P-au-P., 18 août 2026 [AlterPresse] --- Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) alerte sur les graves dysfonctionnements de la chaîne pénale et les exactions commises à l’île de La Gonâve, compromettant la vie des citoyennes et des citoyens.
« Sur l’île de la Gonâve, les citoyen.ne.s sont aux prises avec une chaine pénale qui ne fonctionne qu’au gré des agents policiers et des magistrats de paix », signale le Rnddh, dans un rapport publié lundi 17 août 2026 et consulté par AlterPresse.
Plusieurs cas d’exécution sommaire ont été enregistrés, de 2024 à nos jours, par le Réseau sur l’île de la Gonâve et ses environs. Les communautés locales se retrouvent aussi face à l’utilisation de la force à outrance lors d’arrestations dont certaines arbitraires.
Le Rnddh dénonce la répétition de cas de violence commis lors de la surveillance ou la prise en charge de personnes en garde à vue dans les commissariats de Pointe-à-Raquette et de l’Anse-à-Galets.
« Des retenus, sévèrement battus, souvent au sein-même des postes de police, sont conduits à l’Hôpital avec des blessures graves et des plaies saignantes. Certains sont même décédés des suites de ces blessures », souligne l’organisme de défense des droits humains.

Plusieurs personnes dont Angelo Adonis, Félix Joseph et Adriano Fuse Aimé ont été exécutées par des agents de la Police nationale sur l’île, rapporte le Rnddh, appelant à une enquête sérieuse de l’Inspection générale de la Pnh (IgPnh) sur les conditions de ces exécutions sommaires et plaide pour que ces dossiers soient transférés à la justice.
Le Rnddh dénonce également une impunité inquiétante et une violation des droits des victimes de viol, par exemple.
« Des libérations de personnes impliquées dans des actes répréhensibles dont des viols sur mineures, sont réalisées au détriment des droits des victimes et survivantes », déplore le Rnddh, rapportant que les agresseurs sont souvent relâchés, après le versement de pots-de-vin.
Des individus suspectés de faire partie du gang armé dirigé par Johnson André alias Izo ont été arrêtés par des policiers de Pointe-à-Raquette, pour être aussitôt libérés, suite à des versements de pots-de-vin, ajoute le rapport.
Plus loin, le Rnddh fustige la violation systématique des droits à la vie, à l’intégrité physique et psychique, aux garanties judiciaires de cette communauté insulaire.
Des conducteurs.trices de véhicules roulants sont victimes d’extorsion d’argent, argue le Rnddh, révélant qu’au commissariat de l’Anse-à-Galets, des policiers exigent des chauffeurs, dont les motocyclettes ne sont pas en règle, le versement d’un montant qui varie entre mille-cinq-cents (1,500) et deux-mille (2,000) gourdes ; et deux-mille-cinq-cents (2,500) gourdes des chauffeurs de voiture.
Le manque de moyens : une entrave au bon fonctionnement de la chaîne pénale
Le Réseau national de défense des droits humains dénonce une carence en matériels de fonctionnement et de déplacement adéquats pouvant permettre aux personnels policiers et judiciaires d’accomplir leur mission.
« Les commissariats et tribunaux de paix de l’île sont dans un état de dénuement totalement inacceptable », en plus de la présence insuffisante de juges, greffiers et policiers dans les tribunaux et commissariats à Pointe-à-Raquette et à Anse-à-Galets, constate le Rnddh.
Le Tribunal de première instance de l’île qui a été créé le 2 septembre 2024, n’est toujours pas fonctionnel, poursuit le Rnddh.
Le personnel judiciaire et policier ne dispose pas véritablement de matériels de bureau ni moyens de déplacement personnel. Seules trois (3) motocyclettes permettent les déplacements des agents.es dans le commissariat d’Anse-à-Galets, selon le rapport.
Le Cspn et le Cspj interpellés
Si le Conseil supérieur de la Police nationale (Cspn) et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj) n’agit pas, le désordre risque de s’aggraver sur l’île de la Gonâve, prévient le Réseau national de défense des droits humains.
Le Rnddh recommande ainsi aux autorités judiciaires et policières notamment le Cspn et le Cspj de passer les instructions formelles, pour que leur soit adressé dans les plus brefs délais, un rapport sur le fonctionnement de la Justice et de la Police sur l’île de la Gonâve.
Il appelle à soumettre à la certification le personnel judiciaire affecté aux Tribunaux de paix de l’île et procéder au renforcement de leur staff ainsi qu’à fournir aux tribunaux de paix et aux commissariats tous matériels de bureau, policiers, de fonctionnement et matériels roulants, pouvant les rendre efficaces dans leurs tâches.
Le Rnddh exige d’adopter les mesures nécessaires visant à rendre fonctionnel le Tribunal de première instance de l’île de la Gonâve, dès la reprise des travaux judiciaires, le premier lundi du mois d’octobre 2026. [cj emb 19/08/2026 09 :55]
Crédit Image : Internet
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