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Haïti-Migration : Le Sjm et le Redma dénoncent de graves abus contre les migrantes et migrants en République Dominicaine

Par Emmanuel Marino Bruno

Ouanaminthe (Haïti), 23 mai 2025 [AlterPresse] --- Le Service jésuite aux migrantes et migrants (Sjm) et le Réseau hémisphérique pour les droits des migrant-e-s haïtien-ne-s (Redma) condamnent les déportations massives et les traitements inhumains infligés aux ressortissantes et ressortissants haïtien-ne-s en République Dominicaine, dans des notes séparées dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Le Sjm décrit des traitements violents, empreints de discrimination systémique, infligés aux migrantes et migrants haïtien-ne-s de la part des autorités dominicaines.

Il condamne des cas d’arrestation de femmes enceintes, nourrices ou venant d’accoucher, privées de soins médicaux essentiels, avant d’être expulsées dans des conditions inhumaines vers les points frontaliers avec Haïti.

De telles pratiques brutales mettent directement en danger la santé et la vie de ces femmes et de leurs enfants, souligne-t-il.

Le mardi 22 avril 2025, 416 personnes, dont 11 femmes enceintes et 16 mères allaitantes, ont été expulsées du territoire dominicain dans des conditions précaires, a indiqué l’Organisation internationale pour les migrations (Oim).

Les ressortissantes et ressortissant haïtiens sont confrontés à une situation d’extrême vulnérabilité. depuis l’annonce du président dominicain Luis Abinader, le 6 avril 2025, relative au renforcement des mesures migratoires, signale le Sjm.

« La militarisation accrue de la frontière et la multiplication des opérations de répression, y compris dans des espaces sensibles, tels que les établissements de santé, témoignent d’une politique migratoire d’une rare brutalité ».

Le Sjm fait état des descentes nocturnes, à plusieurs reprises, dans les domiciles des Haïtiennes et Haïtiens.

Arrêté, le même jour, par des agents de la migration dominicaine et violemment battu et torturé, un homme de 29 ans a été retrouvé inconscient à la frontière (Ouanaminthe/Dajabón).

Transporté à l’hôpital par un agent de l’Office national de la migration (Onm), il est malheureusement décédé le lendemain, mercredi 23 avril 2025, au Centre médico-social de Ouanaminthe (Cmso).

« Le jeudi 24 avril 2025, plusieurs personnes en situation d’handicaps, ainsi que cinq femmes venant de subir une césarienne, ont été expulsées des hôpitaux dominicains, alors qu’elles étaient encore en convalescence, accompagnées de leurs nouveau-nés ».

Le Sjm qualifie d’inacceptables ces pratiques, « qui relèvent de traitements cruels, inhumains et dégradants, sont contraires, non seulement aux normes internationales relatives aux droits humains, mais aussi aux lois dominicaines elles-mêmes ».

Ciblage des femmes enceintes et des mères allaitantes dans les déportations en territoire dominicain, fustige le Redma

Le Réseau hémisphérique pour les droits des migrant-e-s haïtien-ne-s (Redma) s’élève contre les actes de brutalités et la terreur, imposées par l’État dominicain sous couvert de politique migratoire, tout en condamnant particulièrement le ciblage des femmes enceintes et des mères allaitantes dans les hôpitaux, qui sont arrêtées et déportées.

Les opérations visant les migrantes et migrants haïtien-ne-s, notamment les femmes enceintes et les mères allaitantes, se sont intensifiées depuis l’entrée en vigueur des nouvelles mesures migratoires de la République Dominicaine, le lundi 21 avril 2025.

Des femmes sont arrêtées dans les hôpitaux, expulsées des établissements de santé, emprisonnées, puis déportées vers Haïti, souvent dans des conditions alarmantes, alerte le Redma.

Environ 900 femmes enceintes, mères allaitantes et leurs nourrissons ont été déporté-e-s, et des femmes dominicaines à la peau foncée ou des adolescentes sans papiers ont également été arrêtées, ont rapporté des médias dominicains.

En cinq jours à la fin du mois d’avril 2025, 154 nourrissons (sans compter leurs mères) ont été enregistrés comme déportés à un seul point frontalier officiel, informe le Redma, citant des autorités et organisations haïtiennes.

Il relève une augmentation continue des déportations de femmes enceintes, de mères allaitantes et de nourrissons vers Haïti.

Le gouvernement dominicain non seulement cible ces femmes et enfants pour les déportations, mettant ainsi leur vie en danger, mais sépare parfois les nourrissons de leurs mères, critique le Redma.

Il s’insurge contre ces actions, qui violent le droit international et choquent la conscience collective.

L’organisation Amnesty International et des experts des Nations unies ont condamné ces politiques, les qualifiant de discriminatoires et de violations des droits humains fondamentaux, tout en appelant à l’arrêt immédiat de ces pratiques et à la protection des droits des migrantes et migrants, en particulier les femmes et des enfants vulnérables.

Au cours des quatre premiers mois (janvier à avril) de 2025, la République Dominicaine a déjà déporté plus de 119 mille personnes vers Haïti, soit une augmentation de 71 % par rapport à la même période l’année précédente (en 2024). [emb rc apr 23/05/2025 15:10]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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