Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 27 mai 2025 [AlterPresse] --- Considéré·e·s comme l’épine dorsale des systèmes de santé à travers le monde, les infirmières et infirmiers demeurent pourtant sous-valorisé·e·s en Haïti. C’est ce que dénonce Djina Guillet Delatour, membre de l’Association nationale des infirmières licenciées d’Haïti (Anilh), dans une entrevue accordée à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.
Selon elle, les infirmières figurent parmi les professionnelles les plus maltraitées du secteur sanitaire haïtien.
Malgré leur engagement constant, leur polyvalence, leurs qualifications et leur expérience, elles perçoivent des salaires dérisoires, insuffisants pour assurer ne serait-ce que leur survie. Cette précarité les rend particulièrement vulnérables, les exposant à la discrimination, au harcèlement et parfois à des agressions.
Avec seulement 3.8 infirmières et infirmiers pour 100,00 habitantes et habitants – loin des 45 recommandés –, Haïti accuse un déficit critique.
Ce manque est aggravé par l’exode professionnel : selon certaines estimations, plus de 40 % du personnel infirmier formé localement exerce à l’étranger, notamment au Canada, aux États-Unis d’Amérique ou dans certains pays d’Amérique du Sud.
Djina Guillet Delatour estime que cette précarité fragilise toute la chaîne des soins.
« Le système sanitaire ne peut être qu’affaibli », affirme-t-elle, qualifiant cette situation de véritable violation des droits des infirmières.
Elle plaide pour des conditions de travail dignes, un environnement sain et le respect du statut de la profession.
Des actrices clés, invisibilisées
Comment un système peut-il ignorer une profession aussi essentielle dans la prise en charge des patient·e·s ? s’interroge Miss Delatour.
Elle souligne la polyvalence des infirmières : en plus du suivi médical, elles assistent les malades dans leurs déplacements, veillent à leur hygiène, à leur alimentation et surveillent en continu l’évolution de leur état de santé. Présentes à toutes les étapes du parcours de soins, elles sont des maillons indispensables au processus de guérison.
En première ligne, elles subissent de plein fouet le manque chronique de personnel, l’insuffisance des équipements, l’exposition aux infections, la fatigue, le stress, mais aussi parfois des violences. À cela s’ajoute l’insécurité généralisée, qui menace leur intégrité physique et pèse lourdement sur leur santé mentale.
Un appel à des politiques de valorisation
À l’occasion de la Journée internationale des infirmières, le 12 mai 2025, l’Anilh a renouvelé ses revendications en faveur d’une véritable reconnaissance de la profession.
Reprenant le thème mondial de l’année, l’organisation a lancé un appel : « prenons soin des infirmières pour renforcer les économies ».
Elle exhorte l’État et les autorités sanitaires à investir durablement dans les soins infirmiers et à améliorer leurs conditions de travail.
Djina Guillet Delatour, spécialiste en santé communautaire, insiste sur la nécessité d’une volonté politique forte.
« L’amélioration des conditions de travail des infirmières dépend d’une décision au sommet de l’État. Il revient aux autorités de donner le ton et de fixer un meilleur salaire », martèle-t-elle.
Elle milite également pour une meilleure intégration des infirmières au sein du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp), avec un accès aux postes décisionnels, ainsi que pour la formation continue, notamment dans une perspective de mobilité internationale.
Des gestes encore insuffisants
Du 12 au 16 mai 2025, la Direction des soins infirmiers au Mspp, dirigée par Miss Carine Jean Baptiste, a organisé plusieurs activités : campagnes de sensibilisation, dépistage du cancer du col de l’utérus et du sein, consultations ophtalmologiques.
« Il s’agit de prendre soin du personnel infirmier et de le mettre en valeur », a souligné Carine Réveil, directrice des soins infirmiers.
Mais ces efforts ponctuels ne sauraient répondre à la profondeur des besoins.
Pour Miss Delatour, les gestes symboliques doivent céder la place à des engagements structurels. Elle appelle les organisations professionnelles à se mobiliser davantage et encourage les infirmières à renforcer leur représentation au sein de l’Anilh.
« Il est temps de reconnaître pleinement la valeur des infirmières dans notre système de soins », insiste-t-elle.
Présentes à chaque instant du parcours de guérison, elles sont des actrices essentielles de la prévention, de l’accompagnement et du mieux-être des patientes et patients. [cj gp apr 27/05/2025 00 :30]
Photo : Unicef
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