La communauté haïtienne de Springfield, dans l’Ohio, est sous le choc après la mort tragique du jeune Damas, 20 ans. Sa vie avait basculé depuis l’imposition d’un bracelet électronique par la police de l’immigration américaine (Ice), une mesure qui, selon son père, lui faisait perdre ses repères. Profondément affecté par sa mort, Pierre Ronald Bel prépare aujourd’hui son retour en Haïti avec toute sa famille.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 02 sept. 2026 [AlterPresse] ---Pierre Ronald Bel, ressortissant haïtien établi aux États-Unis, a décidé de rentrer en Haïti avec toute sa famille, après la mort tragique de son fils Pierre Damas Bel, 20 ans. Placé sous surveillance électronique par la police de l’immigration américaine, le jeune homme vivait difficilement cette mesure, qu’il ressentait comme une profonde humiliation, selon son père.
Un père indigné par le traitement réservé à son fils
Indigné par le traitement infligé à son fils par l’immigration américaine et profondément affecté par sa mort, Pierre Ronald Bel affirme avoir déjà mis en vente ses biens les plus précieux en vue de son retour en Haïti.
Il appelle la Haitian Community Help and Support Center et d’autres organisations de défense des migrantes et migrants à l’aider dans ce processus de déménagement.
Damas avait été contraint de porter un bracelet électronique, placé par la police de l’immigration américaine (Ice). Une situation que le jeune homme avait du mal à accepter, se sentant humilié, explique son père à LSV Media.
Un bracelet électronique comme un couperet
Damas était moqué par ses camarades d’école. Il vivait un véritable traumatisme, au point de décider d’abandonner l’école, raconte Pierre Ronald Bel, qui envisageait de transférer son fils aîné au Canada afin qu’il puisse poursuivre ses études.
« La vie de Damas a basculé depuis le port de ce bracelet électronique », soutient son père.
L’imposition de ce dispositif aurait également freiné son épanouissement professionnel et personnel.
Le jeune homme s’est notamment vu refuser l’accès à un programme certifié par le département de la défense des États-Unis. Il a aussi été exclu d’un programme de football et d’autres activités, détaille Pierre Ronald Bel.
En outre, l’inconfort était total pour lui avec ce bracelet électronique, alors qu’il était constamment mis sous pression par des agents de l’immigration.
Cette situation a profondément attristé Damas, constate son père, Pierre Ronald Bel, père de trois enfants.
Qui était Pierre Damas Bel ?
Pierre Damas Bel, 20 ans, aîné d’une fratrie de trois enfants, est arrivé aux États-Unis en 2024. Il a obtenu son diplôme du lycée de Springfield en 2026. Il jouait dans l’équipe de football de son établissement, rapporte Haitian Times.
Le journal présente Damas comme un élève intelligent, qui venait d’intégrer l’Université Wright State et souhaitait faire des études de médecine.
Damas est mort dans la matinée du lundi 31 août 2026, après avoir été percuté par un semi-remorque sur l’Interstate 70, à Springfield.
Il s’était garé sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute, dans une Toyota Avalon de 2006, avant de sortir de son véhicule et de s’engager sur les voies en direction ouest, où il a été percuté par une semi-remorque citerne. Son décès a été constaté sur place, décrit Ctninfo, citant le Springfield News-Sun.
Pour l’instant, les raisons pour lesquelles Damas s’est engagé sur l’autoroute restent inconnues. Les autorités n’ont pas publiquement qualifié sa mort d’intentionnelle.
Au sein de la communauté haïtienne de Springfield, la thèse du suicide a toutefois été évoquée.
Une enquête a été ouverte, selon le Springfield News-Sun.
Des méthodes qui suscitent indignation et peur
Le cas de Pierre Damas Bel intervient alors que le recours aux bracelets électroniques, imposés à des migrantes et migrants haïtien.ne.s, suscite de vives réactions aux États-Unis.
Le dimanche 9 août 2026, l’immigrant haïtien Monsanto Maler s’était effondré en larmes, après avoir été obligé de porter un bracelet électronique, lors d’un enregistrement dans un bureau de l’Ice, à Blue Ash, dans l’Ohio.
Des défenseuses et défenseurs des droits humains, relayé.e.s par CNN, avaient dénoncé, début août, la décision d’imposer le port de bracelets électroniques à des migrantes et migrants menacés d’expulsion.
« Ce sont des dispositifs qu’il faut imposer aux criminels », avait déclaré Vilès Dorsainvil, cofondateur et directeur exécutif du Centre d’aide et de soutien communautaire haïtien.
Des ressortissantes et ressortissants haïtiens à Springfield ont également souligné que ces nouveaux dispositifs évoquent l’histoire douloureuse des chaînes portées pendant l’esclavage.
Les méthodes de l’Ice continuent donc de susciter indignation et peur.
Plus de 350,000 Haïtiennes et Haïtiens, dont le Statut de protection temporaire (Tps) a pris fin aux États-Unis, sont désormais confrontés à la peur de l’expulsion, aux arrestations musclées et à des traitements jugés inhumains, menaçant leur intégrité physique et morale. [cj gp 02/09/2026 21:00]
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