Genève (Suisse), 17 avril 2026 [AlterPresse] --- Le Kolektif ayisyen afrodesandan (Kaad) appelle à la restitution des biens culturels historiques volés durant les périodes coloniale et esclavagiste.
« Le patrimoine documentaire lié aux luttes historiques des peuples d’ascendance africaine, ainsi que les documents fondateurs de l’histoire d’Haïti - notamment les manuscrits anciens et les copies archivées de la déclaration de l’indépendance de 1804 - doivent également être restitués », a exigé Rosie Auguste Ducénat, membre du Kaad, lors d’une intervention au Forum des personnes d’ascendance africaine des Nations unies, le 17 avril 2026 à Genève (Suisse), suivie par AlterPresse.
Elle a rappelé que ces biens culturels, aujourd’hui exposés dans des musées et institutions étrangères, constituent une part essentielle de l’identité des peuples afrodescendants. Leur soustraction visait, selon elle, à les priver d’une dimension fondamentale de leur mémoire collective, forgée dans l’expérience de l’esclavage.
La militante a également condamné le colonialisme et l’esclavage, qui ont profondément marqué et blessé les peuples d’ascendance africaine.
« Au-delà des atrocités commises - récemment reconnues comme les pires crimes contre l’humanité -, les techniques visant à effacer notre mémoire, à travers la confiscation de nos biens culturels et l’imposition de la langue, de la culture, des religions, ainsi que des pratiques culinaires, capillaires et vestimentaires des colonisateurs, nous ont fait perdre nos repères », a-t-elle dénoncé.
Le 25 mars 2026, une résolution de l’Organisation des Nations unies (Onu) a reconnu la traite transatlantique des Africains et l’esclavage racialisé comme parmi les crimes les plus graves contre l’humanité.
« La traite racialisée des populations subsahariennes et leur mise en esclavage, notamment dans les territoires coloniaux, constituent l’injustice la plus inhumaine et la plus durable jamais infligée à l’humanité », a insisté le Kaad dans un communiqué.
Le collectif appelle à des actions concrètes pour traduire cette reconnaissance en actes, ainsi qu’à une mobilisation mondiale de la conscience citoyenne en faveur de la justice et des réparations.
Un an après la grande mobilisation citoyenne marquant les 200 ans de la rançon imposée par la France à Haïti, le combat se poursuit.
En ce 17 avril 2026, qui marque le 201e anniversaire de cette ordonnance, le Kaad salue le courage des citoyennes et citoyens - en particulier haïtiens - engagés dans cette lutte pour éveiller la conscience mondiale sur la gravité de l’acte du 17 avril 1825.
Imposée par le roi de France Charles X, cette ordonnance obligeait Haïti à verser une indemnité de 150 millions de francs (soit plus de 21 milliards de dollars américains aujourd’hui, environ 20,4 milliards d’euros).
En juillet 1825, sous la menace des canons pointés sur Port-au-Prince, le président Jean-Pierre Boyer et le Sénat haïtien ont accepté, les 8 et 11 juillet, les conditions imposées.
Au fil du temps, les mécanismes de paiement et les dispositifs mis en place pour extorquer ces fonds ont révélé un système destiné à freiner durablement le développement du pays, dénonce le Kaad.
Connue sous le nom de « rançon de l’indépendance », cette extorsion a lourdement handicapé l’économie haïtienne, avec des répercussions profondes et durables sur l’ensemble de la société.
Alors que d’autres pays investissaient dans leurs infrastructures et leurs services publics, Haïti a été contrainte de consacrer l’essentiel de ses ressources au remboursement de cette dette jugée injuste, contractée à intérêt auprès d’une banque française pour indemniser l’ancienne puissance coloniale, déplore le Kolektif ayisyen afrodesandan. [emb gp apr 17/04/2026 17:00]
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