Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P., 23 avril 2026 [AlterPresse] --- L’organisation d’élections crédibles, le rétablissement de la sécurité et la restauration de la justice constituent les piliers indispensables pour sortir le pays de la crise, souligne le représentant spécial du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu) en Haïti et chef du Bureau intégré des Nations unies (Binuh), le Mexicain Carlos Gabriel Ruiz Massieu Aguirre.
« Les élections demeurent le seul chemin légitime vers le retour à l’ordre constitutionnel », a insisté Ruiz Massieu dans son discours devant le Conseil de sécurité de l’Onu, le jeudi 23 avril 2026, suivi par l’agence en ligne AlterPresse.
Les autorités nationales travaillent à la mise à jour du cadre juridique électoral, jugée essentielle pour transformer les engagements en actions concrètes, rappelle-t-il, saluant l’achèvement récent de l’enregistrement des partis politiques, qu’il considère comme une étape cruciale.
Aux côtés du représentant spécial de la Force de répression des gangs (Frg), Jack Christofides, le chef du Binuh exhorte les autorités haïtiennes à accorder une attention rapide à d’autres mesures clés, comme la révision et l’approbation du budget électoral.
Le Binuh affirme rester engagé pour soutenir les efforts nationaux, favoriser un dialogue inclusif réunissant actrices et acteurs politiques, société civile, femmes et jeunes, maintenir la transition sur une voie efficace vers la restauration des institutions démocratiques et coordonner l’assistance internationale, afin de garantir des élections crédibles et inclusives.
« Le changement est possible », a déclaré Ruiz Massieu, en s’appuyant sur des progrès sécuritaires, enregistrés dans certaines zones du centre de Port-au-Prince.
Fragilité sécuritaire persistante
Même si des avancées sont réelles, le contexte demeure fragile, signale Ruiz Massieu qui reconnaît une situation sécuritaire « très préoccupante ».
Il cite le massacre perpétré à Jean-Denis, dans l’Artibonite, à l’aube du dimanche 29 mars 2026, où au moins 70 personnes ont été tuées et une trentaine d’autres blessées, ainsi que les attaques perpétrées par des gangs à l’aube du mardi 14 avril 2026 à Seguin, dans la commune de Marigot (Sud-Est), qui ont fait 8 morts civils et trois policiers nationaux blessés.
« L’insécurité est une réalité quotidienne pour trop d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Ces violences engendrent la peur, provoquent des déplacements et s’étendent au-delà de Port-au-Prince, les gangs élargissant leur emprise », a-t-il averti.
Les violences ont contraint plus d’1,45 million de personnes à se déplacer à l’intérieur du pays. Environ 6,4 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens auront besoin d’aide humanitaire en 2026. Sans amélioration tangible sur le plan sécuritaire, les progrès seront difficiles à maintenir, déclare-t-il.
Alors que les forces nationales de sécurité continuent d’être renforcées, Ruiz Massieu insiste sur le déploiement complet et rapide de la Frg, jugé essentiel pour appuyer ces efforts.
Il applaudit la mise en place, le mardi 14 avril 2026, d’un mécanisme de coordination réunissant le Binuh, le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (Banuh) et la Frg, une étape cruciale pour garantir que le soutien international soit cohérent, coordonné et aligné sur les priorités nationales.
Désarmement et réinsertion
Le chef du Binuh reconnaît que la réponse sécuritaire seule ne suffira pas.
Il appelle au renforcement des efforts nationaux en matière de désarmement, démantèlement, réintégration et réduction de la violence communautaire, afin de consolider les acquis sécuritaires et de créer un espace propice aux avancées politiques et électorales.
Il souligne l’importance de la reconstitution, le 24 février 2026, de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (Cnddr).
Il encourage la pérennisation et l’amplification des initiatives de mise en place de centres d’orientation et de transit, offrant des alternatives concrètes aux enfants et aux jeunes exposé.e.s aux violences des gangs.
Justice et lutte contre l’impunité
« Sans progrès visibles dans l’administration de la justice et la lutte contre l’impunité, la restauration de l’autorité de l’État restera vulnérable à des revers », prévient Ruiz Massieu.
Le Binuh salue les avancées réalisées dans la mise en place de deux unités judiciaires spécialisées sur les crimes de masse et les crimes financiers. Le Binuh déclare attendre avec intérêt la nomination des juges, qui devraient permettre à ces tribunaux d’être pleinement opérationnels.
Combattre le flux d’armes illicites
Parallèlement, Ruiz Massieu recommande de s’attaquer à l’un des principaux moteurs de la criminalité et des actes de violences : le flux continu d’armes et de munitions illicites.
En plus des sanctions pour dissuader celles et ceux, qui cherchent à déstabiliser davantage le pays, il demande d’intensifier les efforts pour enrayer ces trafics, qui alimentent l’expansion des gangs et leur contrôle criminel.
Des dizaines de protagonistes politiques et économiques, ainsi que des chefs de gangs, ont été sanctionnés pour leurs actions criminelles visant à déstabiliser le pays, notamment par le trafic illégal d’armes et de drogue, ainsi que par le financement de groupes criminels.
« Les Haïtiennes et les Haïtiens doivent pouvoir reprendre leur vie quotidienne sans la peur d’être tué.e.s, violé.e.s ou kidnappé.e.s », marètle-t-il.
Données alarmantes
Entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026, l’escalade de la terreur et des violences des gangs a fait au moins 5,519 morts et 2,608 blessés en Haïti, selon un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains (Hcdh), publié le 24 mars 2026.
Entre décembre 2025 et février 2026, environ 1,343 personnes, soupçonnées d’appartenir à des gangs, ont été tuées et 140 armes à feu saisies, lors d’opérations menées par la Police nationale d’Haïti (Pnh), soutenue par les Forces armées d’Haïti (Fad’H) et la Frg, dans des bastions de gangs de Port-au-Prince et ses environs, selon un autre rapport onusien.
Par ailleurs, 2,013 cas de Violences basèes sur le genre (Vbg) ont été signalés par les opératrices et opérateurs humanitaires, dont 57 % concernaient des viols ou des agressions sexuelles.
Le Binuh indique avoir recensé au moins 267 victimes d’enlèvements, dont 44 femmes, 9 filles et 14 garçons. [emb rc apr 23/04/2026 13:00]
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001




