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Haïti-Politique : Briser le cycle de la transition

Des structures appellent à mettre fin au cycle de transition engagé dans le pays depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse. Face à la dégradation de la situation sécuritaire compromettant toute perspective d’organisation de scrutin dans un avenir proche, elles appellent le gouvernement à assumer ses responsabilités en instaurant notamment un environnement pacifié et à ouvrir la voie à un retour à l’ordre démocratique.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 03 oct. 2026 [AlterPresse] --- Des voix continuent de s’élever pour déplorer l’instabilité politique et la crise multidimensionnelle qui sévissent en Haïti. Cette situation, caractérisée par la faiblesse des institutions, la persistance de la violence et la précarité économique, suscite de vives inquiétudes, observe AlterPresse.

Mettre fin au cycle de transition engagé depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse s’impose comme une nécessité, défendent plusieurs organisations sociopolitiques et religieuses.

La Ceh dénonce l’impasse politique

La Conférence épiscopale d’Haïti (Ceh) décrit une véritable impasse politique et dénonce l’action de groupes restreints de dirigeants, qui, selon elle, s’arrogent le pouvoir de l’État au profit d’intérêts particuliers ou à des fins idéologiques.

Les évêques catholiques réclament ainsi un retour à l’ordre constitutionnel à travers la tenue d’élections.

« La transition doit demeurer une exception et ne doit jamais se substituer à la règle », a déclaré le père Marc-Henry Siméon lors de l’émission FwoteLide sur AlterRadio.

Le porte-parole de la Ceh a évoqué une frontière fragile entre légitimité et illégitimité, soulignant l’urgence de parvenir à un consensus permettant de sortir de cette transition, qui a déjà dépassé la durée d’un mandat présidentiel de cinq ans prévue par la Constitution.

« Il faut résoudre le problème de la stabilité de l’État », estime le porte-parole de la Ceh. Il considère que la descente aux enfers que connaît le pays depuis plusieurs décennies constitue une remise en cause flagrante de la dignité et des droits humains.

Les évêques catholiques dénoncent également les défaillances de la gouvernance actuelle et son incapacité à apporter une réponse à la crise et à rétablir l’autorité de l’État.

« Les dirigeants ont l’obligation légale d’assurer la sécurité et de répondre à l’urgence humanitaire », a ajouté le père Marc-Henry Siméon. Il a également interpellé les citoyennes et citoyens, les partenaires internationaux ainsi que les autres institutions sur les engagements susceptibles d’avoir un impact positif sur la situation.

Interventions du père Marc-Henry Siméon et du juriste Abdonel Doudou à l’émission TiChèzBa

Les signataires de l’Accord de Montana appellent à l’action

L’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana estime, pour sa part, que l’heure doit être à l’action, au dialogue et à la responsabilité. Elle s’interroge toutefois sur les résultats des démarches actuellement entreprises par des personnalités se réclamant de l’Église catholique ou agissant en son nom.

Sans remettre en question l’engagement de l’Église catholique, l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana plaide pour davantage de cohérence, de coordination, de transparence et de responsabilité. Elle reconnaît à l’Église la capacité de rapprocher les différents acteurs et de mobiliser la société autour de valeurs communes.

« La crise haïtienne exige une mobilisation collective et ne peut être résolue par les seuls acteurs politiques », soutient l’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana.

L’Opl plaide pour une sortie démocratique de la crise

Le parti politique Organisation du peuple en lutte (Opl) multiplie, de son côté, les démarches visant à contribuer à la recherche d’une issue à la crise. Ces initiatives devraient déboucher sur une solution démocratique passant notamment par l’organisation d’élections, a indiqué Danio Siriac, coordonnateur à la communication de l’Opl.

Participant au forum FwoteLide sur AlterRadio, le dirigeant de l’Opl a insisté sur la nécessité de consentir les sacrifices nécessaires pour atteindre l’objectif d’organiser des élections et de remettre le pays sur la voie démocratique.

L’Opl se démarque ainsi de toute perspective d’une nouvelle transition politique en Haïti.

« Rien ne justifie une nouvelle transition politique », analyse Danio Siriac, estimant que la transition a trop duré et qu’il est désormais temps que le pays dispose d’élus légitimes, issus d’élections.

Il reconnaît toutefois que les conditions actuelles ne sont pas réunies pour l’organisation d’un scrutin, compte tenu notamment de la dégradation de la situation sécuritaire et de la fragmentation de la société et de la classe politique.

L’Organisation du peuple en lutte exerce actuellement une pression sur les autorités en place afin qu’elles assument leurs responsabilités, soutient Danio Siriac. L’Opl appelle également les autres structures sociopolitiques à faire de même.

L’État dispose, soutient-il, des moyens de résoudre le problème de l’insécurité, puisqu’il détient les instruments légaux, la légitimité et les ressources nécessaires pour agir. Il doit cependant faire preuve de volonté politique et passer à l’action, estime-t-il.

Danio Siriac exhorte les dirigeant.e.s à cesser de s’en remettre systématiquement à la communauté internationale et à assumer leurs responsabilités.

« Ils doivent s’armer de courage, se concentrer sur les ressources disponibles et entreprendre des démarches visant à renforcer nos institutions républicaines, telles que la Police nationale, les Forces armées, les ministères de l’Intérieur et de la Justice, entre autres », soutient-il.

Des élections, dans quelles conditions ?

« Il faut planifier des élections dans le pays », a indiqué le père Marc-Henry Siméon, représentant de la Conférence épiscopale d’Haïti. Il a toutefois mis en garde contre la tenue d’élections non inclusives et opaques, afin d’éviter qu’elles ne débouchent sur de nouvelles crises.

Marc-Henry Siméon a plaidé pour la recherche d’un consensus sincère en vue du renouvellement du personnel politique du pays. Il faut, a-t-il soutenu, « un environnement pacifié et la neutralité des institutions de l’État ».

La date du 13 décembre 2026, initialement retenue pour le premier tour des scrutins, ne pourra pas être respectée, estime Danio Siriac de l’Opl.

Il préconise l’élaboration d’un nouveau calendrier réaliste par le Conseil électoral provisoire, en concertation avec le gouvernement et les différents acteurs et actrices de la classe politique.

Le dirigeant de l’Opl estime également indispensable d’amender le décret électoral, évoquant certaines dispositions qu’il juge inconstitutionnelles, antidémocratiques et fantaisistes dans le dernier décret. Il perçoit ces dispositions comme des obstacles pour les candidates et candidats ainsi que pour les électrices et électeurs.

Danio Siriac a par ailleurs réitéré les conditions préalables défendues par l’Opl pour la tenue d’élections dans le pays : un environnement sécuritaire stable, le déblocage des principaux axes routiers afin de permettre la circulation entre l’Ouest, le Sud et le Nord, ainsi que l’accompagnement des couches les plus vulnérables de la population.

Un processus électoral mal engagé ?

L’Observatoire citoyen pour la démocratie (Ocid) a lancé une alerte spéciale à l’attention du Conseil électoral provisoire et du Gouvernement, les exhortant à éviter toute précipitation dans le processus de nouvel amendement du décret électoral, au risque de fragiliser davantage la confiance.

L’Ocid appelle également à l’impartialité du Cep et à la neutralité du Gouvernement.

« Amender le décret dans la précipitation contribue à retarder le processus et à diminuer davantage la confiance des acteurs impliqués dans le processus électoral ainsi que celle de la population », a déclaré Abdonel Doudou.

« Il faut prendre le temps de se concerter avec l’ensemble des acteurs et des secteurs concernés de la société, écouter les préoccupations, élargir la concertation et mener un travail de collaboration étroite, afin d’éviter l’introduction d’autres clauses problématiques dans l’amendement », poursuit-il.

« La confiance et la perception sont très importantes dans la question des élections », a justifié Abdonel Doudou, qui intervenait lui aussi dans l’émission FwoteLide, appelant le gouvernement à ne pas ignorer ces préoccupations.

Alors que la transition haïtienne s’achemine vers de nouvelles échéances électorales dans un contexte d’insécurité extrême, la question ne saurait toutefois se réduire à la seule tenue ou non du scrutin.

« Entre nécessité de restaurer la légitimité démocratique, urgence sécuritaire, réforme des institutions, crise de représentation, fragmentation du champ politique, influence des réseaux criminels et poids de la communauté internationale, quel rapport de force faut-il construire pour sortir durablement de la crise ? », s’interroge le journaliste Gotson Pierre dans une tribune publiée sur AlterPresse. [cj gp 03/10/2026 17:00]

La tribune de Gotson Pierre sur élections et changement politique en Haïti

Ci ONU/MINUSTAH/Logan Abassi

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