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Haïti-Élections : Le calendrier du Cep face aux doutes sur sa faisabilité

Alors que le Conseil électoral provisoire (Cep) a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de la présidentielle, des législatives et de la ratification constitutionnelle, plusieurs acteurs politiques et de la société civile s’interrogent sur la faisabilité du calendrier, dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et de fortes contraintes institutionnelles.

Par Gotson Pierre

🎥 En vidéo (1 min) : le calendrier électoral 2026-2027 et les interrogations sur sa faisabilité

P-au-P., 5 août 2026 [AlterPresse] — La publication du calendrier électoral 2026-2027 par le Conseil électoral provisoire (Cep) relance le débat sur la faisabilité des prochains scrutins en Haïti, observe AlterPresse.

Dernière réaction en date, celle du parti Les Engagés pour le Développement (Ede), qui appelle le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à organiser un dialogue politique national sur la sécurité et le processus électoral.

Dans une correspondance datée du 2 août 2026, Ede estime que le premier tour de l’élection présidentielle et des législatives, fixé au 13 décembre 2026 par le Cep, apparaît « difficilement réalisable » dans les conditions actuelles.

Le calendrier prévoit également, à cette même date, la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Mais plusieurs protagonistes politiques et de la société civile questionnent la capacité des institutions à respecter cette échéance, en raison notamment des contraintes sécuritaires, logistiques et institutionnelles.

Les doutes gagnent du terrain

Ede affirme soutenir le retour à des institutions issues du suffrage universel après près d’une décennie sans élections. Le parti précise toutefois que ses réserves ne portent pas sur le principe du scrutin, mais sur les garanties nécessaires à des élections « libres, honnêtes, inclusives, transparentes, sécurisées et crédibles ».

Il propose ainsi une concertation réunissant le gouvernement, le Cep, les forces politiques, les organisations de la société civile et les autres acteurs concernés afin de parvenir à un calendrier « réaliste, crédible et réalisable ».

Cette position rejoint les préoccupations exprimées par d’autres acteurs depuis le lancement du processus électoral.

L’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana estime que les conditions sécuritaires et politiques ne permettent pas encore la tenue d’élections libres et crédibles. Elle redoute une légitimité électorale fragile dans un contexte marqué par l’influence de groupes armés.

Défenseurs Plus estime également que les conditions ne sont pas réunies pour garantir une participation citoyenne effective au processus électoral.

Ces réserves interviennent alors que le Cep poursuit les opérations préparatoires du processus électoral. L’inscription des électrices et électeurs, lancée le 20 juillet 2026, a débuté dans neuf départements géographiques avant une ouverture progressive dans l’Ouest, malgré les contraintes sécuritaires persistantes dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.

Le soutien prudent de l’international

Les partenaires internationaux encouragent la poursuite du processus électoral, tout en considérant la sécurité comme une condition déterminante de sa réussite.

Devant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (Onu), le 20 juillet 2026, le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), Carlos Gabriel Ruiz-Massieu Aguirre, a appelé à l’adoption d’un calendrier électoral « crédible et réaliste ».

Il a également insisté sur la nécessité d’un déploiement complet de la Force de répression des gangs (Frg), afin de créer un environnement favorable à la tenue des scrutins et au rétablissement de la gouvernance démocratique.

Washington soutient également le processus, misant à court terme sur la montée en puissance de la Frg et, progressivement, sur le renforcement des capacités nationales. Henry Wooster a notamment cité le programme « P4000 » de formation de policiers et la reprise de la coopération avec les Forces armées d’Haïti.

L’épreuve du terrain

Le Cep reconnaît lui-même que le respect des échéances électorales demeure lié à plusieurs conditions.

Dans sa note officielle de publication du calendrier, le 27 juillet 2026, l’institution souligne que le processus dépend de « l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable » et des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations.

Les données humanitaires illustrent l’ampleur des défis. Entre mars et juin 2026, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) a recensé 185 incidents sécuritaires et humanitaires, contre 91 lors de la période précédente.

L’Organisation internationale pour les migrations (Oim) évaluait, en mai 2026, à 1,47 million le nombre de personnes déplacées internes en Haïti.

Malgré ces contraintes, les autorités de transition maintiennent l’objectif d’un retour à un ordre institutionnel issu des urnes. Le débat porte désormais moins sur la nécessité d’organiser des élections que sur les conditions permettant d’en garantir la crédibilité et l’acceptation. [apr 05/08/2026 00:30]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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