Par Michel Legros*
Soumis à AlterPresse le 25 décembre 2024
Les pertes s’enchaînent depuis l’offensive de Viv Ansanm, lancée à la fin novembre. En l’espace de cinq semaines, des quartiers emblématiques sont tombés les uns après les autres : Solino, Nazon, Pouplard, Delmas 30, Poste-Marchand, Fort-National. Aujourd’hui, les gangs progressent inexorablement depuis Simon Pelé, menaçant directement la route de l’Aéroport, principal pôle industriel de la capitale, sinon du pays. Pendant ce temps, les habitants de Ravine Pintade, Delmas 19 et Christ-Roi fuient par milliers, abandonnant maisons, biens et commerces.
Alors que la capitale est plongée dans le chaos et la peur, le ministère de la Santé Publique prend une décision pour le moins irréfléchie : rouvrir l’Hôpital général, le plus grand établissement médical de Port-au-Prince, à peine quelques jours après l’incendie par Viv Ansanm de l’hôpital Bernard Mevs, premier centre traumatologique de la ville. C’était de l’imprudence. Toujours est-il que Viv Ansanm le prend pour une provocation et ne tarde pas à réagir. Ses hommes investissent les lieux et ouvrent le feu sur tout ce qui bouge. Le bilan est lourd, cette veille de Noël : des morts et des blessés parmi les policiers et les journalistes. Quelques minutes plus tard, Izo 5 Secondes revendique fièrement l’opération.
Comités inutiles contre balles réelles
Tandis que le gouvernement semble se perdre dans des démarches inefficaces, la guerre continue de se jouer sur le terrain. Face à cette avancée implacable de Viv Ansanm, quelle réponse offre le pouvoir ? Le renforcement de la Police Nationale d’Haïti ou des Forces Armées d’Haïti ? Rien de tout cela. À la place, on nous présente un organe consultatif, sans pouvoir contraignant, pompeusement baptisé Conseil National de Sécurité. Il faut reconnaître, à la décharge du pouvoir, qu’il avait longtemps résisté à cette solution de facilité. Mais ce conseil, parfaitement inutile dans le combat contre les gangs au vu de ses attributions, a finalement été imposé par une opposition tout aussi déconnectée, qui a passé des mois à en exiger la création, comme si cela pouvait contribuer à contenir les assauts.
Cela illustre bien cette maxime : « Lorsqu’on ne sait pas résoudre un problème politique, on crée un comité. »
Mais pendant qu’on simule, les gangs avancent. Les pertes humaines et matérielles s’accumulent. La peur, elle, s’installe durablement.
Pour être honnête, sans vouloir absoudre des dirigeants haïtiens comme Ariel Henry, il faut dire que l’administration Biden et la BINUH, pendant quatre ans, ont sabordé l’État haïtien et favorisé les gangs, contribuant ainsi à la dégradation du pays. Leur complicité manifeste avec Viv Ansanm et leurs choix politiques ont renforcé les forces de déstabilisation.
Ce qu’il faut faire pour gagner la guerre
Face à cette situation dramatique, il ne suffit pas de se concentrer sur les erreurs passées ou de se perdre dans des querelles politiques. Pour gagner cette guerre, il faut des actions concrètes, une stratégie implacable et une mobilisation des ressources humaines et matérielles nécessaires. Il est urgent d’investir massivement dans la Police Nationale et les Forces Armées, de renforcer le renseignement, de regagner le terrain perdu et de restaurer la confiance d’une population épuisée par tant de violence et de délaissement.
Un commandement fort et un état-major compétent sont essentiels pour coordonner les efforts de guerre, anticiper les mouvements ennemis et mener une offensive efficace pour reprendre le contrôle du pays.
Jusqu’à quand le pays pourra-t-il tenir sans action réelle ? Combien de quartiers devront encore tomber avant qu’une réponse efficace ne soit enfin envisagée ?
*Analyste politique
Sitwayen pou Respè Konstitisyon
sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com
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