P-au-P, 17 sept. 2026 [AlterPresse] --- Cent soixante-quatre (164) personnes ont été assassinées et des dizaines d’autres sont portées disparues au cours de deux massacres, perpétrés respectivement en juillet et en août 2026, dans la commune de Kenscoff (est de Port-au-Prince), par des bandits armés membres de la coalition terroriste Viv Ansanm, selon un rapport du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), rendu public le 16 septembre 2026 et consulté par AlterPresse.
Parmi les victimes assassinées identifiées, figurent vingt-et-une (21) personnes âgées de soixante-cinq (65) à quatre-vingt-dix (90) ans, trente-six (36) femmes et sept (7) enfants, précise le Rnddh.
De plus, au moins vingt-trois (23) personnes ont été blessées par balles ou à l’arme blanche.
Soixante et onze (71) personnes ont été enlevées et des dizaines de maisons et de véhicules incendiés, lors de l’attaque du dimanche 23 au lundi 24 août 2026.
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, filmée par les bandits armés, montre au moins vingt-cinq (25) personnes, dont trois (3) nourrissons, toutes séquestrées au même endroit.
Dans l’après-midi du vendredi 28 août 2026, treize (13) personnes, dont sept (7) femmes et six (6) enfants, ont été libérées après avoir été retenues en captivité par des bandits armés, à la suite du soutien apporté par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) aux efforts ayant conduit à leur libération, en collaboration avec des responsables communautaires, rappelle le Rnddh.
Parmi les mineurs libérés, figuraient trois (3) enfants âgés de moins de deux (2) ans, un (1) enfant de sept (7) ans et deux (2) adolescents.
Lors des deux massacres de juillet et août 2026, plusieurs dizaines de maisons, dont celles du docteur William Pape, directeur du Groupe haïtien d’étude du sarcome de Kaposi et des infections opportunistes (Gheskio), et du magistrat Bob Joachim, juge titulaire du tribunal de paix de Kenscoff, ont été incendiées, ainsi que de nombreux véhicules.
Des sites de personnes déplacées, dont celui du camp Anc de Robin, ont également été partiellement incendiés.
Des massacres commis sur fond d’alerte sécuritaire
Ces deux (2) massacres ont été perpétrés à l’encontre de la population dans un contexte marqué par de grandes inquiétudes, en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans la commune, signale le Rnddh.
Cette inquiétude a été aggravée par le rappel progressif des agents des unités spécialisées, qui étaient déployés sur le terrain, amputant de 60 % l’effectif affecté à la sécurité de toute la juridiction de Kenscoff, explique-t-il.
Cette situation a entraîné une limitation drastique de la capacité des forces de l’ordre à assurer la surveillance des différents points d’accès. Ce qui vulnérabilise la ville.
Une absence de disposition sécuritaire évidente
Le Rnddh déplore qu’aucune disposition sécuritaire n’ait été prise, en vue d’empêcher l’attaque armée perpétrée dans la nuit du 23 au 24 août 2026, en dépit de la sollicitation d’un renforcement des capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (Pnh) dans la ville de Kenscoff, acheminée à la hiérarchie.
« Le responsable du commissariat de police, informé de la préparation de l’attaque, avait sollicité, de manière répétée et insistante, auprès de ses supérieurs hiérarchiques, le renforcement des ressources humaines et matérielles mises à disposition pour le poste de police. Ces demandes sont cependant restées sans réponse », relate-t-il.
Des mesures préventives et un renforcement opportun des dispositifs de sécurité auraient pu permettre de prévenir l’attaque du mois d’août 2026 ou, à tout le moins, d’en limiter considérablement les conséquences, estime-t-il.
Le Rnddh critique la passivité et la léthargie du Conseil supérieur de la police nationale (Cspn), ainsi que le désintérêt, affiché par le haut état-major de la Pnh pour le sort de la population de Kenscoff.
Soutien insuffisant des Fad’H et de la Frg face aux enjeux de sécurité
Le Rnddh dénonce aussi l’indifférence affichée par les Forces armées d’Haïti (Fad’H) face à la situation sécuritaire à Kenscoff.
« Seul un contingent est affecté à la protection de la zone de Téléco, sans une implication significative dans les efforts visant à protéger la population et à contenir l’avancée des gangs armés ».
De plus, la présence de la Force de répression des gangs (Frg), déployée en Haïti depuis le mois de mai 2026, « demeure peu perceptible » sur le terrain. Son apport aux opérations de sécurisation « reste difficilement identifiable », poursuit le Rnddh.
Pour commettre le massacre du mois d’août 2026, les bandits armés ont fait usage de drones de surveillance et déployé un nombre important d’éclaireurs sur le terrain, a documenté l’organisation de défense des droits humains.
Cinq (5) jours avant le massacre, ils ont été aidés par certaines personnes, originaires de la commune de Kenscoff, afin de pénétrer dans le centre-ville et de se positionner à Villier, révèle-t-elle.
« Les recommandations adressées aux autorités étatiques n’ont pas été prises en compte dans leur ensemble, alors que les graves défaillances institutionnelles, qui avaient contribué à la perpétration de ce massacre, avaient été mises en évidence », souligne le Rnddh.
Recommandations
Le Réseau national de défense des droits humains estime urgent que les autorités étatiques adoptent toutes les mesures nécessaires, en vue d’assurer effectivement la protection de la population haïtienne, en général, et de celle de Kenscoff, en particulier.
Il demande de renforcer durablement les dispositifs de sécurité dans la commune de Kenscoff, de faire la lumière sur les circonstances ayant entouré les massacres de juillet et août 2026, et de déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles, en vue d’identifier et de poursuivre les auteurs et complices de ces massacres.
Il préconise également de documenter, de manière exhaustive, les crimes commis à l’encontre de la population de Kenscoff, d’impliquer les Fad’H dans la sécurisation de la population haïtienne et de garantir, aux victimes des massacres de juillet et août 2026, à leurs proches ainsi qu’aux personnes déplacées, une assistance financière, médicale et psychologique, ainsi qu’un accès effectif à la justice et à la réparation. [emb apr 17/09/2026 12:00]
Photo : Page Facebook Intelect News
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