P-au-P, 18 mars 2016 [AlterPresse] --- N’ayant « pas encore obtenu le consensus suffisant, autour du choix des personnalités devant compléter son cabinet ministériel », le premier ministre nommé Fritz-Alphonse Jean sollicite un délai de 48 heures pour la présentation de l’énoncé de sa politique général devant la chambre des députés, apprend AlterPresse.
À la demande de plusieurs parlementaires, le 15 mars 2016, la séance de la ratification a été reportée au 18 mars 2016, parce que le cabinet de Fritz Jean n’aurait pas satisfait pas aux prescrits de la loi de 2006, fixant la quantité (et la nomenclature) des ministères à au moins 17.
Dans un message enregistré, Jean explique qu’il est également en consultations avec des partenaires de la société civile, en vue d’arriver à la mise en place de ce gouvernement de consensus.
« Le gouvernement est en concertation avec des partenaires de la société civile et des partis politiques, pour trouver le consensus (devant) satisfaire aussi bien les revendications de la population que les demandes des députés, relatives aux ministères des sports, de la défense et des Haïtiens vivant à l’étranger », informe le premier ministre nommé.
« Une seule équipe ne peut y faire face », estime Jean, en ce qui concerne les nombreux défis à relever dans le pays.
Ainsi, son gouvernement y « travaillerait-il tranquillement, mais sûrement ».
Il y a urgence que le pays soit doté d’un gouvernement, soutient Jean qui pense pouvoir trouver le consensus nécessaire, d’ici le lundi 21 mars 2016.
Le cabinet du premier ministre nommé, rendu public depuis le 7 mars 2016, compte 14 ministres pour 15 ministères.
Pour le moment, Jean aurait le support de plus d’une quarantaine de députés, formant les blocs politiques, dénommés Groupe des parlementaires à l’écoute du peuple (Gpep) et Groupe des parlementaires indépendants (Gpi).
« Fritz Jean peut compter sur les 45 voix, qu’a obtenues Jocelerme Privert au premier tour. Cependant, il a monté un cabinet ministériel ne pouvant même pas lui apporter un député en plus (…) », souligne une source parlementaire à AlterPresse.
« Quelle est alors la base de ces ministres ? Avec qui peuvent-ils dialoguer ? », se demande la source.
« Plusieurs députés ont été clairs avec lui, depuis le report de la séance du 15 mars 2016 : il faut que ses ministres lui apportent de la plus-value. Sinon, il va falloir couper des têtes. Ce n’est pas un jeu d’enfant », poursuit-elle.
Il va falloir que le premier ministre nommé arrive à convaincre un nombre raisonnable de députés, pour obtenir le vote de confiance de son plan de gestion gouvernementale, à la chambre basse.
Dans 48 heures, le premier ministre nommé pourrait y arriver, considèrent des proches de Fritz-Alphonse Jean.
Depuis le report de la séance de ratification de l’énoncé de politique générale du premier ministre, les blocs parlementaires sembleraient se tenir sur la corde raide.
L’Alliance des parlementaires pour Haïti (Aph) - regroupant d’anciens députés ayant fait allégeance aveugle à l’ancienne administration politique de Joseph Michel Martelly, d’anciens employés du régime tèt kale et des élus du Parti haïtien tèt kale (Phtk) de Martelly -, jure de donner un vote de censure à Fritz-Alphonse Jean.
« Le premier ministre nommé aurait été mal choisi. Le choix aurait été fait de manière unilatérale », aux yeux de l’Aph.
Les membres de l’Aph dont leur chef de file, Gary Bodeau, député de Delmas, ancien conseiller politique de l’ancien premier ministre Laurent Lamothe et ancien coordonnateur de l’unité de communication au bureau du premier ministre, accusent un secteur, qui serait prêt à « acheter » le vote de 15 députés de l’Aph au prix fort (plusieurs milliers de dollars américains).
Le 3 mai 2012, le vote de confiance - à l’énoncé de politique générale de l’ancien premier ministre Laurent Lamothe - a été l’objet de ces mêmes types de critiques.
Des députés ont accusé leurs collègues d’avoir accepté des pots de vin et des promesses de postes (dans l’administration publique), au profit de proches, pour voter, alors, en faveur de Lamothe.
Une nouvelle fois, le 21 mars 2016, les projecteurs seront encore branchés sur la chambre des députés.
Pour combien de temps le suspens va-t-il encore durer ? [efd emb rc apr 18/03/2016 15:20]
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