Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P, 04 mai 2026 [AlterPresse] --- À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le dimanche 3 mai 2026 autour du thème « Façonner un avenir de paix », le gouvernement haïtien ainsi que plusieurs organisations et associations de journalistes ont lancé un nouvel appel à la protection des professionnelles et professionnels des médias, dans des déclarations séparées consultées par l’agence en ligne AlterPresse.
Le gouvernement, à travers le Ministère de la culture et de la communication (Mcc), a exhorté au respect et à la promotion de la liberté de la presse, considérée comme un socle indispensable de la démocratie, de l’État de droit et de la consolidation de la paix.
Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a réaffirmé la volonté de l’État « de garantir la protection des journalistes, de promouvoir la libre circulation de l’information, de faciliter l’accès aux sources officielles et de renforcer les institutions républicaines indispensables à l’épanouissement d’une presse libre et responsable ».
Il a rendu hommage à tous les journalistes victimes dans l’exercice de leur profession.
Le décret du 18 décembre 2025, une grave menace contre la liberté d’expression en Haïti
Parallèlement, plusieurs organisations de défense des droits humains, dont la Fondasyon je klere (Fjkl), ont appelé le gouvernement au retrait immédiat du décret du 18 décembre 2025, prétendant encadrer l’exercice de la liberté d’expression et instituant des mesures de prévention et de répression des délits de diffamation et de presse.
Cet appel n’a, jusqu’à présent, reçu aucune réponse officielle.
La Fjkl y voit une grave menace contre la liberté d’expression en Haïti, l’un des acquis majeurs du 7 février 1986.
Elle estime en outre que les gouvernements de transition n’ont pas de compétence législative pour adopter un tel texte.
Ce décret, publié le 31 décembre 2025 dans le journal officiel par le Conseil présidentiel de transition (Cpt) d’alors, a suscité de vives réactions et une large contestation au sein de la société civile et des milieux médiatiques.
Dans une note, l’Association des journalistes haïtiens (Ajh) exige des mesures rapides et concrètes des autorités pour protéger les journalistes et lutter contre l’impunité.
Elle sollicite également un appui renforcé de la communauté internationale en faveur des médias haïtiens.
Soulignant combien de nombreuses professionnelles et de nombreux professionnels sont victimes d’assassinats, d’enlèvements ou d’exil forcé, l’Ajh plaide pour un environnement sécurisé, afin de permettre aux journalistes d’exercer librement leur métier.
De son côté, l’Action internationale pour les droits humains (Aidh) déplore, dans un rapport publié le 3 mai 2026, l’absence de protection effective de la part de l’État.
Elle relève une détérioration continue de la liberté de la presse au cours des huit dernières années, faisant d’Haïti l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes.
L’organisation dénonce l’intolérance politique, l’insécurité chronique, les actes de violences des gangs armés et l’impunité quasi totale des crimes commis.
Au moins 19 journalistes assassinés ou portés disparus en Haïti, selon l’Aidh
Entre mars 2018 et mars 2026, l’Aidh indique avoir recensé au moins 19 journalistes assassinés ou portés disparus, 8 victimes de tentatives d’assassinat et une quinzaine d’autres enlevés contre rançon, menacés, intimidés ou harcelés.
Les résidences de certains journalistes ont également été prises pour cible, comme celle du directeur de Radio Kiskeya, Marvel Dandin, attaquée à l’aube du jeudi 12 mars 2026.
De tels actes mettent en péril la liberté d’expression, la liberté de la presse et le droit à l’information, garantis par la Constitution haïtienne et les traités internationaux ratifiés par Haïti, estime l’organisation Aidh.
Vendredi soir 1er mai 2026, le journaliste sportif Jean Brunet Bontemps a succombé à ses blessures après avoir été atteint de quatre projectiles à son domicile, dans des circonstances encore indéterminées.
Par ailleurs, les familles de Junior Célestin (Radio Mégastar) et d’Osnel Espérance (Radio Uni FM) restent sans nouvelles depuis leur enlèvement, le vendredi 13 mars 2026, par des individus lourdement armés près du stade Sylvio Cator, au centre-ville de Port-au-Prince.
Face à ces drames, le Réseau national des journalistes haïtiens (Renajouh) exhorte les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités et à mener une enquête sérieuse, pour faire la lumière sur ces affaires.
La Solidarité des femmes haïtiennes journalistes (Sofehj) appelle, elle, à ne pas rester indifférent.e.s au sort des journalistes tués.
« Ils ont disparu pour que la vérité vive. Levons-nous pour une presse libre et protégée ».
La liberté de la presse demeure un pilier fondamental de toute société démocratique. Elle garantit le droit des citoyennes et citoyens à une information fiable, plurielle et accessible, condition indispensable à une participation éclairée à la vie publique, appelle lre Conseil exécutif intérimaire du Cap-Haïtien (Nord).
Conscient des contraintes auxquelles font face les médias, notamment en matière de sécurité, de moyens et d’accès à l’information, il réaffirme son attachement aux principes de transparence, de responsabilité et d’ouverture. [emb rc apr 04/05/2026 11:30]
Illustration : image générée par intelligence artificielle.
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