P-au-P, 29 août 2026 [AlterPresse] --- Une dimension moins directement sécuritaire de la crise haïtienne, celle des « économies criminelles » qui alimentent et entretiennent les actes de violences, a été mise en avant lors de la réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Organisatuon des Nations unies (Onu), le 28 août 2026 à New York, après l’attaque meurtrière de gangs à Kenscoff (est de Port-au-Prince), observe AlterPresse.
Au-delà des condamnations et des appels à accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs (Frg), le représentant du Brésil, Norberto Moretti, a souligné que la crise haïtienne se caractérise de plus en plus par des économies criminelles reposant notamment sur le contrôle de nœuds logistiques stratégiques et les revenus issus de l’extorsion.
Modifier cette dynamique criminelle nécessite, selon lui, de combiner les actions de maintien de l’ordre au renforcement des institutions, à la résilience communautaire et à des alternatives économiques, particulièrement pour les jeunes vulnérables au recrutement par les groupes armés.
Territoires, armes et financements
La dimension territoriale évoquée par le Brésil apparaît également dans l’exposé du chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh), Carlos Ruiz Massieu. Il a souligné que les gangs continuent d’étendre leur contrôle au-delà de la capitale.
L’attaque de Kenscoff en fournit une illustration particulièrement brutale : 47 personnes ont été tuées, selon le Binuh, avec des dizaines d’enlèvements et de nombreux blessés. Des maisons ont été incendiées et des personnes réfugiées dans une église ont également été attaquées.
La capacité des groupes armés à maintenir cette emprise renvoie aussi aux moyens qui alimentent leur pouvoir.
Le représentant d’Haïti, Pierre Ericq Pierre, a appelé la communauté internationale à renforcer l’application de l’embargo sur les armes afin de « tarir les flux d’armes et de munitions qui alimentent la violence des gangs ».
La France a, pour sa part, mis l’accent sur les flux financiers. Son représentant, Jay Dharmadhikari, a appelé au renouvellement, en octobre 2026, du régime de sanctions, afin d’entraver les flux d’armes et de tarir ceux qui financent les gangs.
Paris souhaite également étendre les sanctions aux personnes apportant un soutien politique ou financier aux groupes armés.
Une crise qui frappe toute la société
Les conséquences de ces actes de violences dépassent largement les affrontements entre groupes armés et forces de sécurité.
Le responsable par intérim des affaires humanitaires de l’Onu, Indrika Ratwatte, a indiqué que quelque 6,4 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population haïtienne, ont besoin d’aide humanitaire et que près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.
Plus de 5,500 incidents de Voolence basées sur le genre (Vbg) ont par ailleurs été enregistrés au cours des six premiers mois de l’année.
Selon Ratwatte, l’aide d’urgence ne peut, à elle seule, modifier la trajectoire de la crise.
Des progrès durables nécessitent également des efforts en matière de sécurité, de stabilité politique et d’investissements soutenus dans les services essentiels. [apr 29/08/2026 19:00]
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