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Haïti : Nouveau décret minier, des organisations dénoncent l’opacité et l’absence de débat national

P-au-P, 19 mai 2026 [AlterPresse] --- La publication d’un nouveau décret minier par les autorités de transition relance les inquiétudes autour de la gouvernance du secteur extractif en Haïti, observe AlterPresse.

Des organisations paysannes, écologistes et sociales, dont la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen et Antèn Ouvriye, dénoncent un texte adopté sans débat national ni contrôle parlementaire, dans un contexte d’instabilité institutionnelle prolongée (Document joint en bas de l’article).

Un décret assumé comme outil de modernisation et d’attractivité

Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a confirmé la publication du décret, adopté en Conseil des ministres et publié dans le Moniteur le 30 mars 2026. Il estime que le pays doit moderniser un cadre juridique datant des années 1970 afin de faciliter les investissements.

« Le plus important est de mettre en place le cadre légal… En 2026, nous sommes dans un autre monde », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée au quotidien Le Nouvelliste, en marge d’un déplacement à Rome.

Selon lui, ce dispositif vise à clarifier les règles pour les entreprises et à rendre Haïti plus attractif pour les investisseurs miniers, tout en définissant les avantages mutuels entre l’État et les compagnies.

Un déficit de légitimité démocratique dénoncé

Ces arguments sont rejetés par plusieurs organisations, qui estiment que le décret a été adopté sans consultation populaire, sans débat public et en l’absence de Parlement fonctionnel.

Elles dénoncent un processus décisionnel concentré entre l’exécutif et quelques structures administratives, dans un secteur jugé stratégique pour la souveraineté nationale. Selon elles, une telle réforme ne saurait être engagée sans légitimité démocratique claire ni contrôle institutionnel.

Les critiques se concentrent également sur les dispositions relatives à la transparence, notamment l’article 115 du décret, qui prévoit la confidentialité des documents liés aux permis miniers pendant dix ans.

Les organisations estiment que cette mesure affaiblit le droit à l’information garanti par la Constitution de 1987 et ouvre la voie à des pratiques de gestion opaque, voire à des risques accrus de corruption dans les contrats miniers.

Une mise en garde ancienne sur un secteur à haut risque

Ces préoccupations s’inscrivent dans une continuité de mises en garde formulées depuis plusieurs années par des experts et acteurs de la société civile.

Dès 2018, le sociologue Jean-Claude Icart, du comité Haïti-Mines, alertait sur les dangers d’une exploitation minière dans un contexte d’État faible, de corruption et de manque de transparence. Il plaidait pour un débat public éclairé et une approche prudente du dossier.

« Le pays doit avoir le droit d’exiger une meilleure utilisation des terres ou de dire qu’il n’est pas prêt, en termes de structures étatiques, pour ce type de développement », soulignait-il à AlterRadio, en insistant sur la faiblesse des capacités de l’État face aux multinationales et sur les risques environnementaux majeurs, notamment pour les bassins versants.

Il appelait également à renforcer l’État et à rendre publiques toutes les informations liées au secteur minier, tout en soulignant la nécessité d’un contrôle accru de la société civile et des institutions représentatives.

Appels à un débat national inclusif

Le dossier minier en Haïti reste marqué par une succession de tensions et de controverses. Une résolution du Sénat haïtien en 2013 avait déjà recommandé un moratoire sur l’exploitation minière, invoquant l’opacité des informations disponibles et les risques sociaux et environnementaux.

Depuis, plusieurs propositions de loi et initiatives institutionnelles ont tenté d’encadrer le secteur, sans parvenir à instaurer un consensus national durable.

Dans ce contexte, les organisations signataires du récent communiqué appellent à la suspension de l’application du décret et à l’ouverture d’un débat national inclusif sur l’avenir du secteur minier.

Elles estiment qu’aucune politique d’exploitation des ressources naturelles ne peut être menée sans transparence, sans participation citoyenne et sans garanties institutionnelles solides, dans un pays confronté à de fortes fragilités étatiques et environnementales. [gp apr 19/05/2026 00 :40]

Source photo : https://www.ayitikanpemin.org

Texte intégral : NÒT DENONSYASYON DEKRÈ LWA MINYE

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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