L’organisation féministe Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) a célébré ses quarante ans d’existence le 22 février 2026. Cellules de réflexion, séances de sensibilisation et mobilisations autour des droits des femmes, ont marqué l’événement, tenu malgré un contexte défavorable.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 28 février 2026 [AlterPresse] — La longévité de Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), organisation féministe forte de quarante années d’existence, repose sur une détermination sans faille à combattre toutes les formes de discrimination envers les femmes et à accompagner les plus vulnérables, affirme sa secrétaire générale, Berthanie Belony.
Intervenant à l’émission FwoteLide sur AlterRadio, elle souligne également l’importance de la transmission intergénérationnelle des savoirs et des valeurs, socle de la continuité de l’organisation.
Le 22 février 2026 a marqué le quarantième anniversaire de la fondation de la Sofa. Créée le 22 février 1986, dans le sillage des mobilisations démocratiques de l’époque, cette organisation féministe n’a cessé depuis de promouvoir et de défendre les droits des femmes en Haïti.
Quatre décennies de militantisme ininterrompu, de plaidoyer et d’actions solidaires témoignent de la constance de son engagement, malgré les crises politiques, économiques et sécuritaires qui secouent le pays.
L’impact de la crise sécuritaire
L’exacerbation de la crise sécuritaire en Haïti entrave fortement le fonctionnement de la Sofa. Les activités sont limitées et aucune assemblée générale n’a pu être organisée depuis 2023, ce qui entraîne un déficit d’interactions entre les membres réparties dans les différents départements, souligne Berthanie Belony.
La rupture des liaisons interdépartementales a, par exemple, empêché la tenue solennelle du quarantième anniversaire, qui aurait dû constituer un moment d’unité et de communion.
Des initiatives ont toutefois été menées dans plusieurs communes des départements où l’organisation est implantée : cellules de réflexion, séances de sensibilisation et mobilisations autour des droits des femmes. Ces activités ont permis de revisiter le parcours accompli, d’évaluer les luttes menées et d’envisager les perspectives d’avenir. Au siège social, dans la capitale, des rencontres à caractère récréatif ont également rassemblé des femmes issues d’horizons divers.
Malgré les contraintes sécuritaires, l’organisation maintient le contact avec ses membres, notamment dans le département de l’Artibonite, où la situation demeure particulièrement préoccupante. Elle poursuit en outre l’accompagnement des femmes victimes de violences, renforce ses actions de sensibilisation et produit des analyses approfondies sur les causes et les manifestations de ces violences au sein des communautés.
La Sofa continue également d’œuvrer en faveur d’un changement durable des mentalités et de l’élimination des violences faites aux petites filles.
Défis et perspectives
La défense des droits des femmes, rappelle la secrétaire générale de la Sofa, est un combat permanent. Les acquis demeurent fragiles et peuvent être remis en cause si la vigilance faiblit. L’organisation demeure ainsi en état d’alerte constante pour garantir le respect des droits fondamentaux des femmes dans la société haïtienne.
Les défis restent immenses. Berthanie Belony plaide pour l’instauration d’un climat sécuritaire apte à garantir la protection des femmes, tout en encourageant celles-ci à développer des mécanismes d’autoprotection.
Elle déplore l’absence d’une loi relative à la dépénalisation de l’avortement ainsi que le manque de financement destiné aux initiatives portées par les femmes.
Elle appelle également à une participation accrue des femmes à la vie sociale et politique, exhortant l’État à assumer pleinement ses responsabilités. L’absence d’un plan stratégique national en matière de santé sexuelle et reproductive constitue, selon elle, une vulnérabilité majeure pour la santé des femmes. De surcroît, aucun cadre légal ne régit, à ce jour, le statut des femmes vivant en situation de plaçage, pourtant réalité de nombreuses Haïtiennes.
Berthanie Belony dénonce un système qu’elle qualifie d’exclusif et discriminatoire, marqué par l’absence de politiques publiques en faveur des femmes. Elle pointe également l’instabilité politique persistante et l’absence d’élections depuis une décennie, invitant les femmes à exiger l’organisation de scrutins afin de doter le pays de dirigeantes et de dirigeants légitimes.
Forte d’environ 10,000 membres, la Sofa est présente dans huit départements du pays et entretient des liens régionaux et internationaux, notamment avec des organisations féministes d’Amérique latine.
Après quarante années d’engagement, elle réaffirme sa détermination à poursuivre son combat pour une société plus juste, équitable et respectueuse des droits des femmes. [cj gp apr 28/02/2026 07:30]
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