P-au-P, 13 mars 2026 [AlterPresse] --- L’appui financier public, accordé à l’Université privée Quisqueya dans le cadre d’un contrat lié à la sécurité, relève du « copinage » et soulève des questions de transparence, critique la directrice exécutive de l’organisme de droits humains Fondasyon je Klere (Fjkl), Marie Yolène Gilles, lors d’une intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, suivie par AlterPresse.
La Fjkl appelle l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc) à examiner plusieurs contrats, jugés défavorables à l’État haïtien.
Il est difficile de comprendre pourquoi des montants importants seraient attribués à une université privée, alors que l’Université d’État d’Haïti (Ueh) fait face à de graves difficultés structurelles.
La Fjkl évoque le manque d’infrastructures dans plusieurs facultés et autres écoles supérieures dÉtat, l’absence de locaux pour beaucoup, comme la Faculté de droit et des sciences économiques (Fdse) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh), ainsi que l’incertitude entourant les espaces de la Faculté de médecine et de pharmacie (Fmp) de l’Ueh, entre autres entités universitaires publiques.
La Fjkl s’interroge sur le lien entre la sécurité nationale et un contrat impliquant l’Université privée Quisqueya.
Elle fustige une note d’information, présentant l’établissement privé comme une institution à but non lucratif, alors que les frais d’inscription élevés limitent l’accès à une grande partie d’étudientes et d’étudiants.
L’Université privée Quisqueya tente de se justifier
Dans une note publique, en date du 8 mars 2026, l’Université privée Quisqueya déclare être « une institution d’enseignement supérieur à but non lucratif, reconnue d’utilité publique ».
Le financement reçu, de 150 millions de gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gourdes ; 1 euro = 151.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 96.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui) de l’État d’Haïti, relève d’un dispositif légal, prévu dans le décret du 11 mars 2020 sur l’enseignement supérieur, dit elle, affirmant ne générer, ni distribuer de profits.
Dans un contexte de crise économique sévère, l’Université privée Quisqueya explique avoir entrepris, depuis l’année 2022, des démarches actives pour obtenir des appuis financiers.
Elle évoque la dépréciation de la gourde, la baisse des inscriptions étudiantes et les attaques armées dans les quartiers de Turgeau et Pacot, qui ont entraîné une chute drastique de ses ressources.
Le financement public, accordé à l’Université privée Quisqueya, s’inscrit dans le cadre d’un contrat de sécurité avec Windward Wyoming LLL, une société immatriculée aux Émirats Arabes Unis, selon les informations disponibles.
L’organisme de droits humains Fjkl déplore le caractère confidentiel de ce contrat, dont elle n’a pu obtenir qu’un draft, malgré des preuves de décaissements effectués par le Ministère de l’économie et des finances (Mef).
L’État haïtien se serait engagé pour 52 millions de dollars américains sur une année, visant à rétablir la sécurité dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.
Entre avril et novembre 2025, la firme aurait reçu sept versements en gourdes et en dollars.
Trois versements de 50 millions de gourdes chacun ont été attribués directement à l’Université privée Quisqueya.
Trois contrats signés par le gouvernement sans transparence
Ces 3 contrats concernent la construction et l’exploitation de trois établissements pénitentiaires modernes, le rétablissement de la sécurité dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, ainsi que la modernisation des services douaniers et d’immigration.
La Fondasyon je Klere dénonce la signature de contrats, engageant l’État pour plusieurs décennies, sans mécanismes suffisants de transparence.
« Tout pouvoir de facto est limité dans le temps ».
Ce qui rend préoccupant de tels engagements, alerte l’organisme de droits humains.
Plusieurs accords ont été signés sans appel d’offres, donnant l’impression que l’État délègue à des entreprises étrangères des secteurs stratégiques, souligne la Fjkl.
Parmi les exemples cités, figure le contrat signé le 15 décembre 2025 avec la société Metric Correctional Facility S.A.
L’accord du 15 décembre 2025 prévoit la conception, la construction et l’exploitation de trois prisons modernes à Source Matelas (Cabaret, au nord de Port-au-Prince), Morne Casse (Fort Liberté, Nord-Est d’Haït) et Pasquette (Jacmel, Sud-Est), pour une durée de 50 ans.
Il a été signé par le titulaire du Ministère de la justice et de la sécurié publique (Mjsp), Patrick Pélissier, et celui du Ministère de l’économie et des finances (Mef), Alfred Fils Métellus, puis approuvé par le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Le coût de construction des trois prisons est estimé à 85,4 millions de dollars américains hors taxes.
Cependant, l’État s’engage à verser plus de 6 milliards de dollars pour la location et l’exploitation de ces infrastructures pènitentiaires, en plus d’un paiement d’environ 22.00 dollars par jour pour chaque détenu.e.
Ces dispositions témoignent, selon la Fjkl, d’une négociation défavorable aux intérêts de l’État.
Appel à l’Ulcc et à la justice
La Fondasyon je Klere demande à l’Ulcc et au système judiciaire d’examiner ces contrats, afin de vérifier leur conformité aux intérêts de la république d’Haïti.
« On ne peut pas liquider un pays à ce niveau à travers ces types d’accords », insiste la Fjkl.
Elle appelle à un contrôle rigoureux de la gestion des ressources publiques. [mff emb rc apr 13/03/2026 12:50]
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