Par Gotson Pierre
P-au-P., 11 mars 2024 [AlterPresse] --- Les yeux se tournent, ce lundi 11 mars 2024, vers Kingston, Jamaïque, où la Communauté des Caraïbes (Caricom) a convoqué une réunion d’urgence sur la crise haïtienne, qui s’aggrave continuellement, avec, depuis le jeudi 29 février 2024, une violente offensive coordonnée des gangs armés à la capitale Port-au-Prince, observe AlterPresse.
A cette réunion, la Caricom a convié des représentants des États-Unis d’Amérique, de la France, du Canada et de l’Organisation des Nations unies (Onu), pour discuter de la transition en Haïti, afin de favoriser la restauration des institutions démocratiques le plus rapidement possible, selon des sources diplomatiques concordantes.
On ne sait pas, pour le moment, si une invitation a été lancée au premier ministre de facto Ariel Henry, lui qui est bloqué depuis le mardi 5 mars 2024 à Porto Rico, sans pouvoir rentrer en Haïti, comme il le souhaitait.
Largement impopulaire, Ariel Henry est l’objet depuis de nombreux mois de la grogne de la population, qui réclame sa démission. Les gangs ont également fait de l’abandon du pouvoir par le chef de gouvernement de facto l’objectif de leurs attaques ciblées contre les infrastructures stratégiques, des postes de police, des immeubles publics et privés, ainsi que des pans entiers de la population de Port-au-Prince.
Ariel Henry subit également les pressions de la Caricom et du gouvernement des États-Unis pour démissionner après avoir contribué, de manière célère, à une transition vers un collège présidentiel en Haïti.
« Pendant plus d’un an, les États-Unis ont encouragé le premier ministre Henry et d’autres acteurs clés en Haïti à parvenir à un compromis, qui permettrait de sortir de l’impasse politique actuelle », selon un communiqué du département d’État.
De leur côté, et en lien avec les États-Unis, les membres de la Caricom tentent, depuis des mois, d’aider à trouver une issue à la crise, alors que, ces derniers jours, la situation est devenue intenable.
La Caricom se dit consciente de la nécessité urgente de parvenir à un consensus, au moment où la situation sur le terrain est désastreuse et sérieusement préoccupante.
Durant tout le week-end écoulé, plusieurs secteurs haïtiens (politique, civil, privé et religieux) s’activaient à la finalisation de propositions à acheminer à la Caricon, en vue de la mise en place d’un conseil présidentiel, accompagnées des orientations à suivre pour une transition, qui ne devrait pas aller au-delà de 24 mois.
Plusieurs propositions ont été ainsi formulées et quelques noms transmis à la Caricom. Des points d’accord et quelques divergences caractérisent ces propositions, qui penchent en faveur d’un conseil présidentiel entre 5, 7 et 9 membres.
Les contacts, établis par AlterPresse avec plusieurs dirigeants de partis politiques et des responsables de la société civile, n’ont pas permis d’expliciter les mécanismes, qui seraient mis en œuvre pour la concrétisation de la transition.
Entre-temps, les gangs armés continuent de faire régner une violence inouïe à Port-au-Prince.
Dans la soirée du samedi 9 mars 2024, la tension était à son comble au centre de la capitale. D’intenses tirs à l’arme automatique étaient rapportés par des habitantes et habitants, vivant dans les quartiers proches du Champ de Mars, principale place publique de Port-au-Prince.
Durant cette soirée, des attaques de gangs ont été repoussées par la police, contre le palais présidentiel et plusieurs bases de l’institution policière, sans compter des bureaux publics. Une tentative d’incendie a eu lieu au Ministère de l’intérieur.
Ce développement a démontré combien les gangs n’entendent pas lâcher prise, après plus d’une semaine d’assauts contre les communautés dans divers blocs de la capitale, et faisant des morts et blessés ainsi que d’importants dégâts dans les infrastructures publiques et privées.
Les administrations et écoles de Pot-au-Prince demeurent fermées, de même que l’aéroport international, l’aérogare Guy Malary et le port de Port-au-Prince, alimentant les craintes d’un arrêt de l’approvisionnement de la population, dont une partie importante de la consommation dépend de l’importation.
L’accès aux soins est fortement réduit, avec des hôpitaux attaqués, détruits ou pillés par des gangs, en dépit d’une opération de communication, sur les réseaux sociaux, laissant croire que les bandits étaient disposés à faire la paix.
L’état d’urgence accompagné de couvre-feu, décrété le dimanche 3 maars 2024, puis reconduit le mercredi 6 mars 2024, n’a pas permis au gouvernement de facto, plutôt absent, de reprendre le contrôle de la situation.
Au niveau international, les démarches en faveur du déploiement d’une Mission internationale d’appui à la sécurité en Haïti, dirigée par le Kenya, ne semblent pas progresser significativement. Aucune annonce n’a été faite en ce sens durant les derniers jours.
Dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 mars 2024, les États-Unis ont évacué, à bord d’hélicoptères et par avions militaires, une partie du personnel de leur ambassade, suivis par l’Allemagne, qui a évacué son ambassadeur, et la délégation de l’Union européenne (Ue), plusieurs de ses membres.
Les États-Unis ont, du même coup, renforcé leur personnel de sécurité à l’ambassade située à Tabarre (périphérie nord-est), proche d’un foyer de gangs armés.
L’ambassade américaine n’a pas précisé si les nouveaux arrivants faisaient partie d’une équipe d’élite de sécurité antiterroriste de la marine, comme c’était prévu auparavant.
Il était, en effet, question de déploiement d’équipes de sécurité antiterroriste, connues sous le nom de « Fleet Anti-terrorism Security Team » (Fast), envoyées dans le monde entier pour un temps limité, afin de renforcer ou reprendre les actifs américains.
De Rome, le pape François a fait savoir, le dimanche 10 mars 2024, qu’il suivait avec préoccupation la grave crise haïtienne. Il a fait part de sa douleur et appelé toutes les parties à œuvrer en faveur de la paix.
La question, qui est traitée lors de la réunion du lundi 11 mars 2024, à Kingston, est celle de l’impasse politique en Haïti. Toutefois, d’autres débats seront à conduire en Haïti sur d’autres aspects de cette longue crise.
Au milieu du chaos, des réflexions sont initiées sur les mécanismes à mettre en œuvre pour aider cette société traumatisée, où le sang et les larmes coulent depuis au moins ces trois dernières années, à se réconcilier avec elle-même. [gp rc apr 11/03/2024 00:30]
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