P-au-P, 12 mai 2025 [AlterPresse] --- Le Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh) déplore une absence de dispositions étatiques pour définir le leadership politique dont le pays a besoin pour affronter la violence des gangs armés en Haïti, dans un rapport transmis à l’agence en ligne AlterPresse.
Cette position du Cardh fait suite à la désignation, le 2 mai 2025, des gangs haïtiens Viv Ansanm et Gran grif comme terroristes internationaux par le Département d’État des États-Unis d’Amérique.
Dans son rapport, le Cardh évoque aussi les souffrances de la population et les efforts des citoyennes et citoyens dans les quartiers pour se protéger contre l’assaut meurtrier des gangs armés désignés terroristes.
« Les responsabilités doivent être fixées et assumées, les engagements doivent être pris et les sacrifices doivent être faits », exige l’organisme de défense des droits humains.
Déficit de leadership, coordination déficiente et risques géopolitiques accrus
Le Cardh relève un problème de leadership au niveau de la chaîne de commandement de la Police nationale d’Haïti (Pnh) ainsi que de coordination entre l’unité de drones mise en place par le gouvernement.
Un tel problème doit être résolu, sinon tout effort est voué à l’échec, prévient le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme.
Dans une note rendue publique le 4 mai 2025, le Conseil présidentiel de transition (Cpt) a applaudi la décision de l’administration du président Donald Trump de désigner les gangs d’organisations terroristes étrangères.
Cette décision a été qualifiée par le Cpt de « pas important dans la bataille contre les violences enracinées sur le territoire national ».
Cette désignation pourrait entraîner comme conséquences une possible radicalisation des actes criminels et le ralliement des gangs à de « vrais » terroristes ainsi que l’inscription possible des personnalités politiques et économiques ainsi que des dirigeants sur la liste de ceux qui financent le terrorisme, énumère le Cardh.
L’économie haïtienne déjà sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) risque également d’être éventuellement isolée.
Usage stratégique des drones et faiblesse de la Mission multinationale
L’utilisation de drones depuis quelques mois par les forces de sécurité haïtiennes marque une étape décisive dans la lutte contre les gangs.
Une série d’opérations utilisant des drones armés d’explosifs ont visé des bastions de gangs dans des zones telles que Delmas 6, Bel-Air, Gran Ravin et Village de Dieu.
Selon les autorités, ces opérations ont permis de neutraliser plusieurs membres de gangs et de saisir des armes lourdes.
Une bonne utilisation des drones pourrait permettre de localiser les gangs, surveiller leurs déplacements et orienter des opérations grâce aux drones de surveillance, souligne le Cardh.
Elle aiderait aussi à réduire leurs capacités physiques et infrastructurelles par des frappes ciblées à l’aide de drones kamikazes ou à charges.
Toutefois, de telles actions devront être suivies d’interventions policières dans les périmètres, empêcher la fuite des gangs et reprendre le contrôle des zones ciblées, suggère le Cardh, profitant pour critiquer l’inefficacité de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) sur le terrain.
Cette force multinationale compte à peu près 1,000 policiers sur 2,500 prévus.
[Créée le 2 octobre 2023 par une résolution du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), la Mmas a pour mandat d’aider la Pnh à « protéger les infrastructures critiques et des lieux de transit comme l’aéroport, les ports, les écoles, les hôpitaux et les principaux points d’intersection ».
Pour ce faire, elle devrait lui fournir notamment « un appui opérationnel », en renforçant « ses capacités par la planification et la conduite d’opérations communes d’appui à la sécurité » pour « lutter contre les bandes et améliorer les conditions de sécurité dans le pays ».
Du 1er janvier au 31 mars 2025, (un nombre de) 1,617 personnes ont été tuées et 580 autres blessées, en raison des violences en Haïti, a indiqué le Bureau intégré des Nations unies (Binuh) dans un rapport sur la situation des droits humains dans le pays.
Les personnes tuées et blessées ont été victimes dans les violences impliquant des gangs, des groupes d’autodéfense ou des membres de la population, ainsi que lors d’opérations menées par les forces de sécurité, selon les précisions du Binuh. [emb gp apr 12/05/2025 18:00]
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