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Haïti-Migration : Silence complice face aux déportations inhumaines des Haïtien.ne.s en République Dominicaine

P-au-P, 20 mars 2026 [AlterPresse] --- Le Collectif Défenseurs Plus, organisation de défense des droits humains, dénonce le silence du gouvernement haïtien face à l’accélération des rapatriements et déportations des Haïtien.ne.s, menés par les autorités dominicaines dans des conditions jugées inhumaines depuis le début de l’année 2026, dans une note consultée par l’agence en ligne AlterPresse.

Des ressortissantes et ressortissants haïtiens sont traqués puis expulsés dans des conditions dégradantes, condamne l’organisation des droits humains, évoquant le contexte de vulnérabilité extrême en Haïti dans lequel interviennent ces déportations massives.

En raison de la terreur et d’autres violences des gangs, au moins 1,4 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs domiciles depuis l’année 2023, un niveau sans précédent de déplacements internes en Haïti, a souligné l’expert des Nations unies sur la situation des droits humains en Haïti, William O’Neill, à l’issue d’une visite de 10 jours dans le pays.

Une politique contraire aux droits humains

Le Collectif Défenseurs Plus s’insurge contre l’intensification par le gouvernement dominicain d’une politique migratoire antinomique aux principes fondamentaux de dignité humaine et de protection des droits humains.

Il dénonce une forme de tolérance implicite du gouvernement haïtien et de la communauté internationale face à de telles violations.

L’organisation décrit une réalité préoccupante marquée par des dislocations familiales, des atteintes aux droits fondamentaux des travailleuses et travailleurs migrants et des pratiques de profilage racial lors de ces expulsions.

Des chiffres alarmants

Les données compilées par les observateurs, les organismes de surveillance frontalière ainsi que par les autorités dominicaines elles-mêmes, notamment la Direction générale de la migration (Dgm), sont révélatrices d’une crise humanitaire préoccupante.

En janvier 2026, environ 32 000 personnes ont été expulsées vers Haïti, souvent dans des conditions contraires aux standards internationaux en matière de droits humains.

En février 2026, plus de 30 500 ressortissants haïtiens ont été reconduits à la frontière, notamment vers des points frontaliers tels que Jimaní/Malpasse et Anse-à-Pitres/Pedernales.

L’accès à ces zones est en partie contrôlé par des groupes armés.

Du 1er au 18 mars 2026, à Belladère / Elías Piña, environ 7 400 personnes ont été expulsées dans des conditions déshumanisantes, en violation du Protocole sur le rapatriement signé entre les deux pays le 02 mars 1999,

Belladère / Elías Piña représente le principal lieu de refoulements des Haïtiennes et des Haïtiens vivant en République Dominicaine.

Parallèlement, à Ouanaminthe / Dajabón, près de 5 800 cas d’expulsions de personnes ont été enregistrées, dont des personnes malades, des femmes enceintes et des enfants non accompagnés.

À Malpasse / Jimaní, plus de 2 100 personnes y sont expulsées, en dépit des menaces auxquelles elles sont exposées, compte tenu du contrôle des communes de Ganthier et de Croix-des-Bouquets par des gangs armés.

À Anse-à-Pitres / Pedernales, on dénombre environ 1 900 personnes, incluant un nombre significatif de mineurs non accompagnés.

Exigences et recommandations

Face à ces déportations massives en violation des droits humains, le Collectif Défenseurs Plus interpelle la communauté internationale, notamment l’Organisation des Nations unies (Onu), l’Organisation des États américains (Oea) et les mécanismes internationaux de protection des droits humains, à exercer une pression diplomatique sur les autorités dominicaines pour mettre fin aux déportations massives et discriminatoires des Haïtiens et des Haïtiennes.

Il exige du gouvernement dominicain le respect du protocole d’accord de 1999 relatif aux mécanismes de rapatriement, lequel interdit notamment les expulsions nocturnes et la séparation des familles.

Il demande également aux partenaires internationaux de renforcer leur appui technique et financier aux structures d’accueil en Haïti, actuellement débordées par l’afflux de personnes expulsées dans un contexte de crise humanitaire aiguë.

L’organisation de défenses des droits humains appelle les autorités haïtiennes à engager un dialogue bilatéral de haut niveau, avec l’appui de la communauté internationale, afin de garantir la protection consulaire de leurs ressortissants. [emb apr 20/03/2026 10 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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