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Haïti – Gangs : « Pas de véritable combat, un vaste complot », dénonce Josué Mérilien

Par Gotson Pierre

P-au-P, 17 juin 2025 [AlterPresse] — Alors que la violence armée continue de faire des ravages en Haïti, le Conseil présidentiel de transition (CPT) donne l’image d’un pouvoir paralysé, rongé par des luttes intestines. Pour le syndicaliste et enseignant Josué Mérilien, il ne fait aucun doute : « il n’y a pas de véritable combat contre les gangs ». Dans une entrevue accordée à l’émission TiChezBa sur AlterRadio, il va plus loin et parle d’« un vaste complot ».

Coordonnateur général de l’Union nationale des normaliens haïtiens (UNNOH) et secrétaire général de la Centrale unitaire des travailleurs, travailleuses des secteurs public et privé d’Haïti (CUTRASEPH), Josué Mérilien se montre sans détour : « S’il n’y a pas de cohésion au sein du Conseil présidentiel de transition, comment peut-on espérer qu’il produise des résultats ? »

Un CPT bloqué par des conflits d’intérêts

Le Conseil présidentiel de transition, mis en place en avril 2024 pour diriger Haïti vers des élections libres et inclusives en février 2026, regroupe neuf membres — dont sept votants — représentant divers secteurs politiques et sociaux. Or, loin de produire un consensus, cette diversité semble alimenter une guerre de position.

Des révélations du Nouvelliste ont récemment confirmé l’existence d’un blocage interne, sur la base d’une correspondance du conseiller Frinel Joseph. Le membre non votant y décrit une instance paralysée par des luttes internes entre les sept membres votants, centrées sur la répartition des postes administratifs et diplomatiques.

Des divisions que les interventions publiques de Fritz Jean et Smith Augustin ont également exposées. L’absence de Conseil des ministres depuis plus de trois mois en est une conséquence directe, traduisant une crise de gouvernance au sommet de l’État.



Un appel à la mobilisation citoyenne face à l’inaction

Face à cette paralysie, Josué Mérilien interpelle : « Y a-t-il, en leur sein, une compréhension minimale des problèmes du pays et de la responsabilité d’y apporter des réponses ? Ou bien s’agit-il uniquement de s’enrichir, eux et leurs proches ? »

Il poursuit : « Il faut une conscience patriotique, une volonté réelle d’assumer le devoir de répondre aux urgences du pays ». À défaut d’un sursaut du pouvoir, « le peuple a le devoir de se lever, de s’organiser, d’exiger des réponses », dit-il, en soulignant que « le CPT et le gouvernement doivent résoudre le problème de l’insécurité ou se retirer ».

Le pays s’enfonce, les résultats se font attendre

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) rapporte 1,617 personnes tuées et 580 blessées par violence armée entre janvier et mars 2025. Plus de 1,3 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays. Dans la capitale, plus de 8,400 personnes font face à une insécurité alimentaire de niveau “catastrophe”, selon les données de la FAO et du PAM. Au total, 5,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, sont concernées par l’insécurité alimentaire aiguë.

Dans ce contexte, Josué Mérilien rejette l’option des mercenaires étrangers, privilégiée par le CPT, comme réponse pérenne à la crise sécuritaire. « Cela peut peut-être calmer momentanément la situation, mais ce n’est en rien une solution durable », affirme-t-il. « Des familles entières, jadis en sécurité chez elles, dorment aujourd’hui sous des vérandas. Mercenaires ou pas, ceux qui ont perdu des proches enlevés ou assassinés veulent des résultats. Pas des discours. Pas des promesses. »

« Comment expliquer que les armes continuent d’entrer, que les chefs de gang restent en place, qu’on n’utilise pas les moyens technologiques pour les neutraliser ? » demande-t-il encore. À ses yeux, « il n’y a pas de véritable combat contre les gangs. Même si des efforts sont faits, ils sont insuffisants. Il aurait fallu initier des actions concrètes, coordonnées, avec une volonté politique claire. On aurait déjà pu entrevoir les premiers résultats. »

Vers une remise en cause du leadership intérimaire

Face à cette impasse, la pression internationale se précise. La Communauté des Caraïbes (CARICOM) et l’Organisation des États Américains (OEA) envisageraient une nouvelle stratégie de gouvernance intérimaire, portée par des personnalités jugées plus crédibles et capables de sortir le pays de la crise.

Une rencontre avec les parties prenantes haïtiennes serait en préparation, sans date officielle pour l’instant. La CARICOM prévoirait de présenter sa proposition à l’Assemblée générale de l’OEA, prévue du 25 au 27 juin à Antigua, ce qui pourrait constituer un tournant pour l’avenir du CPT et de la transition politique haïtienne.

À défaut d’un sursaut interne, la recomposition du leadership par des acteurs internationaux comme la CARICOM et l’OEA pourrait marquer la fin de l’expérience du CPT. Mais si cette transition par le haut n’est pas accompagnée d’une volonté politique réelle et d’un engagement ferme contre l’impunité, les citoyens risquent encore de ne voir que des promesses sans résultats. [gp apr 17/06/2025 17 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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