Prise de position d’organisations et de personnalités sur la situation post-electorale
Document soumis à AlterPresse le 15 février 2006
Pour nous, signataires de l’appel du 21 janvier 2006, en invitant nos compatriotes dès le lendemain des élections à se joindre au mouvement de construction d’une force sociale solidaire, il était évident que l’organisation de ces élections n’allait rien changer dans la vie quotidienne des citoyen(ne)s. De plus, le 8 février nous aurions pu nous retrouver soit dans une situation chaotique, soit au seuil d’une nouvelle étape historique mettant fin à cette longue transition. Les événements auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui confortent notre analyse de la conjoncture post-électorale.
Le Conseil Electoral Provisoire s’embourbe de plus en plus dans la gestion du processus électoral et entretient au niveau de la grande majorité de la population la suspicion de magouilles électorales. Cette situation de tension risque de faire basculer le pays dans l’anarchie la plus totale, servant de prétexte au renforcement de la domination étrangère.
Nous saluons la perspicacité et la détermination du peuple haïtien qui, en dépit de cette situation fragile, a su une nouvelle fois, le 7 février 2006, dans sa tradition séculaire de lutte pour la liberté et l’indépendance, déjouer les pièges d’un protectorat programmé - tè « Ayiti se Manman Libète ». Malgré l’incompétence affichée par le Conseil Electoral Provisoire, le Gouvernement et la MINUSTAH le jour du vote afin de faire dérailler le processus et reléguer aux oubliettes les revendications bi séculaires de la grande majorité de la population, le Peuple Haïtien, s’armant de courage, de patience, de détermination pour ne pas céder à la panique et à la provocation, a su dans un coude à coude fraternel, réussir la prouesse d’écarter le spectre du protectorat annoncé.
Nous demandons donc à tous les secteurs de la société haïtienne et à la communauté internationale de respecter intégralement le vote du peuple tel qu’il l’a exprimé le 7 février 2006. « Pa fè vòt pèp la depale, ni sèvi ak li kòm chantaj. » Aussi, réclamons-nous du Conseil Electoral Provisoire la publication immédiate des résultats effectifs des votes sur l’ensemble du territoire national.
De plus, voter aux élections pour un candidat est une chose, concrétiser les revendications exprimées dans ce vote en est une autre. L’histoire récente d’un vote massif pour un candidat au timon des affaires de l’Etat en Haïti a bien démontré que les revendications populaires n’ont pas servi de fer de lance de politiques publiques, vu que l’absence d’organisation solide et dynamique de la société civile n’a pu faire appliquer ces politiques.
Nous, signataires de cette nouvelle déclaration, redisons : « Même quand ces élections parviendraient à accoucher d’un gouvernement dans de très grandes douleurs, ce dernier va se trouver dans une situation insoutenable où les partisan(e)s qui suivaient en ordre dispersé un candidat à la présidence, vont faire pression pour obtenir coûte que coûte chacun(e) sa récompense. Ce gouvernement aura en face de lui une meute de gens insatisfaits... » (cf Déclaration du 21 janvier 2006).
« Lespwa ka tounen dezespwa » si les nouveaux dirigeants n’appuient pas la construction d’une force sociale solidaire dans la recherche d’un consensus sur les orientations à donner à ce pays (cf Déclaration du 21 janvier 2006.) Toute tentation visant à rechercher la consolidation d’un pouvoir personnel, au lieu de renforcer et de dynamiser les structures de la société civile organisée va aggraver la division, l’apartheid social et la violence, en plus d’offrir le prétexte à la prolongation de l’occupation du pays par des forces étrangères et voire même la mise sous ce protectorat annoncé.
La nouvelle conjoncture s’annonce difficile. Elle commande beaucoup d’intelligence, d’abnégation et de dépassement. Ce moment historique requiert la mise sur pied d’un camp solide pour refonder la nation, asseoir le pouvoir de la société... Nous pouvons y arriver par la négociation entre les différentes classes sociales, en ayant comme boussole la prise en charge de la destinée de notre pays, pour que des puissances étrangères ne foulent plus aux pieds notre dignité de peuple. (cf Déclaration du 21 janvier 2006).
L’intérêt supérieur de la nation exige un esprit de tolérance, de paix, de convivialité, de fraternité entre tous les Haïtiens pour éviter de sombrer dans l’anarchie. L’intérêt supérieur de la nation commande de mettre fin à cette bataille électorale et à cette transition qui n’en finit plus. Il faut arrêter le morcellement du pays en camps opposés qui nous renvoient à des dichotomies diverses : Lavalas-GNB ; nantis-pauvres ; élites-masses ; ville-campagne ; zone de « non-droit » et reste du pays... La mainmise de l’international se renforcerait et nous aurions encore et toujours à faire face au même défi : mettre fin à la polarisation à outrance de la société et chercher une solution nationale pour débloquer le pays (cf Déclaration du 21 janvier 2006).
Eviter au pays de sombrer dans l’anarchie et dans la violence c’est le devoir patriotique de chaque citoyen, particulièrement les dirigeants politiques impliqués dans la bataille électorale. Dans ce sens, nous interpellons les candidats Préval, Manigat, Baker ainsi que tous les autres de s’illustrer en faisant montre de patriotisme, de sentiments de grandeur, d’abnégation, et de sens des responsabilités civiques.
Dans cette conjoncture fragile, nous demandons aux candidats face à René Préval de LESPWA de suivre l’exemple du Pasteur Chavannes Jeune qui, tout en constatant de graves irrégularités dans le processus électoral, a fait preuve de patriotisme en reconnaissant sa défaite et en se retirant de la course pour éviter de plonger le pays dans le chaos.
De même, nous demandons aux dirigeants de la plateforme LESPWA d’assumer leurs responsabilités vis-à -vis de leurs partisans. Le Peuple Haitien a le droit d’exprimer sa joie tout comme sa colère. Mais, ceci doit se faire dans le respect de la dignité humaine, de la propriété privée de façon à éviter le risque du protectorat annoncé, et sauvegarder la souveraineté nationale.
Pour terminer, nous insistons pour dire que les élections à elles seules ne sont pas porteuses de changement pour le pays. Nous persistons à dire : « Se mèt kò ki veye kò. » Nous invitons tous les compatriotes à se joindre à nous pour lancer [le] mouvement de construction d’une force sociale solidaire et déclencher la mobilisation de tout le pays sur le chantier de la re-fondation de la nation. (cf Déclaration du 21 janvier 2006).
13 février 2006
Signataires :
Collectif Solidarité Identité et Liberté / Yanick Guiteau Dandin
Kay Fanm / Magalie Marcelin
Syndicat du Personnel Infirmier / Rose Bello Bernard
Union des Médecins Haïtiens / Armel Demorcy
Centre pour la Promotion et le Respect des Droits Humains / Frantz Laventure
Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est / Gérald Mathurin
Coordination des Organisations Régionales des Nippes / Jean William Jeanty
Tony Cantave
Rita Saint Louis Duvivier
Lise-Marie Déjean
Béhal Joseph
Dominique Vérella
Rudolph Prudent
Pour tout contact, les intéressés peuvent :
Passer a Kay Fanm, 11 rue Armand Holly
Appeler le 245-5174
Envoyer un message a ksilayiti@yahoo.fr
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