, pendant que la population dans son immense majorité croupit sous le fardeau des insécurités publique, alimentaire, résidentielle, économique, environnementale, etc.

Appel au renvoi de l’administration Cpt/Fils-Aimé

Face à l’incapacité de l’administration Cpt/Fils-Aimé à restaurer la sécurité dans les quartiers, à protéger les vies et les biens de la population haïtienne, à rétablir l’ordre institutionnel, à mobiliser une légitimité populaire suffisante pour engager un processus électoral viable, le Mohsana réitère son appel à une dissolution ordonnée et encadrée du Cpt afin de mettre en place une Administration technocratique de transition (Att). Cela permettra de recentrer l’action publique sur la compétence, l’efficacité, l’éthique et l’intérêt général, loin des logiques partisanes, claniques ou clientélistes. Cette nouvelle administration aura pour mission de rétablir la stabilité, de restaurer l’autorité de l’État et de préparer des élections démocratiques dans un délai de 18 mois. Elle reposera sur :
• La compétence en lieu et place de la partisanerie ou de la corruption ;
• L’efficacité administrative et la transparence ;
• L’obligation de résultats mesurables dans les domaines clés (sécurité, justice, gouvernance, élections, fiscalité, services publics, lutte contre la pauvreté) ;
• L’amour de la patrie et du peuple haïtien ;
• Un mandat restreint de 18 mois pour un retour rapide à l’ordre démocratique et constitutionnel.
Pour garantir leur neutralité, tous les membres de cette administration, sans exception aucune, renonceront à leurs droits politiques de se porter candidat·es aux élections organisées dans le pays pendant les cinq prochaines années (2026-2031).

Mécanismes de mise en place d’une administration technocratique de transition

Pour mettre en place cette administration technocratique, le Mohsana recommande une démarche en quatre étapes.

1. La première consiste à dissoudre de manière ordonnée le Conseil présidentiel de transition afin d’éviter un vide institutionnel. Cette dissolution peut découler d’une démission en bloc de ses membres, ou encore d’une situation de fait constatée au terme du mandat du Cpt le 7 février 2026. Le Mohsana exhorte la communauté internationale à prendre acte de l’échec de leurs initiatives (Cpt et Mmas) et à demander aux neuf conseillers-présidents de démissionner.

2. La deuxième étape concerne la mise en place d’un Comité national de contrôle et de suivi de la transition (Cncst). Le Mohsana reprend à cet égard l’essentiel des termes de référence de l’Organe de contrôle de l’action gouvernementale (Ocag) prévu dans l’Accord du 3 avril et que le Cpt n’a jamais mis en place et étend cette compétence à l’ensemble de l’administration. Constitué sur la base de larges consultations auprès des organisations non partisanes de la société civile haïtienne dans les dix départements géographiques et dans la diaspora, cet organe sera composé de quinze (15) membres répondant au même profil que le/la président·e, dont deux désignés par la diaspora, deux par les organisations de défense des droits des femmes et des jeunes, deux pour le département de l’Ouest et un pour chaque autre département. Ce comité aura principalement pour tâche d’exercer, à l’égard de l’exécutif bicéphale, les attributions d’enquêtes du pouvoir législatif.

3. La troisième étape se rapporte au choix du/de la prochain·e président·e de la République. Le Mohsana croit impérieux de rapatrier la décision de la désignation du chef de l’État haïtien. En conséquence, il propose que le Comité de contrôle et de suivi, tel un conseil de sages, soit également chargé de choisir, à la majorité absolue de ses membres, un·e président·e de la République qui corresponde au profil de base suivant qui pourra être complété par les parties prenantes selon les besoins identifiés :
• Être titulaire d’un diplôme d’études supérieures dans son domaine de responsabilité et d’une expérience professionnelle substantielle à un niveau sénior sanctionnée par un bilan couronné de succès probants ;
• Avoir une connaissance approfondie des rouages de l’administration publique haïtienne ;
• N’avoir jamais été condamné·e pour crime en Haïti ou à l’étranger et n’avoir jamais été mis·e en cause dans un dossier de violence faite aux femmes (à la maison, au travail ou dans l’espace publique), ou de trafic d’armes, de munitions ou de drogue ;
• Jouir d’une réputation d’intégrité et de traitement équitable de ses collaborateurs et collaboratrices ;
• Avoir une personnalité conciliante et reconnu·e pour sa capacité de médiation, d’arbitrage ou de gestion de conflits ;
• Avoir été impliqué·e dans au moins une initiative citoyenne reflétant son amour de la patrie, son engagement civique et son désir du bien commun ;
• N’avoir jamais été signataire d’un accord politique ou n’avoir jamais été impliqué·e dans la direction d’un parti ou d’un mouvement politique au cours des 20 dernières années ;
• Être disposé·e à renoncer temporairement à son droit politique de se porter candidat·e aux joutes électorales des cinq prochaines années à tous les niveaux ;
• S’engager à protéger et à défendre les intérêts du pays, quoi qu’il en coûte.

4. Enfin, à la dernière étape, le/la président·e de la République formera son gouvernement avec des personnes qui correspondent au même profil que lui et en respectant la zone de parité établie à un minimum de 40% de femmes.

Feuille de route prioritaire de l’administration technocratique

Dépourvue d’ambition politique ou électorale, la nouvelle administration pourra s’inspirer du Manifeste du Mohsana pour restaurer la sécurité et l’autorité de l’État, préparer, avec professionnalisme, les réformes de fond attendues (sécurité, stabilité, bonne gouvernance, justice, élections) et conduire le pays sur la voie de la stabilité, du progrès et de l’autodétermination.

L’heure est venue de confier la gestion du pays à des femmes et des hommes compétents, intègres, sans attache partisane, dans le but de refonder l’État-nation.

Le MOHSANA suggère dans ce cadre quelques chantiers prioritaires :
• Rétablissement de la sécurité publique et de l’autorité de l’État, désarmement des gangs, réforme du secteur de la sécurité (forces de police, de défense et de renseignement), du système judiciaire et du code pénal ;
• Audit et assainissement de l’administration publique et des finances de l’État ;
• Restauration des services publics essentiels (éducation, santé, eau, électricité, transport) ;
• Mobilisation de la jeunesse et de la diaspora haïtienne ;
• Revitalisation urbaine intégrée et réappropriation des quartiers désertés par la population civile ;
• Organisation d’élections libres, crédibles et inclusives.

Haïti mérite une administration technocratique de salut public

La refondation d’Haïti n’est ni un rêve ni une utopie. Elle commence par un choix courageux : celui de la compétence, de l’intégrité, de la paix et de l’efficacité. Une administration technocratique de transition peut devenir l’acte fondateur d’un nouveau départ pour la République.

Ce document présente un mécanisme clair, réaliste et inspiré d’expériences comparables au Burkina Faso (2014-2015) ou au Libéria (2003-2005) pour remplacer le Conseil présidentiel de transition par une administration technocratique nationale, dotée d’un mandat limité mais décisif sous le contrôle d’un organe national indépendant de surveillance.

Le MOHSANA exhorte la communauté internationale, particulièrement l’administration américaine, l’Onu, l’Oea et la Caricom, à ne pas s’attacher à un format institutionnel faible et inefficace (Cpt), à soutenir une transition haïtienne non partisane et à appuyer la mise en place d’une administration technocratique de salut public.

Le MOHSANA invite la communauté internationale à agir, non au nom d’une responsabilité de protéger, mais dans la perspective d’un devoir de réparation. Nous devons désormais prioriser les solutions haïtiennes aux injonctions étrangères, fussent-elles américaines. Nous devons œuvrer au renforcement des institutions haïtiennes pour que l’État se mette au service du peuple et pour que la jeunesse retrouve une nation à aimer et à construire.

Pour le Mohsana,
Francklin Benjamin
Nancy Édouard
Roberson Édouard
Sauveur Pierre Étienne
Jean-Hérald Legagneur
Gepsie Metellus
William Toussaint



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