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Haïti : Le Collectif Défenseurs Plus alerte sur la détérioration des conditions de détention au Cermicol

P-au-P, 11 août 2026 [AlterPresse] --- Le Collectif Défenseurs plus déplore la dégradation alarmante des conditions de détention des personnes au Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi (Cermicol) situé à Delmas 33, dans la capitale, Port-au-Prince.

Dans une étude réalisée sur les conditions de détention au Cermicol couvrant la période de mars à juin 2026 et consultée par AlterPresse, l’organisation de défense des droits de la personne relève de graves dysfonctionnements structurels affectant les conditions matérielles de détention et les garanties judiciaires des détenu.e.s.

Défenseurs Plus décrit une dégradation généralisée des conditions d’hébergement, de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène, aux soins de santé, à l’alimentation, ainsi qu’aux services de réinsertion.

Une menace pour la vie des plus vulnérables

L’étude souligne la vulnérabilité particulière des femmes, des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ainsi que des détenus souffrant de maladies chroniques.

Elle évoque la surpopulation carcérale, jugée incompatible avec les standards nationaux et internationaux en matière de traitement des personnes privées de liberté.

Elle expose également les conditions de travail précaires des agents pénitentiaires, affectant le fonctionnement de l’établissement et la protection effective des droits des personnes détenues.

Conçu pour accueillir moins de cent mineur.e.s, le Cermicol loge actuellement plus de 778 détenu.e.s : réparti.e.s ainsi : 154 femmes, 14 filles, 81 garçons et 529 hommes. Une grande partie de ces détenu.e.s se retrouve en situation de détention préventive prolongée.

100 % des filles interrogées se trouvent en détention préventive sans avoir fait l’objet d’un jugement définitif. 94 % des garçons sont en détention préventive prolongée, sans aucune décision judiciaire sur leur dossier, d’après l’étude.

« Cette situation traduit les graves dysfonctionnements du système judiciaire haïtien et met en évidence le non-respect des garanties fondamentales relatives au droit à un procès équitable et au délai raisonnable », estime l’organisation Défenseurs Plus.

Les conditions d’hébergement observées demeurent insuffisantes alors que les conditions d’hygiène et de salubrité préoccupent grandement.

60 % des femmes et 53 % des hommes interrogés considèrent que l’environnement carcéral présente un niveau d’insalubrité élevé. Ces détenues et détenus ont mis en évidence la surpopulation, l’exiguïté des locaux et les difficultés liées à la gestion des déchets.

L’accès à l’eau potable demeure limité. Le prix d’un contenant de cinq gallons varie entre 250 et 500 gourdes. L’accès à l’alimentation n’est pas pleinement comblé, relate le document.

Les personnes interrogées font état d’un repas quotidien. Toutefois, environ 41 % ont déclaré que cette ration supplémentaire n’est pas systématiquement distribuée et que les portions servies sont parfois insuffisantes, souligne-t-il.

L’accès aux soins de santé demeure très limité au sein du Cermicol. 74 % des femmes interrogées se plaignent du manque de régularité des services médicaux tandis que plusieurs détenues mettent en doute l’efficacité des médicaments.

Alors que de nombreuses femmes ont déclaré souffrir de l’anémie, certaines affirment souffrir de douleurs lombaires, du Vih et des troubles du cycle menstruel.
Chez les hommes, l’hypertension artérielle, les douleurs gastriques et l’asthme sont les maladies les plus rapportées, poursuit Défenseurs Plus.

De nombreux signes de détresse psychologique ont aussi été observés chez les détenu.e.s dont la présence de deux femmes présentant des troubles mentaux alors que le centre ne dispose pas de structures spécialisées ni de personnel qualifié pour assurer leur prise en charge adéquate.

Outre les enfants et les femmes privées de liberté, les personnes en situation de handicap ainsi que les détenu.e.s souffrant de maladies chroniques et les personnes âgées, nécessitent également une protection particulière.

Les personnes en situation de handicap vivent très difficilement comparées aux autres catégories, remarque le Collectif.

Des mesures concrètes et urgentes exigées

Suivant ces constats, Défenseurs Plus interpelle l’État haïtien en l’exhortant à assumer ses obligations en matière de protection des droits des personnes privées de liberté.

Il plaide pour le renforcement des dispositifs existants pour créer un cadre respectueux des droits humains.

Il cite notamment le renforcement de la justice pénale et de la lutte contre la détention préventive prolongée ; l’amélioration des infrastructures d’hébergement ; le renforcement des conditions d’hygiène et de salubrité ; l’accès permanent à l’eau potable et à une alimentation suffisante.

Il appelle au renforcement de l’accès aux soins de santé et au développement d’un programme permanent de formation continue portant sur la gestion pénitentiaire, les droits humains et la gestion des situations de crise.

L’organisme de droits humains réclame la protection des groupes vulnérables, le développement des programmes éducatifs, de formation professionnelle et de réinsertion sociale accessibles à toutes les catégories de personnes détenues ainsi que le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national. [cj emb 11/08/2026 11:40]

Photo : Minustah

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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