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Haïti : L’ex-sénateur Nènel Cassy arrêté sous de graves accusations criminelles, après plusieurs mois d’enquête et de controverses judiciaires

Actualisation : 2 août 2025 à 22:30

P-au-P, 02 août 2025 [AlterPresse] — L’ancien sénateur des Nippes (une partie du Sud-Ouest d’Haïti), Nènel Cassy, a été interpellé ce samedi 2 août 2025 à Pétionville, en périphérie est de Port-au-Prince, sous de lourdes accusations criminelles.

Son arrestation marque une nouvelle étape dans une affaire aux multiples ramifications judiciaires, qui alimente depuis des mois le débat public autour des liens présumés entre certains acteurs politiques et des groupes armés.

La Police nationale d’Haïti (Pnh) a confirmé à AlterPresse l’opération, menée dans le cadre d’un mandat de recherche, émis le 18 février 2025 par la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj).

Nènel Cassy était poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs.

Dès la publication de l’avis de recherche, les avocats de l’ancien parlementaire avaient dénoncé une procédure entachée d’irrégularités. Le cabinet « Le Prétoire » avait évoqué une atteinte aux droits constitutionnels de leur client, affirmant qu’aucune convocation ni mandat d’arrêt ne lui avait été notifié.

Face aux contestations, la Dcpj avait été dessaisie en mars 2025, au profit du parquet de Port-au-Prince, dirigé par Me, Frantz Monclair. Ce transfert n’avait toutefois pas suspendu l’enquête, qui s’est poursuivie jusqu’à l’arrestation de Cassy.

Des soupçons persistants

Figure de l’opposition de la fin des années 2010, notamment contre le régime de Jovenel Moïse, Nènel Cassy avait gagné en notoriété à travers ses interventions publiques et sa participation à des mouvements de contestation. Son arrestation, en janvier 2021 à Miragoâne, lors d’une mobilisation antigouvernementale, avait alors provoqué une vive réaction dans les rangs de l’opposition.

Mais depuis la fin de son mandat sénatorial en 2022, l’ex-élu est régulièrement cité dans des affaires controversées. En novembre 2023, l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) avait recommandé l’ouverture de poursuites pour enrichissement illicite et fausse déclaration de patrimoine. L’organisme avait mis au jour plusieurs omissions graves dans ses déclarations, notamment des comptes bancaires non signalés, des biens immobiliers et des véhicules non déclarés, ainsi que des dépôts bancaires aux origines inexpliquées.

Le rapport soulevait également son implication dans la nomination d’un proche à la tête du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (Bmpad), institution déjà ciblée dans d’autres enquêtes.

Le 11 décembre 2023, le Département d’État des États-Unis annonçait des sanctions contre l’ancien sénateur pour sa participation présumée à des actes de corruption ayant, selon Washington, «  porté atteinte à l’intégrité du gouvernement haïtien  ». Ces sanctions s’étendaient à son épouse, Katherine Cassy Chéry, et à un enfant mineur, leur interdisant notamment l’entrée sur le territoire américain.

Quelques mois plus tôt, en mars 2023, il avait déjà rejoint une liste des personnalités interdites de séjour au Canada, avec gel éventuel de leurs avoirs.

Le 14 avril 2023, un ordre signé du président dominicain Luis Abinader avait également prohibé son entrée en République Dominicaine, aux côtés de 38 autres personnalités politiques haïtiennes et étrangères.

Un dossier parallèle : Alfredo Antoine

L’affaire impliquant Nenel Cassy s’inscrit dans un contexte plus large, qui rappelle celle d’Alfredo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff. Lui aussi avait fait l’objet d’un avis de recherche, émis le 18 février 2025, dans le cadre d’une série de mandats visant plus d’une douzaine d’individus pour des motifs similaires.

Antoine était accusé de complot contre la sûreté intérieure de l’État, de complicité avec des gangs armés, de financement de groupes criminels et d’association de malfaiteurs.

Il a été arrêté à Pétionvlle le 4 avril 2025, en possession d’armes à feu – dont deux fusils –, de munitions, de téléphones portables, d’une tablette et d’un appareil de radiocommunication. Ces éléments avaient renforcé les soupçons de liens directs avec des réseaux criminels.

Cependant, le 9 mai 2025, il a été libéré après une audition devant le parquet, bien que le dossier reste ouvert. Il lui est désormais interdit de quitter le territoire. Cette décision a été prise malgré les accusations formulées à son encontre.

Ce n’était pas la première fois qu’Antoine était confronté à la justice. En 2015, alors candidat à la députation, il avait déjà été brièvement arrêté pour faux et usage de faux, avant d’être relâché quelques heures plus tard.

L’arrestation de Nenel Cassy intervient dans un contexte de crise sécuritaire persistante. Dans ce même cadre, la remise en liberté d’Alfredo Antoine, malgré des accusations similaires, a précédé celle-ci de plusieurs semaines. Les suites judiciaires réservées à ces dossiers permettront d’évaluer leur traitement par les autorités concernées. [apr 02/08/2025 20 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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