Face aux effets croissants du changement climatique, Haïti s’efforce de renforcer sa gouvernance environnementale en articulant politiques publiques et actions concrètes. Du cadre institutionnel aux initiatives locales, notamment dans le Sud-Est, des programmes comme Amcc+ visent à accroître la capacité d’adaptation des communautés et à promouvoir un développement plus durable.
P-au-P, 08 avril 2026 [AlterPresse] --- À l’instar de nombreux États vulnérables, Haïti subit de plein fouet les effets du changement climatique. Ces bouleversements constituent un frein majeur au développement national, dans un contexte déjà marqué par la pauvreté, l’insécurité alimentaire et une déforestation préoccupante.
Certaines régions font face à des sécheresses de plus en plus fréquentes, tandis que d’autres sont régulièrement frappées par des catastrophes naturelles d’ampleur. Le secteur agricole, pilier de l’économie, s’en trouve fragilisé, entraînant une baisse de la production locale. Dans le même temps, les spécialistes alertent sur l’élévation du niveau de la mer et les risques sanitaires liés à des pratiques environnementales inadaptées. Dans ce contexte, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques publiques structurées, cohérentes et durables s’imposent comme une nécessité. C’est dans cette optique que le Ministère de l’Environnement, à travers le programme Amcc+ (Alliance mondiale contre le changement climatique), s’engage à renforcer la résilience des communautés locales.
Une gouvernance climatique comme levier d’action
La gouvernance climatique repose sur la mobilisation et la coordination de multiples acteurs autour d’une vision commune de lutte contre le dérèglement climatique. Selon Mme Gerty Pierre, directrice des changements climatiques au Ministère de l’Environnement, cette approche implique les institutions publiques, les ministères sectoriels, les organisations non gouvernementales, les partenaires techniques et financiers, les agences des Nations Unies ainsi que diverses structures connexes. L’enjeu est de favoriser le dialogue et l’action concertée afin d’apporter des réponses adaptées aux réalités du pays.
Dans cette dynamique, le programme Amcc+ constitue un outil opérationnel central. Mis en œuvre avec l’appui de l’Union européenne, il s’articule autour de deux axes principaux : l’adaptation et l’atténuation. Coordonné à l’échelle nationale par le Ministère de l’Environnement, il cible prioritairement la deuxième section communale de Cascade Pichon, à Belle-Anse et Jacmel, dans le département du Sud-Est.
L’objectif est d’accroître la résilience climatique du pays, en combinant adaptation aux impacts et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Bien qu’Haïti soit un faible émetteur à l’échelle mondiale, la maîtrise des émissions liées aux activités économiques reste une exigence pour les autorités.
Ce programme s’inscrit dans le prolongement des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, adopté en 2015 et ratifié par le Parlement haïtien en février 2017. Il s’aligne sur les Contributions déterminées au niveau national (CDN) ainsi que sur la politique nationale de lutte contre le changement climatique, dont découle le Plan national d’adaptation, souligne l’agronome Alix Innocent, assistant technique du projet Amcc+. Cinq priorités structurent cette action : l’énergie, l’agriculture, la gestion des déchets, la santé et l’adaptation.
Entre adaptation et transformation structurelle
L’adaptation constitue un pilier central de la lutte contre le changement climatique et un axe majeur de mise en œuvre du projet.
Sur le terrain, l’initiative vise à accompagner les communautés de Belle-Anse afin de renforcer leur capacité de résilience face aux aléas climatiques. À l’échelle du bassin versant de Pichon, trois résultats sont recherchés : la restauration des écosystèmes terrestres et marins, le renforcement de l’économie locale et l’amélioration du dialogue entre acteurs publics, privés et communautaires. « L’approche se veut inclusive, fondée sur la participation active des communautés aux décisions liées au climat », souligne l’agronome Nathan Jean Pierre, coordonnateur de projet à Helvetas.
Le projet répond également à une forte demande en énergies renouvelables, dans une zone où l’économie repose largement sur la pêche, une activité étroitement dépendante des équilibres environnementaux, précise l’agronome Nelson Jean Sorel, responsable de projet à Caritas Suisse. Trente-cinq jeunes, dont cinq femmes, ont ainsi été formés à l’installation et à la maintenance d’équipements d’énergie renouvelable. Des formations en auto-entrepreneuriat ont également été organisées pour encourager la création d’activités génératrices de revenus.
Par ailleurs, l’installation d’une chambre froide au bénéfice des pêcheurs et la distribution de glacières à 250 marchandes ont permis d’améliorer la conservation des produits halieutiques, réduisant les pertes et renforçant la sécurité économique locale.
Ces interventions s’inscrivent dans le cadre du Plan national d’adaptation porté par le Ministère de l’Environnement. Elles viennent compléter d’autres initiatives menées à Belle-Anse, notamment le projet Inovee (Initiative pour l’optimisation des valeurs écologiques et économiques), mis en œuvre par Helvetas Haïti et AHAAMES.
Une urgence environnementale persistante
La vulnérabilité climatique d’Haïti demeure particulièrement élevée : plus de 93 % du territoire est exposé aux risques d’ouragans, d’inondations et de sécheresses, mettant en péril les cultures comme les habitations. Cette situation est aggravée par une déforestation accélérée, qui favorise l’érosion des sols et accentue la fragilité des écosystèmes.
Face à cette réalité, les bénéficiaires eux-mêmes insistent sur l’urgence d’agir. Certains, à l’image de Roberto Marcelin, porte-parole d’une association de pêcheurs, plaident pour une réduction de l’abattage des arbres, un meilleur encadrement de la production de charbon de bois et la promotion d’activités alternatives, comme l’apiculture. Ils appellent également au renforcement des campagnes de sensibilisation et des dispositifs de formation en gestion durable des ressources naturelles.
En définitive, la gouvernance climatique repose sur une articulation cohérente entre décisions publiques et réalités locales, au service de la préservation de la vie, du bien-être et des perspectives d’avenir des communautés. Dans ce contexte, un engagement concerté de l’ensemble des acteurs apparaît indispensable pour consolider durablement l’action climatique en Haïti. [cj gp apr 8/04/2026 09 :00]
Article rédigé dans le cadre du programme AMCC+ Haïti, conduit par le Ministère de l’Environnement avec le soutien de l’Union européenne.
Suivez-nous – Abonnez-vous
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
Depuis 2001
-
Haïti-Séisme-2 ans : Quelles leçons pour la reconstruction ? 12 janvier 2012




