Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 12 février 2026 [AlterPresse] --- Plusieurs organisations œuvrant dans la défense, la promotion et la protection des droits humains, comme l’Ordre des défenseurs des droits humains (Ordeh), la Ligue haïtienne de défense des droits humains (Lhddh) ainsi que l’Association des jeunes pour l’épanouissement social des communautés et la protection des femmes (Ajescchapf), dénoncent des actes de corruption présumée du titulaire du Ministère de la défense, Jean-Michel Moïse, dans une note conjointe dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse..
Ces organisations de droits humains condamnent ce qu’elles qualifient de « graves dérives administratives » qu’elles imputent au ministre Jean-Michel Moïse.
Elles fustigent notamment « l’opacité dans la gestion des fonds alloués aux renseignements » ainsi que « l’affectation de ressources publiques à des projets d’infrastructure inexistants ».
Elles déplorent, en outre, l’inaction des instances de contrôle compétentes face à ces allégations.
Elles attirent ainsi l’attention sur des disparités manifestes, entre les émoluments officiellement déclarés et les montants crédités sur les cartes de débit de certains agents.
Selon leurs révélations, « des employés, occupant des fonctions techniques ou administratives, auraient bénéficié de soldes atteignant 528,250.00 ou 530,000.00 gourdes, tandis que des cadres supérieurs percevraient des montants oscillant entre 300,000.00 et 600,000.00 gourdes » (Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gourdes ; 1 euro = 156.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 98.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.20 gourdes aujourd’hui).
Ces chiffres, jugés disproportionnés au regard des rémunérations de base, constitueraient, selon ces organisations, la preuve de « l’existence d’un réseau occulte de rétro commissions au profit de la hiérarchie ».
Elles regrettent également que l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) n’ait donné aucune suite à la plainte, déposée le 2 juin 2025 et dénonçant un système criminel de « chèques zombies » et une spoliation du trésor public.
En conséquence, elles réclament la révocation du ministre Jean-Michel Moïse ainsi que de ses complices.
Le ministre de la défense, mis en cause par son propre directeur général
Critiqué pour son silence par les organisations de défense des droits humains, le directeur général du ministère de la défense, Jean Ronel Sistanis, s’est finalement exprimé publiquement, « accusant son supérieur hiérarchique de faits de corruption, de vols et de détournements de fonds au sein du Ministère de la défense ».
Lors d’un point de presse le lundi 2 février 2026, Sistanis a évoqué des montants particulièrement élevés, qu’il estime avoir été dilapidés ou indûment détournés.

Il cite notamment des montants de 350 millions de gourdes, allouées aux fonds de renseignements, 160 millions de gourdes destinées à l’implantation d’une ferme « imaginaire » à Belladère (département du Plateau central), 70 millions de gourdes pour la réhabilitation de la base abritant le grand quartier général des Forces armées d’Haïti au Champ de Mars.
Les actes de dilapidation ou de détournement de fonds publics, attribués au ministre de la défense, concernent aussi 50 millions de gourdes pour des travaux au Bicentenaire ainsi que 70 millions de gourdes pour l’acquisition de matériels destinés à un garage, qui n’existerait pas.
Des subventions et primes de risques auraient été détournées, affirme également le directeur général du Ministère de la défense, mentionnant, notamment, l’octroi d’une somme de 3,500,000.00 gourdes à une petite association de Bombardopolis Nord-Ouest d’Haïti), commune dont le ministre serait originaire.
Selon Sistanis, des primes non justifiées, variant entre 500,000.00 et 1,000,000.00 de gourdes, auraient également été distribuées, alors même que les conditions de vie des militaires haïtiens continuent de se dégrader.
En contradiction avec les dispositions du décret d’avril 2024, aucune indemnité n’aurait été versée aux familles des militaires, décédés dans l’exercice de leurs fonctions, souligne-t-il.
L’objectif du ministre Jean-Michel Moïse serait d’affaiblir, voire de déstructurer l’institution militaire, estime Jean Ronel Sistanis, qui affirme avoir été victime de plusieurs agressions.
Le directeur général du Ministère de la défense se dit également préoccupé par un éventuel dépouillement des ressources du ministère, avançant que le ministre détiendrait la nationalité américaine.
Démenti du ministre et annonce de poursuites judiciaires
Alors que Jean Ronel Sistanis affirme disposer d’éléments probants pour étayer ses accusations, le ministre de la défense, Jean-Michel Moïse, rejette catégoriquement ces allégations, dans un entretien accordé au quotidien « Le Nouvelliste », le mercredi 4 février 2026.

Jean-Michel Moïse annonce son intention d’engager des poursuites judiciaires, pour diffamation, à l’encontre du directeur général du Ministère de la défense , rapporte le quotidien « Le Nouvelliste ».
Selon le ministre, la plupart, sinon la totalité, des projets évoqués par Sistanis correspondraient à des projets non exécutés au cours de l’exercice budgétaire précédent 2024-2025, mais qui auraient été reconduits dans le budget 2025-2026 en cours, toujours en phase d’examen au Ministère de la planification et de la coopération externe (Mpce).
Citée par « Le Nouvelliste », cette déclaration s’accompagne d’une mise en cause des motivations de son accusateur, que le ministre présente comme « un aspirant ministre de la défense ».
Mise en garde contre toutes tentatives de création de syndicat au sein du Ministère de la défense
Il est formellement établi qu’aucun syndicat n’existe au sein de l’institution, met en garde le Ministère de la défense, dans une note publiée le mardi 10 février 2026 sur son site Internet.
« Il n’y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, ni au mMnistère de la défense, ni au sein des Forces armées d’Haïti », menace-t-il.
Il met en garde contre « toutes tentatives, individuelles ou collectives, visant à se réclamer indûment d’un syndicat, à induire l’opinion publique en erreur, à perturber le bon fonctionnement des institutions de défense et sécurité nationale, ou à entraver l’exécution des missions régaliennes du Ministère de la défense et des Forces armées d’Haïti ».
De tels agissements seront considérés comme des actes criminels, prévient le Ministère de la défense.
« Les auteurs de tels agissements s’exposent, sans avertissement, à des sanctions disciplinaires sévères, ainsi qu’à des poursuites judiciaires, conformément aux lois et règlements en vigueur ». [cj emb rc apr 12/02/2026 10:30]
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