Español English French Kreyòl

Español English French Kreyòl

Haïti-Droits humains : 10 massacres et une situation toujours plus alarmante, selon la Pohdh

P-au-P, 10 août 2026 [AlterPresse] --- Au moins 10 massacres et d’autres actes de violences ayant fait plus de 2,000 morts en six mois : la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh) alerte sur l’ampleur de la dégradation de la situation en Haïti au cours du premier semestre 2026.

« Nous vivons une situation désastreuse », a déclaré le secrétaire exécutif de la Pohdh, Alermy Piervilus, lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 6 août 2026, à laquelle a assisté AlterPresse.

Il a évoqué une insécurité généralisée, une crise de gouvernance accentuée, l’effondrement progressif des institutions publiques et une dégradation continue des conditions de vie de la population.

Selon le bilan présenté par la Pohdh, le droit à la vie est de plus en plus banalisé. Au moins 10 massacres ont été recensés au cours des six premiers mois de l’année, notamment dans l’Artibonite, à Kenscoff et sur le Plateau central.

Les Nations unies déclarent, de leur côté, avoir recensé au moins 2,300 morts, plus de 1,100 blessés et 99 victimes d’enlèvements en Haïti depuis le début de l’année 2026 en raison des actes de violences des gangs.

La Pohdh souligne également que plusieurs axes routiers nationaux demeurent sous le contrôle de groupes armés, limitant la libre circulation des personnes et des marchandises.

Les violences des gangs continuent de s’étendre, tandis que les déplacements forcés de populations prennent une ampleur inquiétante, soutient l’organisation.

Plus d’un million de personnes seraient aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays et vivraient dans des conditions extrêmement précaires, avance la Pohdh.

L’organisation estime que les différentes stratégies sécuritaires mises en œuvre par les autorités, avec l’appui de la Police nationale d’Haïti (PNH), des Forces de sécurité renforcées (Fsr) et de sociétés militaires privées, n’ont produit aucune amélioration significative sur le terrain.

Les libertés publiques figurent également parmi les préoccupations majeures de la Pohdh.

L’organisation dénonce la répression policière de plusieurs mouvements de protestation organisés ces derniers mois par des ouvrières et ouvriers, des étudiantes et étudiants en médecine et d’autres catégories socioprofessionnelles. Ces interventions constituent, selon elle, des violations du droit de manifester pacifiquement.

La situation carcérale reste tout aussi préoccupante. À la prison de Cermicol, entre autres établissements pénitentiaires, les détenus font face à de graves pénuries alimentaires, à un accès limité aux soins de santé et à des retards prolongés dans leur comparution devant les tribunaux.

Pour la plateforme, ces conditions de détention portent gravement atteinte à la dignité humaine.

Une gouvernance politique défaillante

Sur le plan politique, la Pohdh rappelle qu’Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2015. Si elle reconnaît la nécessité de renouveler les institutions élues, elle estime que ce processus ne peut être conduit « à n’importe quelles conditions ».

L’organisation s’inquiète notamment des modifications envisagées au décret électoral, dont le remplacement du directeur exécutif du Conseil électoral provisoire (Cep) par un directeur général.

Ces changements, combinés aux interventions du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé dans le fonctionnement du Cep, alimentent des doutes sur l’indépendance de l’institution électorale.

La Pohdh critique également le projet de référendum constitutionnel, estimant qu’un gouvernement de transition ne dispose ni de la compétence légale ni de la légitimité pour engager une telle démarche.

Elle redoute qu’un processus électoral organisé sous l’influence des groupes armés et marqué par des ingérences politiques ne contribue à aggraver davantage la crise nationale.

Les droits économiques, sociaux et culturels dégradés

Au-delà des droits civils et politiques, la Pohdh constate une dégradation continue des droits économiques, sociaux et culturels.

De nombreux établissements scolaires et universitaires ont connu de longues interruptions de leurs activités. Plusieurs institutions sanitaires demeurent fermées ou fonctionnent difficilement, tandis que les enseignants, les médecins et les ouvriers poursuivent leurs revendications pour de meilleures conditions de travail.

La fermeture d’entreprises et les difficultés du secteur informel aggravent le chômage et renforcent l’insécurité alimentaire.

La Pohdh estime que les violations massives des droits humains traduisent une profonde déliquescence des institutions de l’État et résultent de choix politiques qui ne placent pas le bien-être de la population au cœur des priorités publiques.

Des recommandations

La Pohdh appelle le gouvernement à rétablir effectivement la sécurité, à libérer les principaux axes routiers du contrôle des gangs, à garantir l’indépendance du Conseil électoral provisoire et à renoncer au projet de référendum constitutionnel.

Elle demande également l’amélioration des conditions de détention, un meilleur accompagnement des personnes déplacées, un accès renforcé aux soins de santé et la mise en place du comité de suivi prévu par le pacte de gouvernance.

La Pohdh invite enfin les acteurs de la société civile et la population à demeurer mobilisés afin d’exiger le respect des droits fondamentaux et la réalisation des engagements pris par les autorités de transition. [mff cj gp 10/08/2026 12:00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


Depuis 2001

Explorer toutes les archives