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Haïti – Onu : Nouvelle nomination, anciens blocages et responsabilité nationale

Alors que l’Organisation des Nations unies nomme un nouveau représentant spécial en Haïti, le pays demeure plongé dans une crise politique, sécuritaire et humanitaire sans précédent. Si la diplomatie internationale poursuit ses rotations, les blocages internes persistent. Et une question centrale refait surface : que veulent – et que font – réellement les élites haïtiennes face à l’effondrement national ?

Compte-rendu

Port-au-Prince, 5 juillet 2025 [AlterPresse] — Les limites de l’intervention internationale en Haïti et la responsabilité des élites haïtiennes dans l’impasse actuelle ont été commentées dans le magazine FwoteLide sur AlterRadio, suivi par AlterPresse, dans le cadre des derniers mouvements observés au niveau de la communauté internationale.

Le 2 juillet 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est à nouveau réuni pour débattre de la situation en Haïti. À l’ordre du jour : la profonde crise politique et sécuritaire qui déchire le pays, mais aussi l’annonce d’un changement à la tête du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh).

À première vue, un simple roulement diplomatique. Un visage change, mais les questions restent : que peut encore une diplomatie étrangère, là où les moteurs internes du pays refusent d’embrayer ? se sont, en substance, interrogés les journalistes animateurs Gotson Pierre et Charilien Jeanvil.

Carlos Ruiz Massieu Aguirre à la tête du Binuh

Le Mexicain Carlos Ruiz Massieu Aguirre succède à María Isabel Salvador à la tête du BINUH. Il prendra officiellement ses fonctions le 1er août 2025, selon l’annonce du Secrétaire général de l’Onu, António Guterres, qui salue sa longue carrière diplomatique.

Depuis 2019, Carlos Ruiz Massieu dirigeait la mission de vérification des Nations unies en Colombie, chargée de superviser l’application de l’accord de paix entre le gouvernement et les Farc. Il avait également été représentant suppléant du Mexique au Conseil de sécurité et avait occupé plusieurs fonctions au sein de la diplomatie mexicaine.

Face à une crise hors de contrôle, l’Onu envoie un diplomate de terrain dans un pays où les chiffres donnent le vertige : 1,3 million de déplacés internes, plus de 4 000 morts violentes depuis janvier, et des allégations choquantes de trafic d’organes.

À Port-au-Prince, l’État a laissé place aux gangs. À Mirebalais (département du Plateau central), 530 détenus dangereux se sont évadés en mars, dont plusieurs liés à des trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc). Dans les zones sous contrôle armé, les services publics se sont effondrés, et la famine menace désormais des millions de personnes.

La nomination de Carlos Ruiz Massieu Aguirre rappelle celle de l’ambassadeur américain Henry Wooster, nouveau chargé d’affaires à Port-au-Prince depuis la mi-juin. Lui aussi possède une longue expérience dans des contextes de crise : Moyen-Orient, Russie, Otan, Conseil national de sécurité des États-Unis, et Haïti, où il a déjà servi comme consul.

Sur le papier, Ruiz Massieu présente un profil robuste : diplômé en droit et en sciences politiques, multilingue (espagnol, anglais, français), fin connaisseur de l’Amérique latine. Mais est-ce suffisant ?

Une continuité latino-américaine, peu de résultats concrets

Depuis une vingtaine d’années, les envoyés spéciaux de l’Onu en Haïti proviennent majoritairement d’Amérique latine : Chili, Guatemala, Équateur, Trinité-et-Tobago, et désormais Mexique. Ce choix suggère que des diplomates de la région seraient mieux placés pour comprendre les dynamiques haïtiennes.

Mais cette proximité supposée masque parfois une illusion d’efficacité. Ces envoyés restent avant tout des fonctionnaires internationaux, liés par des directives centrales. L’expérience de María Isabel Salvador, proche de l’ancien président équatorien Rafael Correa, n’a pas infléchi la ligne du Binuh, dont l’impact réel sur la crise haïtienne demeure limité.

Le rôle du Représentant spécial est d’assurer la coordination des Nations unies en Haïti, de soutenir la paix, l’État de droit, les droits humains, et de promouvoir le dialogue politique. Il est aussi chargé d’informer le Secrétaire général sur l’évolution du pays.

Mais ces attributions sont mises à mal par l’ampleur de la crise actuelle. Les gangs armés contrôlent jusqu’à 90 % de la capitale, rendant vaines les tentatives de stabilisation. Au sein même du Conseil de sécurité de l’Onu, la lassitude est palpable : la Chine a de nouveau exhorté les Haïtiens à « prendre leur destin en main ».

Une option évoquée est la création d’un bureau spécifique des Nations unies pour appuyer la mission multinationale de soutien à la sécurité. Mais même une telle structure ne résoudra pas la question essentielle : quelle vision les Haïtien.ne.s ont-elles, ont-ils pour leur avenir collectif ?



Responsabilité nationale : Le réveil reste attendu

Si l’attention se concentre souvent sur les capitales étrangères, le véritable défi se joue sur le sol haïtien. Car au-delà des jeux diplomatiques, une question essentielle demeure : où sont les élites haïtiennes ?

La société civile, elle, fait entendre sa voix. Elle dénonce, propose, s’exprime. Des partis politiques tentent de dialoguer, malgré les tensions. Mais les élites économiques, elles, se murent dans un silence inquiétant.

Face à l’effondrement de l’État, à l’emprise mafieuse et à l’exode massif de la jeunesse, les élites – politiques comme économiques – portent une responsabilité historique. Leur absence du débat public affaiblit toutes tentatives de redressement.

Souvent peu transparentes, parfois déconnectées des réalités sociales, elles comptent parmi elles des responsables directs de l’instabilité chronique, par manque de volonté de compromis ou par priorité accordée à leurs intérêts partisans. D’autres se montrent passives, complaisantes, voire complices face à la montée des gangs et à l’effondrement des institutions.

La nomination d’un nouveau Représentant spécial n’est pas une baguette magique. Elle peut aider à créer des convergences, encourager le dialogue, appuyer une dynamique. Mais aucun changement réel ne surviendra sans un sursaut haïtien, une volonté lucide et courageuse de refonder le pays de l’intérieur.

« C’est comme un malade étendu sur un lit d’hôpital. Les médecins vont et viennent, donnent leur avis. Mais si les parents du malade ne s’activent pas, si le malade lui-même ne se bat pas contre sa maladie, il ne guérira jamais. » [gp apr 05/07/2025 06:00]

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