P-au-P., 21 août 2026 [AlterPresse] --- À moins de quatre mois des élections prévues le 13 décembre 2026, les organisations politiques Rasanbleman sosyalis pou yon inisyativ nasyonal tou nèf (Rasin kan pèp la), Alternative socialiste (Aso) et Efò ak solidarite pou konstwi yon altènativ nasyonal popilè (Eskanp) critiquent la précipitation dans la préparation des scrutins prévus le 13 décembre 2026.
Elles estiment que les conditions sécuritaires nécessaires à la tenue d’un scrutin crédible ne sont toujours pas réunies.
Dans une lettre ouverte datée du 19 août, adressée au Conseil électoral provisoire (Cep) et transmise à AlterPresse, elles dénoncent l’invitation faite aux responsables des partis politiques agréés pour participer, le 19 août, à une rencontre sur l’attribution des numéros de campagne, convoquée moins de vingt-quatre heures auparavant.
Elles voient dans cette démarche un nouvel exemple de « précipitation systématique », reproche qu’elles adressent à l’institution électorale depuis la publication du décret controversé du 2 juin.
Elles critiquent la rapidité avec laquelle le Cep avance dans certaines étapes du calendrier qui contraste, selon elles, avec la persistance des problèmes sécuritaires qui affectent plusieurs régions du pays.
Elles rappellent que le Cep avait lui-même reconnu, dans un communiqué publié le 27 juillet 2026, que la reconquête des territoires contrôlés par les gangs armés constituait un préalable au respect du calendrier électoral.
Or, selon ces organisations, la situation sur le terrain demeure préoccupante.
Plusieurs territoires restent sous l’emprise de groupes armés notamment dans des zones à forte densité électorale, tandis que de nouveaux espaces continuent de tomber sous leur contrôle, constatent-elles.
Rasin kan pèp la, Aso et Eskanp préviennent que la poursuite des préparatifs électoraux sans amélioration substantielle de la situation sécuritaire risque d’affaiblir davantage la confiance de la population dans le processus.
Les organisations affirment toutefois ne pas être opposées à la tenue d’élections.
Elles soutiennent plutôt que le retour à l’ordre constitutionnel doit passer par un scrutin bénéficiant de garanties suffisantes en matière d’intégrité, de transparence, d’impartialité et de sécurité.
Les trois organisations politiques expriment également leurs inquiétudes face à ce qu’elles présentent comme une volonté du Cep et du gouvernement de facto d’introduire, dans le processus électoral, l’idée d’une consultation populaire portant sur une éventuelle modification de la Constitution.
Une telle perspective risque d’accentuer la méfiance de la population et de fragiliser davantage le processus de retour à l’ordre constitutionnel, dans un contexte déjà marqué par l’insécurité et les divisions politiques, mettent-elles en garde.
Elles soutiennent que la priorité devrait donc être de créer les conditions sécuritaires et institutionnelles permettant à la population de participer librement au processus électoral.
Comment organiser des élections crédibles dans des territoires où l’État peine encore à garantir la sécurité des citoyens et l’accès libre aux espaces électoraux ?, se demandent Rasin kan pèp la, Aso et Eskanp.
Elles appellent le Cep à revoir son approche et à privilégier la consolidation des conditions de sécurité et de confiance avant d’accélérer davantage le calendrier électoral.
La tenue d’élections dans le contexte actuel, un acte irresponsable, selon Aso
Dans une note publiée au début du mois d’août, l’Aso estimait déjà qu’organiser des élections dans les conditions actuelles de sécurité « n’a rien à voir avec la démocratie ».
Elle avait dénoncé « un acte irresponsable, inconscient et un mépris direct » envers la population haïtienne, tout en précisant qu’elle n’est pas opposée au principe des élections.
L’organisation rejette toutes consultations tenues dans des conditions qui empêchent « la participation libre, sûre et sans intimidation du peuple ».
Le Cep ouvre les inscriptions pour les candidats et attribue les numéros de campagne
Le Conseil électoral provisoire (Cep) a annoncé l’ouverture, le jeudi 20 août 2026, de la période d’inscription des candidates et candidats aux prochaines élections.
L’institution a également publié la liste des 105 structures politiques retenues, ainsi que les numéros de campagne qui leur ont été attribués, suite à un tirage au sort le mercredi 19 août.
« Ce rendez-vous électoral représente un moment décisif pour le peuple haïtien, qui aspire au renouvellement de la gouvernance du pays après plus d’une décennie de crises », a déclaré le président du Cep, Jacques Desrosiers.
L’institution électorale a tenu, le jeudi 20 août 2026, à Pétionville (est de Port-au-Prince), une première journée d’échanges avec un premier groupe de représentants des structures politiques agréées, consacrée à la présentation de la plateforme d’inscription des candidats et à l’état d’avancement du processus électoral.
Le Cep réaffirme son engagement à conduire le processus électoral de manière inclusive et impartiale, dans le respect des principes d’indépendance, de transparence, d’intégrité et de responsabilité démocratique.
L’Oea réclame des « progrès visibles »
À l’issue de sa visite en Haïti à la tête d’une délégation interaméricaine et internationale de haut niveau, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (Oea), Albert Ramdin, a appelé le mercredi 19 août, à des « progrès visibles » et mesurables dans les efforts visant à renforcer la sécurité et à protéger la population haïtienne.
Il a exhorté la communauté internationale à accélérer les efforts en faveur du rétablissement de la sécurité et de l’organisation des élections.
Les membres de la mission ont exprimé leur soutien au renouvellement du mandat de la Force de répression des gangs (Frg) auprès des Nations unies.
Toutefois, le secrétaire général de l’Oea dit reconnaitre que ce renouvellement ne suffira pas à lui seul à résoudre la crise sécuritaire.
Parmi les objectifs immédiats identifiés figurent la réduction du contrôle territorial exercé par les gangs armés, la sécurisation du principal axe routier menant à l’aéroport international, la garantie d’un accès durable à l’aéroport et au port, ainsi que le rétablissement d’un accès sécurisé vers le sud du pays. [mff emb apr 21/08/2026 10:35]
Photo : CEP
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