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Haïti/Élections : Un processus sous haute surveillance politique et sociale

Le processus électoral avance en Haïti, en dépit d’un climat sécuritaire délétère et d’une influence internationale remarquée. Des actrices et acteurs consulté.e.s par AlterPresse sont partagé.e.s entre volonté et préoccupations.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 23 mars 2026 [AlterPresse] ---À l’approche des prochaines étapes du processus électoral – dépôt des candidatures et inscription des électrices et électeurs – le Conseil électoral provisoire (Cep) fait face à une exigence majeure : le rétablissement de la sécurité, observe AlterPresse.

Des représentantes et représentants de partis politiques et de la société civile, interrogé.e.s par AlterPresse et AlterRadio, conditionnent la tenue d’élections crédibles à un environnement sécurisé et à un soutien accru aux communautés les plus vulnérables, dans un contexte de crise humanitaire aiguë.

Membre du comité directoire du Collectif des (actrices et) acteurs haïtiens pour le développement et l’organisation alternative (Cahdoa), Raphaël André adopte une approche pragmatique. Bien que son organisation se soit dûment enregistrée, en vue de participer aux prochaines échéances électorales, conformément au calendrier établi par le Cep, il insiste sur la responsabilité de l’État dans la création de conditions favorables à la tenue du scrutin, afin de mettre un terme à la succession des régimes de transition.

Le dirigeant politique dit espérer que le gouvernement respectera ses engagements en matière de sécurité et d’organisation des élections, conformément aux objectifs du Pacte national, dont le Cahdoa est signataire.

Il rappelle que les élections constituent un pilier essentiel de toute démocratie et plaide pour le rétablissement de la souveraineté nationale à travers un processus permettant à la population de choisir librement et dignement ses représentantes et représentants.

Raphaël André défend également la mise en place de mécanismes, visant à intégrer les personnes déplacées dans le processus électoral. Ce qui suppose, en premier lieu, leur retour dans leurs quartiers d’origine.

Plus de 1,6 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs domiciles en raison des violences des gangs, tandis que près de la moitié de la population haïtienne se trouve en situation d’insécurité alimentaire.

De son côté, le parti politique Organisation du peuple en lutte (Opl) dit prendre acte de la volonté gouvernementale d’organiser les élections. Favorable à la tenue du scrutin pour sortir le pays du cycle de transition, il exprime toutefois de sérieuses préoccupations quant à ses modalités d’organisation, comme l’a souligné José Joseph lors de son intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio.

Selon le parti politique Opl, le retour des personnes déplacées dans leurs domiciles constitue une condition essentielle. Ce qui implique un accompagnement indispensable de l’État.

José Joseph, coordonnateur à la communication du parti politique Opl, exige également la réouverture des routes nationales, afin de garantir la libre circulation des citoyennes et citoyens, ainsi que celle de l’aéroport international Toussaint Louverture à Port-au-Prince pour faciliter le retour de la diaspora.

Il exhorte, par ailleurs, le Conseil électoral provisoire à envoyer des signaux clairs quant à la crédibilité et à l’impartialité des prochaines élections. Il précise, néanmoins, que la coordination du parti politique Opl n’a pas validé la signature du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, en dépit des déclarations de certains membres affirmant y avoir souscrit.

Signataire du pacte, le Réseau pluriel de femmes politiques (Pluri-Femmes) s’est associé à d’autres organisations pour former un comité d’initiative, chargé de sa mise en œuvre, avec un accent particulier sur les actions visant à rétablir la sécurité et à conduire à la tenue d’élections, a expliqué Marie Denise Claude lors de son intervention au forum FwoteLide.

Quelles élections et dans quelles conditions ?

Des interrogations persistantes entourent le processus électoral en cours.

Jean Robert Argant, coordonnateur du Collectif du 4 décembre 2013, ainsi que Darbensky Gilbert, directeur exécutif de l’Ordre des défenseurs des droits humains (Ordeh), expriment leurs réserves quant à l’indépendance du cadre électoral, soulevant plusieurs préoccupations.

Selon le Collectif du 4 décembre 2013, une forme de sélection semble se profiler, notamment en raison de l’influence marquée de la communauté internationale et de l’incapacité des autorités nationales à assumer pleinement l’organisation du scrutin.

Il met également en doute la réelle volonté des actrices et acteurs politiques d’aller aux élections. Il appelle les Haïtiennes et Haïtiens à résoudre elles-mêmes et eux-mêmes leurs différends, sans ingérence extérieure.

Dans la même veine, le Collectif du 4 décembre 2013 dénonce le ciblage des journalistes par des groupes armés, fustigeant une insécurité qu’il juge tolérée, tout en déplorant les pertes enregistrées au sein des forces de police dans leur lutte contre ces groupes.

« Personne n’est à l’abri », a-t-il averti, appelant les autorités à rétablir l’ordre public.

Pour sa part, l’Ordre des défenseurs des droits humains estime que les indicateurs de sécurité dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, sont alarmants. Il souligne la situation particulièrement critique des journalistes en Haïti, évoquant notamment le cas de Rudy Éveillard, victime de brutalité policière il y a trois mois.

Darbensky Gilbert critique également le directeur général ad intérim de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Vladimir Paraison, remettant en cause ses déclarations sur la sécurité au centre-ville de Port-au-Prince.

L’Ordre des défenseurs des droits humains attribue à la Pnh une part de responsabilité dans la disparition, depuis le vendredi 13 mars 2026, des journalistes Junior Célestin et Osnel Espérance.

Il dénonce, en outre, l’attaque, à l’aube du jeudi 12 mars 2026, visant la résidence du journaliste Jean Marvel Dandin, qu’il associe à ses prises de position, y voyant une atteinte grave à la liberté d’expression.

Tout en dénonçant l’influence politique au sein de la Police nationale d’Haïti, l’Ordre des défenseurs des droits humains déplore l’inaction des autorités pour améliorer les conditions de travail des journalistes et protéger les citoyennes et citoyens.

À ce titre, il critique la révocation du commissaire de police Ader Jacques à la Direction départementale de l’Ouest 1 (Ddo1) qu’il attribue à des pressions politiques visant à contrôler certains aspects du processus électoral.

Le président du Conseil électoral provisoire, qui est également intervenu à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, fait de la sécurité un préalable à l’organisation des élections, dont une première phase est prévue en août 2026, selon le calendrier établi.

Au total, 320 partis politiques ont été enregistrés auprès du Cep en vue des prochaines compétitions électorales. L’analyse des dossiers est en phase terminale. La publication de la liste des partis politiques agréés est prévue pour le jeudi 26 mars 2026.

Le processus électoral se trouve actuellement dans sa phase préélectorale, qui comprend notamment l’adoption de la loi électorale ainsi que l’enregistrement des partis politiques et des candidatures.

Le Cep procède, par ailleur,s au recrutement de personnel vacataire (grandes formatrices et grands formateurs, agentes et agents du registre électoral) et à la formation des agentes électorales et agents électoraux, en attendant les prochaines étapes du processus. [cj apr 24/03/2026 07:50]

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