Grande Anse, Haïti — L’année 2025 a été marquée par une multiplication des agressions contre des femmes et des enfants dans la Grande Anse, avec plus de 500 cas de violences sexuelles et physiques recensés. Un rapport de l’Initiative départementale contre la traite et le trafic des enfants (Idette), publié le 12 janvier 2026, met en cause la faiblesse des mécanismes de protection et de la réponse judiciaire face à ces violations des droits humains.
Par Emmanuel Marino Bruno
P-au-P., 12 janvier 2026 [AlterPresse] --- Du 1er janvier au 31 décembre 2025, 525 cas de violences, incluant des viols, des tentatives de viol et des voies de fait, touchant principalement des femmes et des filles, ont été documentés dans le département de la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest d’Haïti).
Ces données proviennent d’un rapport, publié ce lundi 12 janvier 2026 par l’Initiative départementale contre la traite et le trafic des enfants (Idette) et consulté par l’agence en ligne AlterPresse.
Le rapport, intitulé « situation des violences sexuelles et physiques à l’encontre des enfants et des femmes dans le département de la Grande Anse », fait état de 86 cas de viols sur mineur.e.s, 85 filles et un garçon, ainsi que de 16 cas de viols sur grandes personnes.
Il recense également 19 tentatives de viols sur mineures, 3 sur de grandes personnes, 185 cas de voies de fait sur mineurs et 216 sur grandes personnes, visant majoritairement des filles et des femmes.
Le document met en lumière plusieurs cas emblématiques : viols incestueux, suivis de grossesse, viols suivis de grossesse avec fuite des auteurs ou incarcération des agresseurs, tentatives de viols, suivies de meurtre, et même l’assassinat d’un mineur.
À Chambellan, un père a violé sa fille de 12 ans, entraînant une grossesse précoce.
À Roseaux, une fillette de 14 ans a été violée et rendue enceinte par son agresseur présumé, actuellement en fuite.
À Marfranc, une fillette de 13 ans a été violée et rendue enceinte par son agresseur, aujourd’hui incarcéré.
À Moron, une fillette de 14 ans, ayant résisté à une tentative de viol, a été assassinée avec ses propres tresses.
À Jérémie, le 28 août 2025, Maël Rons Azor, âgé de 10 ans, a été sauvagement tué.
L’Idette déplore l’ampleur des violences sexuelles en milieu familial, l’insuffisance des dispositifs de protection de l’enfance, les difficultés à engager des poursuites judiciaires contre les agresseurs, ainsi qu’une violation extrême du droit à la vie.
Elle alerte sur la répétition et la recrudescence préoccupante des violations des droits humains, qui affectent de manière disproportionnée les enfants et les femmes dans la Grande Anse.
Selon l’organisation Idette, ces violences sont le reflet de la fragilité des institutions publiques dans la Grande Anse, du manque de mécanismes de prévention et de l’impunité persistante dont bénéficient les auteurs.
Le rapport souligne une augmentation constante, depuis plusieurs années, des cas de violences sexuelles et physiques sur mineures, révélant un déficit de protection tant institutionnelle que communautaire.
Recommandations de l’Idette
Face à cette situation, l’Initiative départementale contre la traite et le trafic des enfants (Idette) appelle à une réponse urgente, coordonnée et fondée sur les droits humains.
La protection des communauéts vulnérables doit devenir une priorité nationale, intégrée aux politiques publiques, assortie d’un suivi rigoureux et d’une redevabilité renforcée.
Elle plaide pour une mobilisation durable, combinant prévention, éducation, renforcement institutionnel et réponse judiciaire, afin de rompre le cycle des violences et restaurer la sécurité et la dignité des enfants et des femmes à travers tout le territoire d’Haïti.
L’organisation Idette préconise de renforcer les capacités institutionnelles de la direction départementale du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf), de l’Institut du Bien-être social et de recherches (Ibesr), de la Brigade de protection des mineur.e.s (Bpm) ainsi que des organisations partenaires, en leur fournissant des ressources humaines et logistiques adéquates.
Elle préconise également le renforcement de la chaîne pénale, l’organisation régulière d’assises criminelles, le suivi judiciaire des auteurs de ces violences, le développement de programmes de prévention et de sensibilisation à travers l’éducation et les communautés, la production de données probantes via une enquête pluridisciplinaire dans la Grande Anse.
L’Idette insiste sur la nécessité d’étendre la surveillance et la prévention des violences à l’ensemble des départements géographiques en Haïti, relevant combien la Grande Anse n’est pas la seule zone confrontée à des violations graves et répétées des droits humains.
À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, le 25 novembre 2025, l’organisation Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) a informé avoir enregistré, au cours des 10 premiers mois de l’année 2025, (un nombre de) 905 femmes victimes de violences, qui ont été reçues dans ses centres Douvanjou.
55.35% des femmes ont été victimes de violences des gangs, 35.69% ont subi des violences conjugales, 7.62% par des violences civiles et 1.33% par des violences familiales, selon les chiffres qui sont loin d’être exhaustifs, avait fait remarquer la secrétaire générale de la Sofa, Berthanie Belony, relatant combien la situation serait bien plus grave. [emb rc gp apr 12/01/2026 10:55]
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