P-au-P, 15 avril 2026 [AlterPresse] --- La Plateforme haïtienne des organisations de défense des droits humains (Pohdh) et la Commission épiscopale (catholique romaine) Justice et Paix tirent la sonnette d’alarme face à la dégradation accélérée de la situation sécuritaire, socio-économique et politique du pays, tout en exprimant de vives préoccupations quant à l’organisation des prochaines élections et aux velléités de réforme constitutionnelle.
Dans une note conjointe transmise à AlterPresse, les organisations affirment que plus de deux mois après l’installation du pouvoir en place, elles n’ont observé « aucune action concrète », susceptible d’améliorer la sécurité ou de favoriser la tenue des élections, dénonçant une absence manifeste de volonté politique.
Elles estiment, au contraire, que certaines décisions des autorités contribuent à retarder le processus électoral, évoquant notamment des initiatives visant à modifier la Constitution « sans légalité ni légitimité », ainsi que des pressions alléguées sur le Conseil électoral provisoire (Cep).
Ces préoccupations font écho à celles exprimées antérieurement par la Solidarite Fanm Ayisyèn (Sofa), qui dénonce une « manœuvre politique » visant à imposer un référendum constitutionnel en pleine insécurité. L’organisation y voit une stratégie susceptible de retarder davantage les élections et de prolonger la transition, en intégrant la question constitutionnelle au processus électoral sans consensus préalable.
Ce positionnement intervient notamment après un arrêté pris le 24 mars 2026 par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, élargissant le mandat du Cep pour intégrer, dès le premier tour, la ratification d’éventuels changements constitutionnels.
La Pohdh et Justice et Paix rappellent qu’après l’échec du Conseil présidentiel de transition, un pouvoir monocéphale a été instauré le 7 février 2026, suivi, le 23 février 2026, de la présentation d’un pacte qualifié de « national de nom seulement ».
Selon elles, ce cadre confère au gouvernement une double mission - rétablir la sécurité et organiser les élections - sans en préciser l’échéance, en l’absence de mécanismes effectifs de contrôle ou de contrepoids institutionnel.
Les organisations dénoncent, dans ce contexte, « des manœuvres et tergiversations » qui viseraient à prolonger la durée de gestion du pouvoir en place. Elles mettent en garde les membres du Cep contre toute compromission susceptible de porter atteinte à l’indépendance de l’institution, garantie par la Constitution de 1987 amendée.
La Pohdh et Justice et Paix dénoncent plus largement une aggravation continue de l’insécurité, marquée par la multiplication des violences armées, les déplacements forcés de populations et l’effondrement progressif des institutions publiques.
Elles pointent également la cherté de la vie, alimentée par la hausse des prix des produits de première nécessité et des carburants, ainsi qu’une pauvreté grandissante.
Face à cette situation, la Pohdh et Justice et Paix recommandent au gouvernement de prendre des mesures concrètes pour rétablir la sécurité, notamment la reprise du contrôle des axes routiers et la neutralisation des chefs de gangs.
Elles appellent également à la mise en place du comité de suivi prévu dans le pacte, à la définition d’un calendrier clair incluant une date précise de fin de mandat, ainsi qu’à la publication, par le Cep, d’un calendrier électoral crédible.
Enfin, tout en réaffirmant leur vigilance, les organisations invitent les différents secteurs de la société civile à se mobiliser, afin de contraindre les autorités à agir conformément à leurs engagements. [apr 16/04/2026 08:10]
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