Par Michel Legros*
Soumis à AlterPresse le 12 février 2025
La mort tragique de Lebelt Macénat, étudiant du Centre d’études diplomatiques et internationales (Cedi), tué en pleine salle de classe par une balle perdue, illustre une fois de plus l’anarchie et l’insécurité généralisée qui gangrènent le pays. Le climat de terreur s’intensifie, rendant même les établissements scolaires vulnérables.
À Delmas, un élève de Saint-Louis de Gonzague a lui aussi été blessé, confirmant que l’insécurité frappe aveuglément.
Quel mot trouver pour consoler une mère qui, au petit matin, a vu son fils partir avec son sac, rêvant d’un avenir meilleur, et qui, quelques heures plus tard, a dû récupérer son corps sans vie ? Quelle parole prononcer à un père effondré, brisé, qui s’interroge sur le sens même de son combat quotidien, s’il ne peut même pas protéger ses enfants ? Chaque balle perdue peut détruire la vie ď un fils, ďune sœur, ďun bébé, d’un ami, et plonger une famille entière dans un abîme de douleur.
Cet exécutif à dix têtes incarne l’irresponsabilité collective où chacun se dégage de ses responsabilités pendant que le chaos s’installe. Au lieu de prendre des mesures concrètes pour rétablir l’ordre, ce pouvoir décacéphale s’enlise dans des jeux politiques stériles, pour faire passer le temps.
Combien de jeunes faudra-t-il encore sacrifier avant que nous nous révoltions ? L’indignation ne suffit plus : il est temps d’exiger des comptes et de mettre un terme à cette mascarade de gouvernance.
Les nuages s’amoncellent
La fermeture de l’USAID est une bien mauvaise nouvelle pour un pays comme le nôtre, totalement dépendant de l’aide internationale. Ce constat est aussi amer que honteux.
Voilà où nous en sommes, faute d’avoir construit une économie capable de nous affranchir de cette dépendance. Sans les dons de "sinistrés" – lait en poudre, blé et riz – une grande partie de la population risque de sombrer dans la famine. Les programmes de lutte contre le SIDA et la faim sont directement touchés. Une indignité devenue nécessité, qui révèle l’étendue de notre vulnérabilité.
Un cyclone, une épidémie, et ce sera l’enfer absolu. Même Notre-Dame du Perpétuel Secours, habituée à nos supplications, risque d’être submergée face à la tempête qui s’annonce.
Plus seul que jamais
La nouvelle administration américaine semble vouloir opter pour une politique de désengagement vis-à-vis d’Haïti. Marco Rubio, après avoir affirmé que l’avenir d’Haïti est entre les mains des Haïtiens et exclu toute intervention majeure des États-Unis, a estimé qu’il était nécessaire d’appuyer la politique migratoire de Luis Abinader, qui ferme hermétiquement ses frontières à Haïti.
Le programme Biden, qui permettait à certains Haïtiens d’émigrer légalement, a été suspendu. En clair, toutes les portes sont closes. Si nous ne pouvons plus vivre en Haïti, nous mourrons tous.
Ce qu’il faut pas faire
Nous avons lu avec intérêt le texte de Hugues Célestin et prenons acte de sa proposition de faire appel à l’Université d’État d’Haïti (UEH) pour offrir une alternative à cette gouvernance bancale, incapable de faire face à l’urgence de l’heure : la guerre contre les gangs qui terrorisent la population. Il écrit :
"Nous proposons que l’Université d’État d’Haïti (UEH), en tant qu’institution nationale, organise dans un délai maximal d’un mois des consultations nationales qui devront rassembler des représentants légitimes des forces vives de la nation, désignés par une instance de coordination, avec mission de :
1) Désigner un(e) président(e) de transition, sur la base d’un consensus national, détaché(e) des influences politiques, économiques et étrangères.
2) Mettre en place un gouvernement de salut public restreint, avec un mandat clair visant la stabilisation du pays, la réforme des institutions et la préparation des futures élections..."
Si l’initiative peut apparaître comme une tentative de sortie de crise, nous ne pouvons pas en partager l’objectif. Il semble que nous soyons toujours dans la même logique qui a conduit à la création du CPT. Le rapatriement des tractations politiques pour choisir un président ne fera que reconduire les mêmes schémas : un chef d’État issu des manœuvres d’un groupe de politiciens. Remplacer une combine par une autre, même haïtianisée, n’est pas une alternative. Il faut cesser une fois pour toutes ces aventureuses expérimentations politiques souvent désastreuses et revenir au gros bon sens.
Des conseils
Avant toute chose, nos dirigeants doivent mettre fin à leur guéguerre au sommet de l’État. La lutte de pouvoir entre le Premier ministre et le Directeur général de la PNH doit cesser immédiatement.
La Police Nationale d’Haïti ne peut, non plus, continuer à s’entre-déchirer. Le pays est à feu et à sang, et ceux qui sont censés le protéger doivent choisir leur camp : celui de l’ordre ou celui du chaos. Une trêve s’impose.
Guy Philippe, lui, devrait peut-être songer à mettre un frein à sa "révolution", histoire qu’il reste encore quelque chose à révolutionner. Une révolution est censée libérer un peuple, pas l’exterminer. À ce rythme, il risque surtout d’être le dernier survivant d’un pays réduit en cendres, sans personne à commander, sans ennemi à combattre… et sans fossoyeur pour lui creuser une tombe quand le destin l’aura rattrapé.
Il est plus qu’urgent de mettre les cartes sur table et de reconnaître que cela ne marche pas, que quelque chose doit changer.
Haïti ne survivra pas à cette spirale infernale sans un véritable dialogue national.
* Analyste politique
Contact : sitwayenpourespekonstitisyon@gmail.com
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001
-
On n’assassine pas François Latour 28 mai 2007
-
Un colosse est tombé 14 février 2005




