Par Emmanuel Marino Bruno
Plateau central (Haïti), 16 juin 2025 [AlterPresse] --- Depuis le mardi 17 juin 2025, des habitantes et habitants dans le département du Plateau central ont, de nouveau, fermé l’accès à la centrale hydroélectrique de Péligre, l’une des principales sources d’électricité du pays, afin de protester contre le non-respect des engagements pris par les autorités de transition concernant la lutte contre les gangs armés, apprend l’agence en ligne AlterPresse.
Ce blocage de la centrale hydroélectrique de Péligre a provoqué l’arrêt de l’alimentation électrique dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
Cette action de citoyennes et citoyens protestataires a été mise à exécution, après que des bandits armés de la coalition criminelle Viv Ansam ont incendié, le mardi 17 juin 2025, au niveau de Carrefour Péligre, à Mirebalais, un engin lourd de la Police nationale d’Haïti (Pnh), tombé en panne, lors d’opérations contre les gangs dans la commune.
Cet engin lourd, qui serait conçu grâce à des fonds issus de la société civile, a été incendié peu après son arrivée sur le terrain.
Les opérations policières avortées ont été encadrées, le mardi 17 juin 2025, par des civils munis de machettes et de bâtons, selon des témoignages.
L’arrêt brusque de ces interventions menées contre les groupes armés, dans la commune de Mirebalais, a déclenché un vif mécontentement parmi la population.
Un pylône électrique a été renversé non loin du site, lors d’un mouvement de protestations enclenché le même mardi 17 juin 2025.
Des voix s’élèvent pour dénoncer une rotation, jugée suspecte, dans les effectifs déployés sur le terrain, avec l’exclusion remarquée de certains agents expérimentés, habitués à affronter les groupes armés, rapporte le porte-parole des organisations socio-politiques du département du Plateau central, Me. Robenson Mazarin, joint au téléphone par AlterPresse.
L’engin lourd avait déjà subi une surchauffe technique le samedi 14 juin 2025, interrompant temporairement les opérations, relate Mazarin.
Le dysfonctionnement a été corrigé le lendemain, dimanche 15 juin 2025, permettant une reprise des opérations, le mardi 17 juin 2025, sous des pressions populaires.
Le lundi 16 juin 2025, des citoyennes et citoyens se sont rassemblé.e.s devant la centrale de Péligre, pour exiger la reprise complète des opérations suspendues.
Ils ont dénoncé ce qu’elles et qu’ils qualifient comme un abandon de la population par les autorités, tout en appelant à des actions concrètes contre les groupes armés, selon Me. Mazarin.
L’absence de drones kamikazes, le manque d’effectif et de matériels ont empêché la Pnh de progresser dans la lutte contre les gangs armés à Mirebalais, déplore Me. Mazarin, qui s’exprimait le 17 juin 2025 dans le magazine FwoteLide sur AlterRadio, suivi par AlterPresse.
Il critique le comportement irresponsable du Conseil présidentiel de transition (Cpt) et du gouvernement, qui préféreraient sécuriser uniquement la centrale hydroélectrique de Péligre, au lieu de lutter véritablement contre les gangs à Mirebalais.
« Nous avons passé plus de deux mois à supplier les autorités de protéger les vies et les biens. Jusqu’à présent, rien n’est fait par l’équipe au pouvoir, qui n’arrive pas à surmonter ses contentieux internes. Deux mois avant l’attaque des gangs armés contre Saut d’Eau et Mirebalais, nous avons demandé en vain à l’Etat d’agir », déclare Robenson Mazarin.
Tôt au tard, ces autorités étatiques auront à répondre aux questions de la justice en raison de leur inaction, estime-t-il.
Une plainte formelle contre les autorités de transition
Une action en justice est intentée contre l’Etat haïtien, représenté par le Conseil présidentiel de transition (Cpt), le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet ministériel, annonce Robenson Mazarin.
L’Etat haïtien est assigné à comparaitre par devant le doyen du tribunal civil de Hinche, dans la matinée du jeudi 19 juin 2025, selon une plainte formelle déposée par un groupe d’avocats des barreaux de Mirebalais et de Hinche.
Ce groupe d’avocats a saisi le doyen de ce tribunal, afin qu’il reconnaisse l’extrême urgence, pour les communautés de Mirebalais et de Saut-d’Eau, de retourner chez elles, le plus rapidement possible, dans la sécurité.
Les avocats exigent que l’État haïtien, le Conseil présidentiel de transition, coofrdonné par Fritz Alphonse Jean et ses huit autres membres, les neuf secteurs représentés au sein de ce Cpt, le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet ministériel, ainsi que le directeur général ad intérim de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Rameau Normil, prennent sans délai les mesures nécessaires, pour libérer les communes de Mirebalais et de Saut-d’Eau des groupes armés, affiliés à la coalition Viv Ansanm/Taliban, 400 Mawozo.
Ils appellent à une restauration urgente de la sécurité, de la paix, de la libre circulation et de l’ordre républicain, afin de permettre aux milliers de familles, en majorité réfugiées à Hinche, de regagner leurs domiciles.
Dans le cas contraire, l’Etat, le Cpt, le premier ministre et son gouvernement ainsi que le directeur général ad intérim de la Pnh seront considérés comme ayant failli à leur mission, reconnus démissionnaires, avec toutes les conséquences qui s’y rattachent, préviennent les plaignants.
En mai 2025, des organisations socio-politiques du Plateau Central ont bloqué la centrale hydroélectrique de Péligre, pendant plusieurs semaines, pour dénoncer l’inaction de l’État face à l’expansion des gangs dans la commune de Mirebalais.
Après des négociations avec les autorités, elles ont accepté de lever le blocage, en échange de garanties visant à déloger les gangs présents à Mirebalais.
Le mardi 13 mai 2025, la production électrique de l’Electricité d’Haïti (Ed’h) a été réduite à zéro, « en raison d’un boycott et d’actes d’invasion de la Centrale hydroélectrique de Péligre, dans le Plateau central », avait informé l’institution, dans une note datée du jeudi 15 mai 2025.
L’Ed’h avait dénoncé un acte odieux, qui plonge les zones, qui étaient encore alimentées en énergie électrique, dans le blackout total.
Les autorités concernées ont été appelées à, non seulement, diligenter en urgence une enquête devant identifier, juger et punir les auteurs de tels actes, qui pénalisent la population en général, mais aussi à prendre les dispositions nécessaires à sécuriser la Centrale hydroélectrique de Péligre. [emb rc apr 16/06/2025 11:35]
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