P-au-P., 5 mai 2025 [AlterPresse] --- Le Conseil présidentiel de transition (Cpt) a salué, dans un communiqué officiel, la récente décision des États-Unis de désigner les gangs armés opérant en Haïti, ainsi que leurs alliés internationaux, comme organisations terroristes étrangères.
Cette décision est perçue par le Cpt comme une étape majeure dans la lutte contre l’insécurité et la criminalité transnationale qui déstabilisent le pays. Le communiqué, publié dans la soirée du 4 mai sur les réseaux sociaux et consulté par AlterPresse, affirme que cette mesure représente un tournant dans la gestion de l’impunité qui a longtemps prévalu en Haïti.
Le Département d’État des États-Unis a désigné officiellement les gangs haïtiens Viv Ansanm et Gran Grif comme organisations terroristes étrangères et terroristes mondiaux, dans une note publiée le 2 mai 2025.
Cette décision vise à sanctionner les principaux responsables de la violence en Haïti, accusés de semer l’instabilité, de cibler la population civile, les forces de sécurité haïtiennes, ainsi que le personnel de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas), tout en tentant de renverser le gouvernement haïtien.
Le Cpt estime que cette décision « ouvre la voie à des actions plus concrètes », non seulement contre les chefs de gangs locaux, mais aussi contre leurs complices et soutiens à l’international.
Selon le communiqué, ce message fort doit inciter la justice haïtienne à prendre ses responsabilités et à éradiquer un système mafieux qui transforme Haïti en un véritable enfer pour sa population.
Le Conseil présidentiel réaffirme sa volonté de « collaborer avec tout pays prêt à aider Haïti » dans sa lutte contre le terrorisme et les crimes transnationaux, tout en réitérant son engagement à ce que l’État « ne serve de refuge ou de protection à aucun criminel », qu’il soit en costume ou en sandales.
Le Cpt souligne avoir, depuis plusieurs mois, alerté sur la « nature transnationale » de la crise haïtienne, marquée par des réseaux puissants impliqués dans le trafic de drogue, d’armes, de munitions, d’organes et le blanchiment d’argent.
Appel à la justice haïtienne et à l’action urgente
Dans ce contexte, le Cpt a renouvelé son appel à l’action judiciaire en exhortant les institutions haïtiennes à instruire les dossiers d’une soixantaine de personnes sanctionnées par la communauté internationale pour leur rôle présumé dans la déstabilisation du pays.
Selon une note du 28 avril 2025, le président du Cpt, Fritz Alphonse Jean, a demandé au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de prendre des mesures urgentes pour activer les poursuites, avec un rapport attendu rapidement.
Le 10 février 2025, l’ex-coordonnateur des actions au Cpt, Leslie Voltaire, avait déjà informé sur son compte X avoir demandé au Premier ministre d’examiner les preuves contre les personnes sanctionnées par l’ONU, les États-Unis et le Canada. Le Cpt avait alors promis des actions fermes pour traduire en justice les responsables de l’insécurité et de l’instabilité dans le pays.
Dissolution de la Cnddr : une mesure décisive ?
La dissolution récente de la Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (Cnddr), décidée par le Cpt après l’élargissement de sa composition, s’inscrit-elle également dans cette dynamique ?
Créée en 2006 sous la présidence de René Préval et relancée en 2019 par Jovenel Moïse, cette structure a été accusée d’entretenir des liens troubles avec les gangs armés.
Sa dissolution intervient au moment où des voix s’élèvent, notamment celles des organisations de défense des droits humains, pour dénoncer la complicité présumée de l’ancien porte-parole de la Cnddr, Jean Rebel Dorcénat, avec des groupes criminels.
Accusations graves contre Jean Rebel Dorcénat
Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), dans une lettre datée du 2 mai 2025, accuse Jean Rebel Dorcénat d’avoir joué un rôle clé dans la montée en puissance des gangs, notamment ceux regroupés sous les bannières « G9 an fanmi e alye », « G-pèp » et récemment « Viv Ansanm ».
Selon le Rnddh, Dorcénat aurait défendu les gangs dans les médias, facilité leur accès aux armes, aux munitions et à des ressources publiques, et entretenu des liens avec des chefs de gangs notoires comme Jimmy Chérizier, alias Barbecue.
De son côté, le Cpt insiste sur le fait que le retour de Dorcénat dans une structure de l’État serait un soutien direct à l’impunité et une trahison pour les milliers de victimes de la violence des gangs.
Le Conseil annonce également l’ouverture de consultations avec la société civile pour mettre en place une nouvelle structure crédible pour le désarmement. [apr 05/05/2025 16 :00]
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