P-au-P, 18 mars 2026 [AlterPresse] --- Tôt dans la matinée du mercredi 18 mars 2026, des protestataires ont dressé des pneus usagés enflammés sur l’avenue John Brown, communément appelée Lalue ainsi qu’à Bois Verna, pour dénoncer le remplacement soudain du commissaire divisionnaire Ader Jacques à la tête de la Direction départementale de l’Ouest-1 (Ddo-1) de la Police nationale d’Haïti (Pnh), observe l’agence en ligne AlterPresse.
Ader Jacques a été remplacé par le commissaire divisionnaire de police Yvon Cantave, installé le mardi 17 mars 2026, indique la Pnh évoquant un « nouveau leadership à la tête de la Ddo1 ».
« Objectifs de ce changement : renforcer la sécurité publique, accroître la présence policière et consolider la confiance de la population », souligne la police sur ses réseaux sociaux.
« Je ne comprends pas ce changement. La population commençait à reprendre confiance grâce au travail d’Ader Jacques. C’est pour cette raison que j’ai décidé de retourner à mon domicile au poste Marchand, après plusieurs années d’absence », confie, l’air mécontent, un chauffeur de transport public à un journaliste d’AlterPresse.
Très furieux de ce départ, ce conducteur affirme être prêt à suspendre ses activités pour protester aux côtés de la population.
Un mouvement de contestation, marqué par des concerts de casseroles, avait déjà été lancé la veille, mardi après-midi 17 mars 2026, au Champ-de-Mars et devant le siège de la Ddo-1.
Des agents de la Pnh ont alors fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule de protestatires.
« Ader Jacques nous aidait à lutter contre les gangs, afin de faciliter notre retour à la maison. Je n’ai nulle part où aller. Je n’en peux plus », se plaint, larmes aux yeux, une femme dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux.
Cette protestataire a été exposée aux gaz lacrymogènes, lancés par les forces de l’ordre.
« Nous allons rompre toutes collaborations avec les autorités si Jacques Ader n’est pas rétabli dans ses fonctions », lâche une autre manifestante très en colère.
En poste depuis le vendredi 12 décembre 2025, Ader Jacquesr a été remplacé par le commissaire divisionnaire Yvon Cantave à la tête de la Ddo-1.
Ce remplacement intervient dans un contexte où les forces de l’ordre mènent des offensives persistantes, à l’aide d’armes lourdes et de drones explosifs, contre les gangs terroristes armés à Port-au-Prince, notamment au centre-ville, dans le but de reprendre des territoires toujours sous l’emprise de ces groupes criminels.
L’organisation locale Combite pour la paix et le développement (Cpd) a également exprimé de vives préoccupations concernant l’usage, par les forces de l’ordre haïtiennes, appuyées par une société militaire privée étrangère, de drones porteurs de charges explosives en zones urbaines contre les gangs armés, à travers une note de plaidoyer consultée par l’agence en ligne AlterPresse.
Les vendredi 13 et samedi 14 février 2026, 10 personnes dont quatre femmes, concubines présumées de membres de gangs, ainsi que six autres civils ont péri dans des frappes de drones au boulevard Jean-Jacques Dessalines.
Selon l’organisation, les civils tués, qui se trouvaient à proximité des lieux ciblés, n’avaient aucun lien avec des activités criminelles.
Par ailleurs, 36 membres présumés de gangs ont été tués et 45 autres blessés.
Entre le jeudi 1er et le samedi 31 janvier 2026, 43 personnes des quartiers de La Saline et du Bel Air ont été tuées dans des explosions attribuées à l’usage de drones par les forces de l’ordre, selon des données partielles recueillies auprès de structures communautaires opérant à proximité des zones affectées (Bel Air, Delmas 6 et Village de Dieu), rapporte le Cpd.
33 personnes ont également été blessées à Martissant.
Au moins 1,243 personnes ont été tuées et 738 autres blessées, dans des frappes de drones menées entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026 contre des gangs à Port-au-Prince et dans ses environs, selon l’organisation Human Rights Watch (Hrw).
Ces opérations ont été conduites par la société militaire privée américaine agréée Vectus Global, dirigée par Erik Prince, ancien fondateur de la société militaire privée Blackwater, en appui aux forces de sécurité haïtiennes.
Au moins 60 civils ont péri dans ces frappes de drones, dont 43 adultes et 17 enfants qui n’appartenaient apparemment pas à des groupes criminels. Parmi les personnes blessées, 49 n’étaient pas non plus liées à des gangs.
Les frappes de drones, visant à neutraliser les gangs armés qui sèment la terreur en Haïti, ont touché neuf communes du département de l’Ouest : Cabaret, Cité Soleil (au nord de Port-au-Prince), Delmas, Croix-des-Bouquets, Tabarre (nord-est), Kenscoff, Pétionville (est), Léogâne (sud) et Port-au-Prince. [emb rc apr 18/03/2026 10:40]
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