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Haïti-Politique : Entre ingérence étrangère et leadership interne fragilisé

De nombreux observateurs consultés par AlterRadio et AlterPresse ont dénoncé l’ingérence étrangère dans les affaires politiques haïtiennes et l’incapacité des dirigeants nationaux à s’élever à la stature d’hommes et de femmes d’État, en prélude à la date symbolique du 7 février 2026.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 2 février 2026 [AlterPresse] --- À l’approche de la date symbolique du 7 février 2026, des représentants et représentantes d’organisations de la société civile ainsi que de diverses formations politiques continuent d’exprimer de vives inquiétudes quant à l’avenir institutionnel du pays.

À mesure que cette échéance se rapproche, la perspective d’un consensus global sur la gouvernance nationale s’amenuise considérablement. Tout semble désormais converger vers un scénario de chaos quasi inévitable, au regard des tensions persistantes au sommet de l’État et des profondes divisions au sein de la classe politique.

Dans cette vidéo, s’expriment : Herold Jean-Francois (éditorialiste / Radio Ibo), Alermy Piervilus (POHDH), Jean-Robert Argant (Collectif 4 décembre), Me Samuel Madistin (FJKL), André Raphael (dirigeant politique - MOPOD) et Olriche Jean-Pierre (Demareh)

Une crise interne aggravée par des pressions extérieures

Les analystes consultés par AlterRadio et AlterPresse s’interrogent à la fois sur l’ingérence étrangère dans les affaires politiques haïtiennes et sur l’incapacité des dirigeants nationaux à s’élever à la stature d’hommes et de femmes d’État, aptes à sortir le pays de l’impasse.

Le constat est largement partagé : l’échec de l’équipe actuellement au pouvoir est manifeste. Après près de deux années de gestion, la situation s’est nettement détériorée. Les crises sécuritaire et humanitaire se sont aggravées, avec plus de 1,6 million de personnes déplacées en raison de la violence des gangs et plus de 5 millions de citoyens en situation d’insécurité alimentaire.

Dans un tel contexte, toute évocation d’une relance économique ou de l’organisation d’élections crédibles à court terme relève de l’illusion.

Face à ce bilan jugé accablant, plusieurs voix exigent la démission du Conseil présidentiel de transition (Cpt), conformément aux dispositions de l’Accord du 3 avril 2024, censé encadrer la gouvernance transitoire.

La Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (Pohdh) appelle ainsi les membres du Cpt et du gouvernement à quitter le pouvoir le 7 février prochain. Selon son secrétaire exécutif, Alermy Piervilus, ces autorités portent une lourde responsabilité dans la situation catastrophique que traverse le pays.

Intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse, il a dénoncé une gouvernance marquée par une corruption endémique et une incapacité manifeste à endiguer l’expansion de la violence armée.

Alermy Piervilus estime que le Conseil présidentiel transitoire et le gouvernement ne disposent plus de la légitimité nécessaire pour engager l’État au-delà du 7 février, soulignant que leurs actions ne répondent pas aux intérêts fondamentaux de la population. Il a insisté sur l’urgence de replacer l’intérêt national au cœur de toute démarche politique et a appelé les forces vives du pays à s’organiser afin de proposer une alternative crédible pour la gouvernance.

À défaut d’un accord préalable, il suggère que le gouvernement en place assure un intérim strictement limité à un mois, afin d’éviter un vide institutionnel.

Ingérences étrangères et pressions américaines

Parallèlement, la Pohdh dénonce une ingérence manifeste de puissances étrangères, notamment à la suite des menaces formulées par les États-Unis contre toute initiative visant à révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Le coordonnateur général du Collectif 4 décembre 2013, Jean Robert Argant, partage l’idée selon laquelle l’ensemble de l’équipe dirigeante devrait, en principe, se retirer. Il met toutefois en garde contre les risques d’un vide institutionnel et plaide pour une transition concertée avec les partis politiques et la société civile, allant jusqu’à proposer la création d’une chambre de contrôle de la transition.

S’agissant de la position américaine, il affirme en partager le fond, mais non la forme, estimant que le contexte actuel n’est pas favorable à un changement de Premier ministre. Dans environ une semaine, le mandat du Cpt prend fin.

L’ingérence américaine a également été vivement critiquée par l’éditorialiste Hérold Jean-François, directeur général de Radio Ibo. Celui-ci a réagi à la décision du Département d’État américain, annoncée le 28 janvier 2026, de révoquer les visas de deux membres du Cpt et d’un ministre haïtien, portant à cinq le nombre de conseillers-présidents sanctionnés. Ces derniers sont accusés d’avoir facilité des actions de gangs armés, qualifiés d’organisations terroristes étrangères.

Jean-François rejette ces accusations, les qualifiant d’arbitraires et infondées, et estime que de telles décisions fragilisent la crédibilité des États-Unis.

Il dénonce par ailleurs le soutien quasi inconditionnel de Washington au Premier ministre Fils-Aimé, motivé selon lui par la crainte de l’inconnu.

Il accuse également le président du Conseil présidentiel transitoire, Laurent St-Cyr, de dérive autoritaire, en bloquant l’exécution d’une décision majoritaire visant à révoquer le chef du gouvernement. Il exhorte ce dernier à se conformer au verdict du vote et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation.

Dans le même esprit, Me Samuel Madistin, président de la Fondasyon Je Klere, déplore l’attitude de l’administration américaine qu’il juge irrespectueuse des normes et procédures locales. Il craint l’imposition d’un modèle de gouvernance monocéphale contraire aux intérêts nationaux et plaide pour la désignation d’un président issu de la Cour de cassation, à la tête d’un exécutif sans Premier ministre, axé sur trois priorités : le rétablissement de la sécurité, la relance économique et l’organisation d’élections crédibles.

Une lutte de pouvoir persistante

Pour André Raphaël, ancien porte-parole du Mouvement populaire dessalinien (Mopod), il est impératif de redéfinir les relations diplomatiques et de confier la gestion du pays à des dirigeants capables d’identifier et d’affronter les véritables problèmes nationaux, sous peine de voir la société haïtienne sombrer davantage.

Il rejoint Me Madistin et Alermy Piervilus en affirmant que le Premier ministre Fils-Aimé, considéré comme démissionnaire, ne peut engager valablement l’État, l’exposant ainsi à d’éventuelles poursuites judiciaires. Il appelle également Laurent Saint-Cyr à respecter le principe de la majorité.

Enfin, le sociologue Olriche Jean Pierre, de la structure politique Démocrates mobilisés pour l’avancement de la République d’Haïti (Demareh), estime que la crise actuelle s’inscrit dans une logique historique de conquête du pouvoir et d’accumulation de richesses, persistante depuis la chute de la dictature des Duvalier.

Il souligne que la résolution du Cpt n’a pas d’effets de décret, sans publication officielle et plaide pour une nouvelle transition inclusive, fondée sur un large consensus national. À défaut, avertit-il, l’ingérence étrangère continuera de s’imposer. [cj gp 02/02/2026 21:00]

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