P-au-P, 20 août 2026 [AlterPresse] --- À Pernier, localité de Pétionville (municipalité à l’est de Port-au-Prince), des habitants ayant fui leurs maisons sous la pression des gangs commencent à envisager leur retour, certains ayant déjà regagné leurs domiciles. Mais ce mouvement demeure très timide, faute de garanties sur la pérennité de la sécurité, selon plusieurs témoignages recueillis par AlterPresse.
Dans plusieurs blocs, la fréquentation a augmenté au cours des derniers mois. Des riveraines et riverains reviennent nettoyer leurs maisons, entreprendre des réparations ou simplement vérifier l’état de leurs biens.
Des ouvriers circulent désormais dans certains secteurs où, il y a encore quelque temps, la présence humaine était devenue exceptionnelle.
Des rues ont également fait l’objet d’initiatives de nettoyage et de déblayage, afin de faciliter la circulation et de contribuer à rétablir un semblant de vie normale. Certaines églises auraient également recommencé à fonctionner, autre signe d’une volonté de reprendre progressivement les activités dans plusieurs secteurs.
Pour certaines familles, le retour est devenu une nécessité. Continuer à payer un loyer ailleurs, alors que leurs propres maisons restent vides à Pernier, devient difficilement supportable. Malgré les pillages et les dégradations, des propriétaires disent préférer consacrer leurs ressources à remettre leurs logements en état.
Mais rentrer ne signifie pas, pour autant, retrouver la vie d’avant.
Un calme qui ne rassure pas encore

Des témoins rapportent que les gangs semblent s’être éloignés de plusieurs secteurs de Pernier. Cette évolution serait notamment liée à l’action de brigades de vigilance, qui auraient pris position dans des endroits stratégiques.
Plusieurs membres de gangs auraient été tués, réduisant leur capacité à imposer leur contrôle dans certains blocs.
La situation demeure néanmoins imprévisible.
Certains jours, un calme relatif règne dans les rues. À d’autres moments, des tirs nourris retentissent pendant plusieurs heures.
Pour les habitantes et habitants, qui ont trouvé refuge ailleurs, ces épisodes suffisent à maintenir le doute sur la possibilité d’un retour définitif.
Des groupes de riveraines et riverains continuent pourtant de lancer des appels au retour, notamment dans les secteurs de Greffin et de Dèyè Lise. Des vidéos ont été partagées en ce sens dans des groupes WhatsApp.
Les réponses restent limitées.
Le transport en commun n’a pas encore véritablement repris. Quelques camionnettes ou mototaxis sont aperçus sporadiquement dans certaines zones, mais les chauffeurs restent prudents, notamment en raison de la situation dans des secteurs voisins.

Le retour de la police, condition du retour des habitants
Pour les habitantes et habitants, qui souhaitent revenir, la question centrale est désormais celle de la permanence de la sécurité.
La police effectue des patrouilles le long de la route de Pernier. Des blindés et autres véhicules de la Police nationale d’Haïti (Pnh) y circulent périodiquement. Les opérations, conduites ces derniers mois, ont permis de rendre certains déplacements à nouveau possibles.
Mais cette présence intermittente ne suffit pas à rassurer les riveraines et riverains.
Plusieurs groupes de citoyennes et de citoyens souhaitent réclamer le rétablissement d’un sous-commissariat de police à Pernier, détruit par les gangs le 29 janvier 2023, ou, à défaut, l’installation d’une station de police, capable d’assurer une présence permanente dans la zone.
Pour eux, le retour de la population doit être accompagné du retour visible et durable des institutions publiques.
La demande devrait être adressée à la Pnh et à la mairie de Pétionville.
Les riveraines et riverains souhaitent également une implication des autorités centrales, estimant qu’une sécurisation durable de Pernier ne peut pas reposer uniquement sur les initiatives des habitantes et habitants ou sur les opérations ponctuelles des forces de sécurité.
Châteaublond, un point de préoccupation
La situation demeure particulièrement préoccupante dans certaines portions de Châteaublond, qui jouxtent l’Académie de police.
Des riveraines et riverains rapportent que des groupes armés y sont encore présents et continuent d’y imposer leur loi. Plusieurs incidents auraient été signalés au cours des dernières semaines. Des chauffeurs évitent encore de s’y aventurer.
Cette situation alimente l’inquiétude des habitantes et habitants, d’autant que le secteur se trouve à proximité immédiate de l’Académie de police.
Pour les riveraines et riverains, la sécurisation de ces zones constitue un préalable à la reprise normale des activités et à la circulation entre les différents secteurs de Pernier.
De l’emprise des gangs à l’espoir d’un retour...

Pernier avait connu une situation particulièrement grave à la fin de 2024, après plusieurs assauts des gangs. Ceux-ci avaient progressivement étendu leur contrôle à une très grande partie de la zone, contraignant la population à abandonner les lieux. Des maisons avaient été pillées et vandalisées, tandis que certaines rues étaient barricadées.
Depuis, plusieurs opérations des forces de sécurité ont contribué à modifier le rapport de force.
En août 2025, une opération policière contre le gang Kraze Baryè à Doco, Gros Jean et Greffin avait notamment fait sept morts parmi les membres du groupe armé. Deux fusils et trois radiocommunications avaient également été saisis.
En mai 2026, l’Unité tactique anti-gang (Utag) de la Pnh avait mené une opération à Pernier 17 et Parc Cheval, dans la commune voisine de Tabarre. Plusieurs présumés bandits avaient été mortellement blessés et deux armes de poing saisies.
Le 22 juillet 2026, trois éléments armés ont également été tués lors d’un affrontement avec une unité de la Force de répression des gangs (Frg), à Tabarre, dans une zone contrôlée par le gang Kraze Baryè.
Le chef de ce gang, Vitelhomme Innocent, qui avait fait de Pernier, Châteaublond et Torcelle (Tabarre) des bases de ses exactions, ne se manifeste plus publiquement depuis quelque temps, rapportent des riveraines et riverains.
Son sort demeure cependant inconnu, après plusieurs opérations policières infructueuses ayant visé à le neutraliser.
Parallèlement, Vitel’homme Innocent figure toujours parmi les personnes les plus recherchées par l’agence Federal bureau of investigation (Fbi), selon une publication de février 2026.
Une récompense de 2 millions de dollars est offerte pour toutes informations pouvant conduire à son arrestation et/ou à sa condamnation, notamment pour enlèvements et meurtres.
...dans un pays toujours en proie aux gangs
Le cas de Pernier s’inscrit dans un contexte, où le recul apparent des gangs dans certains quartiers ne signifie pas nécessairement la fin de leur emprise territoriale.
Dans la rzone métropolitaine de Port-au-Prince, comme dans plusieurs départements géographiques, les groupes armés continuent de contrôler ou de contester des portions importantes du territoire, avec de lourdes conséquences pour les communauéts civiles.
L’Organisation des Nations unies a recensé plus de 2,300 morts, plus de 1,100 blessés et 99 victimes d’enlèvements en Haïti depuis le début de 2026, dans un contexte marqué notamment par la terreur et d’autres violences des gangs.
Face à cette situation, les autorités ont intensifié les opérations de la Force de répression des gangs (Frg), avec des interventions dans plusieurs zones de la région métropolitaine et le déploiement d’un contingent dans l’Artibonite (Nord).
À Pernier, les habitantes et habitants observent ces évolutions avec attention.
Car, le véritable enjeu, pour celles et ceux qui souhaitent retrouver leurs maisons, n’est plus seulement de pouvoir y entrer à nouveau, mais de savoir si la sécurité peut permettre d’y vivre durablement. [apr 20/08/2026 00:30]
Photos : Captures d’écran de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux
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