Le gouvernement haïtien a lancé, le mardi 24 mars 2026, le projet Kat ou la, avec la mise à disposition de centaines de milliers de cartes d’identification. Présentée comme clé pour les prochaines élections, cette initiative intervient dans un contexte de fragilités persistantes du système d’état civil, selon des analyses récentes.
P-au-P, 25 mars 2026 [AlterPresse] --- Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a effectué une visite officielle au siège de l’Office national d’identification (Oni), à l’occasion du lancement du projet Kat ou la, destiné à améliorer l’accès à la carte d’identification nationale, rapporte un communiqué gouvernemental consulté par AlterPresse.
Lors de cette visite, réalisée en présence de plusieurs hauts responsables, dont le directeur général de l’Oni, Reynold Guerrier, le chef du gouvernement a insisté sur le rôle central de ce document dans le fonctionnement démocratique.
« La carte d’identification nationale est la clé de la démocratie », a-t-il déclaré, en appelant toutes les citoyennes et tous les citoyens, y compris celles et ceux de la diaspora, à s’en doter.
Dans cette perspective, il a annoncé la mise à disposition de 500,000 cartes d’identification, ainsi que l’impression de 250,000 nouvelles cartes, produites à l’aide d’outils technologiques présentés comme plus performants et durables.
Présenté comme un levier en vue des prochaines élections générales, le projet s’accompagne d’un discours mettant en avant des progrès sécuritaires, le premier ministre saluant l’action des forces de l’ordre, qu’il juge de nature à favoriser un climat propice à la tenue des scrutins.
Fils-Aimé s’est félicité de l’extension des services de l’Oni, notamment avec l’ouverture d’un bureau sur le site de la Société nationale des parcs industriels (Sonapi). Il a annoncé le lancement prochain d’un projet pilote, visant à introduire une carte d’identification nationale pour les enfants dès leur naissance.
Une identification fragilisée par les limites de l’état civil
Cette initiative intervient dans un contexte de fragilité persistante du système d’état civil en Haïti.
Selon un diagnostic publié en février 2026 par l’Organisation des citoyennes et citoyens pour une nouvelle Haïti (Ocnh), une grande partie des officières et iofficiers d’état civil en fonction ont été nommé.e.s depuis plusieurs décennies, sans renouvellement significatif. Elles et ils font face à des limitations, liées à l’âge et au manque de moyens.
L’organisation Ocnh souligne combien ces dysfonctionnements compromettent la fiabilité de l’identification des citoyennes et citoyens, ainsi que la qualité des données démographiques et des politiques publiques. Elle relève également combien de nombreuses personnes, en particulier dans les zones rurales, ne disposent pas d’actes de naissance, faute d’accès aux services d’état civil.
Dans ce contexte, des actrices et acteurs de la société civile appellent à une réforme structurelle du système, incluant la professionnalisation des officières et officiers d’état civil, la modernisation technologique des registres et une meilleure couverture territoriale.
Dans ce contexte, entre volonté affichée d’accélérer l’identification nationale et persistance de failles structurelles, plusieurs interrogations demeurent quant à la portée réelle des mesures annoncées et à leur capacité à répondre aux exigences d’un processus électoral crédible et inclusif.
Le système actuel peut-il garantir une identification à la fois universelle, fiable et inclusive ? Dans quelle mesure l’accélération de la distribution des cartes d’identification répond-elle à ces exigences ? Cette dynamique permet-elle réellement d’intégrer l’ensemble des citoyennes et citoyens, notamment les plus marginalisés ? Et sur quelles bases repose la crédibilité de l’identification, à l’approche des prochaines échéances électorales ? [apr 25/03/2026 00:30]
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